Droits de l’Homme : l’embellie

Deux avis, une même problématique ! La question des droits de l’Homme au Maroc est, pour le moins, complexe et donne, souvent, matière à polémique. Mardi à Rabat, cette question a fait l’objet de deux avis presque contradictoires. Du moins en apparence. Le premier émane de l’une des sources les plus crédibles en la matière : l’ONU.
Interrogée par un confrère de l’agence  MAP en marge de la  réunion de coopération générale entre l’ONU et l’OCI, Mme. Mehr Khan  Williams, Haut  Commissaire adjoint des Nations unies aux droits de l’Homme, a estimé que «la situation des droits de l’Homme au Maroc» a connu «une très importante amélioration » et que notre pays «fait partie des pays musulmans qui ont consenti de grands efforts» pour leur promotion.
Le second avis émane, pour sa part, de l’AMDH. Dans son rapport pour 2005 et pour le début de l’année en cours, l’association indique, sous forme d’aveu, qu’« elle ne pouvait pas  imaginer que les violations graves des droits de l’Homme persisteraient de façon aussi criante». Comme il est d’usage, son rapport comprend un certain nombre de points et axes relatifs à la légalisation régissant les droits civils et politiques ainsi qu’à l’adaptation de celle-ci aux conventions internationales et aux mesures induites par la lutte contre le terrorisme. Il évoque, en outre, la situation des libertés publiques et celle existant au sein de l’appareil judiciaire et dans les établissements pénitentiaires tout en mettant en lumière l’expérience de l’Instance Equité et Réconciliation, la situation des droits économiques, sociaux, culturels et  linguistiques  ainsi que les droits de la femme et de l’enfant.
Comme d’habitude aussi, ce rapport passe sous silence certaines avancées, fort notables par ailleurs, et ne parle de certaines autres que du bout des lèvres. Il n’en demeure pas moins qu’à l’instar de tous ceux qui l’ont précédé, il constituera un document de référence à l’aune duquel les progrès réalisés seront jaugés. Il fournira également matière à réflexion et à débat puisqu’il contient plusieurs données dont personne ne peut douter du bien-fondé. Ainsi en est-il de la question de la peine capitale qui continue à être prononcée par les tribunaux malgré le fait qu’elle n’ait plus été appliquée depuis fort longtemps. « Le nombre des condamnés à mort -hommes et femmes – a atteint cette année plus de 150 cas », précise l’AMDH qui rappelle, par ailleurs, que « le déficit social est toujours considérable vu que le taux de pauvreté dépasse les 20 % dans la moitié des 1200 communes rurales comme il dépasse le même pourcentage (20%) dans 16% des communes urbaines ».
En ce qui concerne la question des droits économiques et sociaux, l’Association n’y va pas de main morte. Elle a beau jeu puisqu’elle ne fait que reprendre les déclarations du ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité en les plaçant dans leur contexte.
Parallèlement, l’AMDH prend acte de « la déflagration de la corruption, de la subtilisation du denier public, du détournement et de la dilapidation des richesses nationales ».
Dans ce cadre, elle cite un rapport publié en 1998 pour rappeler que « le montant de l’argent non récupéré et à propos duquel la Cour des comptes a prononcé ses verdicts durant les 39 ans de son exercice a atteint la somme de 136 milliards de centimes, alors que l’argent qui a fait l’objet de sentences prononcées par d’autres tribunaux et non exécutées dépasse la somme d’un milliard de centimes ».
Elle note également que « la fraude fiscale coûte à l’Etat près des deux tiers (2/3) de ses recettes fiscales » et que « 60% des marchés publics sont cédés inconditionnellement en contrepartie de pots-de-vin pouvant atteindre les 10% de la valeur totale de chaque marché». S’agit-il là de droits de l’Homme ? De fait, l’une des caractéristiques du rapport 2005 de l’AMDH est qu’il consacre une part fort importante aux droits humains dits de seconde génération ; en l’occurrence les droits économiques, sociaux et culturels. Ce qui atteste des progrès réalisés par le Maroc dans le domaine des autres droits ; à savoir les droits civils et politiques. Mme Mehr Khan Williams n’a pas dit autre chose …

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