Drame de Rabat : La mère parle

Drame de Rabat : La mère parle

Quels sentiments peut ressentir cette femme, épouse d’un homme qui a égorgé leurs enfants avant de se donner la mort ? C’est une interrogation qui s’impose d’elle-même lorsqu’on est devant Samia, épouse de Hicham, qui a égorgé, lundi 4 octobre, ses deux enfants, Mohamed et Maria, âgés respectivement de huit et sept ans, avant de se donner la mort à Rabat.
Cette femme de 28 ans est passée en un clin d’oeil du statut d’épouse, mère de deux enfants à celui de veuve sans enfants. “Je n’arrive pas encore à croire à ce qui m’est arrivé“, affirme-t-il. Vêtue de vêtements de deuil, elle nous a raconté son histoire avec Hicham. C’est en 1995 que Samia a épousé Hicham, qui travaillait à Casablanca comme sertisseur. Elle avait 17 ans et il en avait 23. Une histoire d’amour les a réunis dès le départ. La preuve est qu’elle continue à le qualifier de temps en temps de “défunt“. Ils vivaient dans l’aisance parce que ses revenus étaient très importants et atteignaient les 50.000 dirhams par mois. Ils ont loué un appartement et ont commencé leur vie sous le même toit. Une année après, elle a accouché d’un premier bébé, Mohamed et l’année suivante, de Maria.
Deux adorables petites créatures qui devaient en principe égayer leur vie. “Nous n’étions pas dans le besoin et menions une vie tranquille et aisée“, dit-elle. Trois ans plus tard, Hicham a décidé de s’installer à Rabat. Pourquoi ? “D’abord parce qu’il y a trop de travail et ensuite parce qu’il a été sollicité par un important orfèvre pour y travailler“, explique Samia. Il a travaillé dans un atelier situé à la rue Abdelmoumen, au quartier Hassan. Au fil des jours, Samia a commencé à apprendre le métier de sertisseur. Elle a été encouragée par le fait que son mari ramenait à la maison les pièces qu’il devait travailler. Entre-temps, elle l’a rejoint à l’atelier pour continuer à apprendre un peu plus le métier. De fil en aiguille, elle est devenue sertisseuse professionnelle. “Elle est devenue meilleure que lui“, explique Patrick Azuelos, patron de l’orfèvrerie. Elle a commencé, elle également, à toucher des revenus dépassant les 50.000 dirhams. “Hicham a commencé à manifester un sentiment de jalousie envers moi et il est devenu méchant à mon égard“, précise Samia. Une jalousie qui le transformait de temps en temps en monstre. “Il a commencé à me battre de temps en temps au sein même de l’atelier, devant une vingtaine d’employés, soulignant qu’il regrettait de m’avoir appris le métier. De plus, il ne me laissait aucun sou, je lui versais tous ce que je gagnais “, affirme Samia. Les collègues intervenaient pour lui faire des reproches et l’empêcher de la violenter. Suite à quoi, il reprenait son calme pour s’excuser et la supplier de lui pardonner. “Hicham était brutal…C’est incroyable, il la battait devant tout le monde“, précise Patrick. Une situation qui semble insupportable au point que Samia a demandé le divorce. “Seulement, à chaque fois que je le lui ai demandé, il me menaçait de mort en brandissant un couteau“, dit-elle. Elle a précisé que les voisins de l’immeuble où ils demeuraient, à la rue Tansift, au quartier Agdal peuvent en témoigner. Son comportement était-il normal ? “Non, répond-elle, il n’était pas normal“. La preuve ? “Il a eu conscience d’avoir dépassé ses limites en me violentant, affirme Samia, et a décidé d’aller chez un psychiatre…Il m’a avoué que ce dernier lui a expliqué son cas et qu’il devait suivre un traitement de deux ans“. Seulement, il a cessé de s’y rendre six mois plus tard. Il s’est calmé durant ce temps pour devenir une fois encore cruel envers elle. “Il était de temps en temps angoissé et rongé par le doute“, explique-t-elle. Et pourtant, Samia croit toujours en son amour. “Il m’aimait, seulement, il s’agit d’un amour possessif et de domination“, révèle-t-elle. Et ses enfants ? “Il les aimait également d’une façon inimaginable, il leur achetait tout ce qu’ils désiraient, les emmenait où ils voulaient et avait inscrit Mohamed à l’école Paul Cézanne et Maria à Riad Al Maârifa, pour une somme globale de plus de 2500 dirhams. De même, il s’acquittait d’un loyer mensuel de 6400 dirhams“, a-t-elle expliqué.
