Du commerce à l’escroquerie

Du commerce à l’escroquerie

Abderrahim était commerçant de tissu, propriétaire d’un local commercial au quartier Ben Jdia, à Casablanca. Agé de cinquante-deux ans, marié et père de trois enfants. Son fils aîné est à son dix-huitième printemps et son benjamin est à son douzième. Il était heureux, satisfait et sans problèmes. Il satisfaisait le moindre besoin de ses enfants et de sa femme. Il n’aurait pu se douter qu’il serait dans l’incapacité de les nourrir et de les vêtir convenablement. D’un prêt à l’autre, il est arrivé, pour la première fois de sa vie, à la ligne rouge. Il ne pouvait plus répondre aux réclamations de ses créanciers.
Entre les banques et les particuliers, il ne savait plus où donner de la tête. Il a frappé à toutes les portes pour trouver une aide qui lui aurait permis de faire face à ses problèmes financiers. Mais en vain. Personne n’est venu à son secours. Le bouche-à-oreille a vite fait de répandre la nouvelle qu’il était au bord du gouffre, insolvable, et qu’il risquait d’être emprisonné. Ses chèques en bois étaient entre les mains de plusieurs commerçants, qui résistaient à la tentation de recourir à la justice pour récupérer leur argent. Au fil du temps, il a fini par fermer boutique. Abderrahim ne dispose plus de quoi que ce soit et s’est vu réduit à la situation d’une personne ne disposant pas du moindre sou. La solution? Comment et avec quel argent payer son loyer, nourrir ses enfants et leur acheter vêtements et fournitures scolaires ? Que devait-il faire pour garder son apparence de grand commerçant de Derb Ben Jdia ?
Le hasard a fait qu’il a rencontré un certain Abdellah, escroc notoire et repris de justice. Engageant la conversation dans un café, Abderrahim lui a déballé ses problèmes financiers. Abdellah s’est moqué de lui. “C’est très facile d’avoir de l’argent sans perdre l’apparence d’un grand commerçant”, l’a-t-il rassuré.
Comment ? C’est très simple et très facile pour Abdellah. “Constituons une société”, lui chuchote-t-il à l’oreille. Une société ? Que produira-t-elle ? Que vendra-t-elle ? Abdellah lui a expliqué que la société n’existera que sur le papier. Bref, une société fictive. Quelques semaines plus tard, le duo a fondé la société Wantex, siégeant à Bir J’did. Et le pas suivant ? Ils ont commencé à chercher des rêveurs de l’Eldorado.
Le duo «recrutait» le candidat à l’émigration clandestine en l’inscrivant à la CNSS durant trois mois, lui délivrant des bulletins de paie mensuels, une attestation de salaire et une attestation rédigée par le prétendu directeur général de la société qui fait état que son employé a une mission à accomplir à l’étranger et pour une durée bien déterminée. Le duo réservait également au candidat une chambre dans un hôtel pour prouver aux fonctionnaires du consulat qu’il s’agissait d’une mission bien déterminée. Chaque candidat versait entre 20 et 45.000 dirhams.
En remarquant que le marché d’escroquerie rapporte gros, Abderrahim a fondé, loin des yeux de son ami, Abdellah, une deuxième société fictive, qu’il a dénommée, K.H.A, siégeant au boulevard Lahcen Ou Idder. Et il est passé à l’action. D’un rêveur de l’Eldorado à l’autre, Abderrahim a reçu les documents d’un certain Zitouni dont le passeport. Ce dernier devait lui verser une somme de 45.000 dirhams contre «les services rendus». Entre-temps, Abderrahim a perdu le passeport de Zitouni. Ce dernier a fini par se présenter devant la police pour le dénoncer. Les éléments de la 11ème section judiciaire près la brigade judiciaire de la PJ de Casablanca-Anfa ont arrêté Abderrahim et l’ont traduit devant la justice pour escroquerie.

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