Du vol au trafic de cocaïne

Fin janvier 2002. Derb El Baladia, préfecture de Derb Soltan-El Fida, Casablanca. Les claquements des chaussures des policiers se mêlent au brouhaha des visiteurs au commissariat. Dans un bureau au premier étage, le chef de la deuxième brigade criminelle vient d’entrer. Ses adjoints le rejoignent. Lorsqu’il veut allumer sa première cigarette du matin, son chef l’appelle, lui tend un document administratif: «Des instructions du procureur du Roi concernant le vol d’un chéquier dans une voiture».
Le chef de la brigade reçoit le document et rebrousse chemin. «Voilà une affaire qu’on doit élucider le plus tôt possible…», dit-il à ses adjoints. L’un d’eux prend la plainte, commence à la décoder. «En date du 15 janvier 2002, j’ai découvert les vitres de ma voiture brisées et mon chéquier qui a disparu. Quelques jours plus tard, la banque m’a avisé d’avoir reçu deux chèques du chéquier volé, livrés par deux sociétés, l’un portant un montant de 15 mille dirhams et l’autre une somme de 6 mille dirhams…», lit-on dans la plainte. «On doit d’abord interroger les responsables du service clients des deux sociétés», propose un officier de la brigade. Le feu vert a été donné. Le premier responsable du service clients précise : «…Une personne que je ne connais pas s’est présentée chez moi et m’a livré un chèque endossé de fausses informations et elle m’a expliqué qu’elle travaillait au profit d’un tiers…». Le responsable de la deuxième société confirmeles déclarations de son collègue.
Quatre mois plus tard, un marchand de pièces de rechange reçoit deux chèques du même carnet disparu. L’un des chèques porte un numéro de téléphone et le numéro de série d’une carte d’identité nationale. C’est un indice qui peut aider l’enquête policière à déterminer une piste convenable. Les enquêteurs relèvent le numéro de la CIN, recourent au service d’identification. Le numéro est falsifié. Et pourtant, les limiers sont arrivés à identifier l’auteur. Ils commencent leurs investigations et arrivent à l’adresse signalée dans la CIN falsifiée. La police ne le trouve pas. «Il fréquente le plus souvent la demeure d’un ami au quartier Maârif», rapporte un indic. Les limiers ont monté une planque d’une demi-journée pour mettre la main sur le présumé ami. Il s’agit d’un drogué du nom de Youssef «Je n’ai jamais cambriolé de voiture…Mon ami Mohamed m’approvisionne en haschisch et je ne sais pas où il habite», confirme-t-il aux enquêteurs. La police divulgue le numéro du téléphone consigné sur l’un des chèques. Youssef ouvre la bouche, reste perplexe. Le chef de la brigade le surprend avec une seule question sans lui laisser le temps de penser : «Je sais que tu le connais et tu dois nous dire son nom et sa demeure et ses lieux de fréquentation et sans jouer le malin…». «C’est Mourad qui m’approvisionne en cocaïne…».
Le chef de la brigade et ses adjoints sont restés bouche-bée. «On sait que tu es un trafiquant de drogue et nous n’avons pas dit cela pour te laisser avouer tout, on a fait ça pour t’aider un peu…», lui explique l’un des limiers pour le rassurer. «Mohamed me vendait ma dose quotidienne en haschisch, quatre ou cinq grammes pas plus…et c’est lui qui m’a présenté à Mourad qui s’adonne au trafic de cocaïne…Celui-ci m’a proposé de lui chercher des clients contre une commission allant de trois cents à quatre cents dirhams…», avoue-t-il aux enquêteurs. «C’est tout ?», lui demande le chef de la brigade avec un ton ferme et sévère. Youssef n’a pas hésité d’aller jusqu’au bout dans ses aveux. «J’ai commencé à chercher à gauche et à droite des clients…Mais bien sûr, bien qu’il soit difficile de trouver des clients qui consomment la cocaïne et qui peuvent l’acheter, je suis arrivé à avoir quelques-uns…». Le chef de la brigade lui a proposé de les aider afin de mettre le trafiquant de la cocaïne hors d’état de nuire. Il a accepté. Ils ont tendu une souricière en laissant Youssef appeler Mourad. Ils se sont rencontrés. Mais la police était à son accueil. Menotté, Mourad a été conduit au commissariat. Là, il passe à table: «J’achète de temps en temps une quantité de dix grammes de cocaïne de chez un trafiquant demeurant à Fès…J’en achète à quatre cents dirhams le gramme pour le revendre à huit cents dirhams…». «Et l’affaire des chèques…», lui demande le chef de la brigade. «…Je les ai achetés chez un voleur contre une somme de mille dirhams…».
Mourad a donné le nom de deux autres complices. Les limiers les ont arrêtés et les ont mis entre les mains de la justice. Affaire réglée. Le chef de la brigade retourne à son bureau avec ses adjoints pour s’occuper d’autres dossiers.

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