Hicham semble avoir pris conscience de son état. Il s’est rendu chez un deuxième psychiatre, qui lui a expliqué qu’il souffre d’une maladie psychique. Seulement, il a cessé ses consultations pour se rendre chez un troisième praticien. Entre-temps, il a commencé à avoir des problèmes au travail. “Le patron a décidé de virer l’un de nous deux en attendant que le marché s’améliore. A ce moment, Hicham a proposé au patron de me garder et de le laisser partir pour chercher du travail à Casablanca“, explique-t-elle. Le marché a été conclu. Hicham s’est rendu chez ses beaux-frères pour l’aider à décrocher un emploi. Ces derniers l’ont aidé. “Seulement, Hicham qui rêvait de devenir riche, ne laissant pas ses enfants dans le besoin de quoi que ce soit a senti qu’il commençait à échouer, explique Samia, …Il a commencé à sentir qu’il ne pouvait plus aller jusqu’au bout et avoir une très belle vie, lui et ses enfants…Il me disait de temps en temps qu’il ne supporterait pas de voir un jour ses enfants travailler comme des ouvriers et des esclaves chez les autres“. Il rêvait de mettre le monde à leurs pieds. “Il ne regardait que les autres qui ont réussi dans leur vie, affirme-t-elle,…C’est une image sombre qui a commencé à hanter son esprit“. Des inquiétudes infondées puisque, lui et son épouse, percevaient des revenus allant parfois jusqu’à 100.000 dirhams par mois. Absurde. Et la violence continue envers elle, sans cesse, devant les yeux de ses enfants qu’il aime toujours.
Le jour “J“. Samia est sortie de chez elle pour regagner son travail à bord d’un petit taxi. Hicham, lui, s’est chargé de prendre les enfants à leurs écoles à bord de sa voiture. Vers 11h15, il est arrivé à l’atelier. “Il était bien élégant, il avait mis ses meilleurs vêtements, raconte Samia…Quand il m’a demandé mon avis, je lui ai répondu que j’étais très contente de le voir ainsi“. Il est entré dans la pièce réservée à la taille des bijoux et a commencé à discuter calmement avec elle.
Ensuite, elle est montée au premier étage pour accomplir un travail de moins d’une minute. En retournant dans la pièce, elle s’est aperçue que Hicham avait verrouillé la porte, l’empêché d’entrer. Elle ignorait pourquoi. Il parlait au téléphone à son beau-frère, lui racontant calmement quelque chose qu’elle ignorait. Elle s’est énervée et est remontée au premier étage de l’atelier pour lui téléphoner et lui demander des explications. “ À ce moment, il m’a dit qu’il avait donné du poison au petit chien… Ce dernier s’est contenté de vomir sans mourir, après quoi il a donné un somnifère à mes enfants et les a égorgés l’un après l’autre“, relate-t-elle. Samia n’a pas cru à ses paroles, elle lui a demandé de cesser de dire ce genre de choses. Il lui assuré qu’il ne lui racontait que la stricte vérité. Vers 13h passés, elle s’est rendue à bord d’un petit taxi à destination de chez elle. La porte de son appartement était verrouillée et l’employée de maison était absente. Il semble qu’il l’avait congédiée le matin. Le concierge de l’immeuble lui a affirmé que son mari avait rebroussé chemin en compagnie des enfants vers 9h du matin, au moment où la domestique avait quitté l’appartement et Hicham par la suite. Samia a perdu la tête, elle a tenté de défoncer la porte. Mais en vain. Elle a recouru à la police, qui a alerté les sapeurs pompiers. En ouvrant la porte, Samia est entrée pour découvrir deux cadavres, l’un dans la chambre à coucher et l’autre dans la chambre d’enfants.
Ce sont bel et bien les cadavres égorgés de ses deux enfants. Elle a perdu connaissance. Hicham s’est réfugié dans les toilettes de l’atelier après avoir raconté à son beau-frère son crime. Ce dernier a alerté la police. Seulement, il était trop tard puisqu’il était déjà passé à l’acte contre lui-même. Il s’est égorgé par le même couteau avec lequel il avait tué ses deux enfants. Des rumeurs ont commencé à circuler après ce drame, faisant état que le mobile est que Samia avait une relation avec son employeur.
“C’est du n’importe quoi, dit Samia, en larmes, mon mari m’a tué en mettant fin à la vie de mes deux enfants et en se donnant la mort par la suite et la société veut me tuer une deuxième fois“, dit Samia qui ne supporte plus ces racontars.

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