Du vol au meurtre…

Dimanche 3 mars. Dans l’après-midi. En pleine rue au centre-ville de Casablanca. Mina et H’lima se battent. La première accuse la seconde de vol. La police arrive, conduit les deux belligérantes au commissariat. «Elle a travaillé chez moi durant deux semaines avant de s’emparer de mes bijoux en or et de disparaître dans la nature…», se plaint Mina. H’lima tente de se disculper : «Ce n’est pas moi, Monsieur le chef, ce n’est pas moi…Je n’ai jamais travaillé chez elle…».
Le chef de la section judiciaire chargé du dossier scrute minutieusement H’lima, tente d’analyser ses regards, disséquer ses comportements. «Tu avais déjà travaillé chez d’autres familles à Casablanca?…», lui demande-t-il. «Oui…oui…», répond-t-elle calmement. Le chef de la section judiciaire décroche le combiné téléphonique, compose le numéro de poste du chef de la première brigade criminelle : «…M. (…) J’ai une fille accusée par son ex-employeuse de vol…elle est mince, d’une taille d’à peu près un mètre soixante et présente des taches noires sur son visage…En plus, elle est issue de la région de Ben Ahmed…et s’appelle H’lima…Ça te dit quelque chose?». «Oui, oui, c’est elle, sûrement c’est elle et pas quelqu’un d’autre…», répond le chef de la 1ère BC. Il ouvre son tiroir, prend une photo d’une fille, sort de son bureau au deuxième étage, gravit les marches vers le troisième, entre au bureau de la 5ème section judiciaire. Il regarde la fille qui s’assoit à gauche. «…C’est bien elle…Oui c’est elle, voilà sa photo…».
H’lima baisse les yeux, deux ou trois larmes coulent, se tient la tête des deux mains. Elle ne peut plus rien dire.
À l’âge de quinze ans, elle quitte son douar, y laisse ses parents et ses frères et soeurs. Elle ne pouvait plus rester. Sa famille est très pauvre et la vie trop dure. «Une bouche de moins et quelques sous de plus», pensent ses parents. H’lima débarque à Casablanca, rejoint une famille. Elle devient bonne à tout faire. Les bijoux en or, l’argent et les effets vestimentaires de son employeuse la séduisent, réveillent quelque chose en elle. Elle ne peut plus se tenir calme, tranquille, devant son éclat. Bien qu’elle essaie de retenir ses mains, une force mystérieuse les encourage à toucher, à fouiller en l’absence de son employeuse. Et enfin, elle finit par les voler et prendre la poudre d’escampette. Seulement son employeuse qui est parvenue à la localiser, avise la police. À l’âge de seize ans, H’lima est sous les verrous, purgeant une peine d’emprisonnement de sept mois ferme. Derrière les murs du pénitencier, elle rencontre Fatna, 43 ans, mère de deux enfants. Elle purge une peine de dix-huit mois pour vol et escroquerie. H’lima et Fatna achèvent leurs peines le même jour, quittent le pénitencier ensemble.
«…Je n’ai pas où aller… » ,confie H’lima à Fatna. «La porte de mon domicile t’est ouverte», lui répond Fatna. H’lima accompagne Fatna chez elle à Bine Lamdoune. Elle y passe deux semaines. «…H’lima, j’ai une idée géniale pour gagner de l’argent…Tu travailles chez des familles une semaine ou deux pour mettre les mains sur des bijoux en or, des effets vestimentaires, de l’argent…et je vais me charger de les écouler afin d’avoir de l’argent…», lui dit Fatna. H’lima ne perd pas de temps. Elle passe directement à l’acte. Le lendemain, elle s’adresse à un samsar (courtier) pour les employées de maisons. Il lui trouve une famille. H’lima passe une semaine chez elle et s’évapore dans la nature. Fatna se charge de liquider le butin. Les victimes se suivent, l’une après l’autre. Leur nombre arrive à onze. Et aucune trace de la mauvaise bonne. Début décembre. H’lima est chez une famille à la rue Abou Moussa Al Jazouli. Elle passe sa journée avec la grand-mère de l’épouse et son nourrisson. Le couple est au travail.
Le dernier samedi de décembre, à 10h. H’lima décide de passer à l’acte. Mais cette fois-ci les choses se passent autrement. Elle entre dans la cuisine, se saisit d’un couteau, retourne chez la grand-mère, l’assomme d’un coup de manche. La vieille dame perd connaissance. H’lima ne se contente pas de ce coup. Elle décide de se débarrasser définitivement d’elle. Elle lui attache les membres aux pieds, lui noue un foulard au cou et le serre…La vieille dame rend l’âme.
H’lima met la main sur une samsonite noire renfermant des bijoux en or, elle vole également des effets vestimentaires et un téléviseur. Elle quitte l’appartement, laisse la vieille dame morte et le nourrisson sur le lit. Elle se rend chez Fatna, qui liquide tout le butin. Trois mois après sa disparition H’lima retourne au pénitencier avec une lourde accusation.

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