Droits de l’enfant : L’Unicef s’alarme

Droits de  l’enfant : L’Unicef s’alarme

Le Maroc a célébré, jeudi 20 novembre, la Journée internationale des droits de l’enfant, l’occasion pour l’Unicef de dresser un état des lieux et d’annoncer le lancement d’une vaste campagne pour mettre fin à la violence contre les enfants. L’analyse de la situation actuelle au Maroc démontre qu’en dépit des efforts déployés par les différents acteurs, plusieurs formes de violence continuent d’être exercées à l’encontre des enfants.

Le travail des enfants constitue un réel problème dans notre société. Malgré une baisse significative depuis 1999, le phénomène persiste. Selon l’enquête sur l’emploi du HCP, 86.000 enfants âgés de 7 à moins de 15 ans travaillaient en 2013, soit 1,8% de l’ensemble des enfants de cette tranche d’âge. Il faut aussi relever que beaucoup de petites filles travaillant en tant que domestiques sont victimes d’abus de tout genre commis par leurs employeurs. Elles endurent des sévices physiques et travaillent de longues heures pour un salaire de misère. L’Unicef et ses partenaires plaident pour une interdiction du travail domestique pour tout enfant âgé de moins de 18 ans.

Dans l’état actuel, l’Organisation déplore l’absence de cadre normatif dans ce domaine, ce qui fragilise la protection de ces enfants. Par ailleurs, l’Unicef fait état d’une hausse des violences à l’égard des enfants durant ces dernières années. L’analyse des données du ministère de la justice, de la DGSN et du ministère de la santé met en évidence une augmentation des formes de violences, abus, maltraitances commis contre les enfants. A ce sujet, il faut relever une hausse vertigineuse des négligences familiales et des cas de non déclaration d’enfants. Sur une période de 3 ans, celles-ci ont connu une hausse régulière et constituent depuis 2010 les formes les plus nombreuses de violence, bien avant les violences physiques et sexuelles.

Le mariage des mineures constitue un obstacle de taille à la protection des enfants. L’Unicef, qui se réfère aux statistiques du ministère de la justice, note que 51,79% de ces mariages ont été conclus en milieu rural en 2013. Cela dit, depuis quelques années, le phénomène tend à s’urbaniser (48,21% des mariages ont été contractés en ville). L’Unicef estime que si les chiffres ont baissé de 12,48% en 2012 par rapport à l’année 2011, le mariage des mineures demeure un sujet préoccupant en raison de ses conséquences néfastes sur la vie et la santé des filles et constitue une violation des droits de l’enfant. Quant à l’enregistrement des naissances, des disparités de taille demeurent entre le milieu rural et le milieu urbain.

Le taux national de déclaration des enfants à l’état civil est actuellement de 94% au niveau national. En milieu urbain, il atteint les 96,8% contre 91,3% en milieu rural. Ce qui n’est pas sans conséquence puisque certaines catégories d’enfants ont des difficultés d’accès à l’état civil. C’est notamment le cas des enfants nés de parents immigrés en situation irrégulière au Maroc.

Face à cette situation alarmante et consciente de l’énorme enjeu de la protection des enfants, l’Unicef a lancé au niveau mondial jeudi 20 novembre, la initiative «End Violence Against Children». Le Maroc a accepté de rejoindre cette initiative et de l’adapter aux spécificités de la société marocaine.

Cette vaste opération nationale s’étalera sur six mois jusqu’au 25 mai 2015, date de la journée nationale de l’enfant (voir encadré p5). Cette initiative sera l’occasion de mobiliser les différents acteurs, en l’occurrence les départements de la famille, de l’Intérieur, de la santé, de l’éducation, des affaires islamiques et de la justice pour la mise en place d’une politique intégrée de protection de l’enfance.

Violences : Une campagne pour protéger les enfants

La campagne «End Violence Against Children» a pour objectif précis de sensibiliser les différentes parties prenantes et à les engager dans des actions concrètes visant la protection de l’enfant. Selon la représentante de l’Unicef au Maroc Regina De Dominicis, cette campagne ciblera toutes les composantes de la société marocaine dans l’objectif d’informer le grand public sur les violences et à inviter toute personne à dénoncer ces violences pour protéger les enfants. Durant les six mois de la campagne, une thématique sera mise en avant chaque mois.

Violence au sein de la famille, violence à l’école, violence dans les institutions, violence sur Internet, violence dans la rue et le travail des enfants telles sont les principales thématiques qui seront débattues . Un choix justifié par les récentes analyses et données produites au Maroc.

L’Unicef compte vivement sur l’appui des médias pour accompagner cette campagne à travers des reportages et enquêtes sur le terrain. L’organisation espère que les différents acteurs de proximité aussi bien au niveau de la société civile qu’au niveau des services décentralisés créeront un réel mouvement sur le terrain en faveur de la protection des enfants. Un site dédié à cette problématique sera développé offrant toute l’information nécessaire. Les médias sociaux seront aussi mis à contribution.

Des lacunes de taille

D’ importantes lacunes entravent la protection des enfants. L’Unicef déplore que les acteurs institutionnels et associatifs n’offrent pas suffisamment de programmes de sensibilisation soutenus et à long terme sur les pratiques et normes sociales entravant la protection des enfants.

La faiblesse des politiques sociales à l’égard des familles vulnérables et précaires constitue un autre obstacle. L’Unicef estime que des inégalités persistent malgré les programmes de protection sociale, en raison de l’existence de contraintes de ciblage des populations vulnérables et l’absence de programmes complémentaires visant l’insertion économique des bénéficiaires.

En outre, malgré des efforts de partenariat importants, la coordination entre ces programmes, à l’échelon central et local, reste difficile. Ce constat est avéré également en ce qui concerne les programmes de politique sociale sont fragmentés et peu coordonnés. Enfin, l’Unicef relève l’inadéquation entre les lois et les politiques et la faible application de la loi.

«Les causes structurelles liées à ces facteurs incluent la faiblesse des mécanismes de suivi et de contrôle institués, notamment au niveau de lutte contre le travail des enfants, le faible suivi des enfants placés en Kafala et ceux placés dans les CPE», indique l’Unicef.

 

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