Droits des femmes au Maroc : Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Droits des femmes au Maroc : Où en sommes-nous aujourd’hui ?

L’égalité professionnelle n’est pas encore acquise au Maroc. Bien que des progrès aient  été enregistrés pour permettre aux femmes d’accéder à des postes de  responsabilité, d’importantes inégalités persistent. Les écarts continuent de se creuser au niveau de l’accès au travail.

La journée internationale de la femme célébrée le 8 mars est l’occasion de dresser le bilan des avancées réalisées en matière des droits des femmes mais aussi de faire prendre conscience que les inégalités hommes-femmes persistent toujours. Depuis l’institution du Code de la famille en 2004, des progrès importants ont été réalisés. La Constitution de 2011 a constitué un grand pas en avant en bannissant toute forme de discrimination. Dès le préambule, il est proclamé que «le Royaume du Maroc s’engage à bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque en raison de sexe». Celle-ci consacre dans son article 19 l’égalité entre les deux sexes. En outre, le Maroc a ratifié plusieurs conventions internationales pour la protection des droits des femmes, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et le Pacte des droits économiques et sociaux. En parlant des droits des femmes, comment ne pas évoquer le projet de loi 103.13 relatif à la lutte contre la violence faite aux femmes.

L’année 2018 a été marquée par l’adoption de ce texte de loi par les deux Chambres. Celui-ci a été contesté à maintes reprises par les associations œuvrant pour les droits des femmes qui jugent qu’il laisse une large marge d’impunité aux violeurs et ne criminalise pas le viol conjugal. Faut-il rappeler à ce sujet que selon une enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP),  le taux de prévalence des violences sexuelles avec attouchement dans le domicile conjugal  touche 6,6%  des femmes mariées , soit 444.000 femmes.

Il faut aussi préciser que 45,1% de ces actes concernent des pratiques sexuelles imposées par l’époux et non désirées par la femme. En outre, les associations  estiment que le texte de loi présente plusieurs lacunes juridiques:  il se limite aux réformes minimes du code pénal, ne traite pas des étapes de la plainte, de l’enquête et de la poursuite concernant les cas de violence contre les femmes. Il ne prévoit aucune protection civile ou ordonnances temporaires, n’apporte pas de réformes pour protéger les victimes des violences sexuelles et ne met pas en place des services spécifiques pour les femmes victimes de violence tels l’hébergement, les services de santé et l’assistance judiciaire.

Elles exigent une loi plus large en mesure de protéger explicitement toutes les femmes y compris les femmes handicapées, les femmes migrantes et sans papiers, les femmes célibataires ainsi que les prostituées. Sur un tout autre volet, il faut relever que  l’égalité professionnelle n’est pas encore acquise au Maroc. Bien que des progrès aient  été enregistrés pour permettre aux femmes d’accéder à des postes de  responsabilité, d’importantes inégalités persistent. Les écarts continuent de se creuser au niveau de l’accès au travail. Selon la dernière note d’information sur la situation du marché de l’emploi du HCP, le taux d’activité des femmes n’est que de 22,4% contre 71,6% pour le sexe masculin, ce qui représente un écart entre les deux sexes de 49 points. La Banque mondiale avait signalé dans son mémorandum économique 2017 intitulé «Le Maroc à l’horizon 2040 : capital immatériel et les voies de l’émergence économique»,  les écarts de salaire entre hommes et femmes peuvent atteindre 77% en prenant en compte plusieurs caractéristiques, notamment l’éducation et l’expérience. Autre constat important à relever : les inégalités sur le marché du travail peuvent également s’observer au niveau de la mobilité professionnelle.  Les femmes font face à moins d’opportunités que les hommes dans pratiquement tous les aspects de la mobilité du travail. Les femmes et les jeunes continuent d’être largement exclus du marché du travail. Selon les derniers chiffres du HCP,   les taux de chômage les plus élevés sont enregistrés principalement parmi les femmes (14,7% contre 8,8% chez les hommes) et  les jeunes âgés de 15 à 24 ans. L’éducation constitue l’autre défi de taille. Un tiers de la population est encore analphabète. Le phénomène touche davantage les femmes. Le taux d’analphabétisme est de 41,9% pour la population féminine en 2014 au lieu de 22,1% pour la population masculine. Ces taux étaient respectivement de 78 et de 51% en 1982, selon le HCP.

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