El Gahs dresse le bilan des UP

El Gahs dresse le bilan des UP

ALM : Le taux des bénéficiaires des Universités populaires a augmenté cette année de 37%. Qu’est-ce qui explique cette tendance haussière ?
Mohamed El Gahs : Pour la première édition, le concept était très nouveau et, philosophiquement, très difficile à expliquer au départ, l’idée étant fondée sur le principe du savoir pour le savoir, de l’accès libre, sans entrave et puis sans sanction à la sortie. L’idée était d’offrir aux jeunes la possibilité d’accéder à toutes les filières et branches du savoir, de manière libre et gratuite, le tout fondé sur le volontariat et l’engagement des intervenants. Il est évident que, malgré la nouveauté du concept, les contraintes liées à une première expérience de cette envergure, l’initiative était un véritable succès. Partant de là, les Universités populaires ont fait leur propre public. Il y a eu le temps d’apparition de ce nouveau service, le temps du début, la propagation de l’information… Lors de la seconde édition, on a tenu compte de tous ces éléments. Il y avait une demande très importante qui se manifestait. Ensuite, il y a eu des villes et des régions où, lors de la première édition, il n’y avait pas d’Universités populaires. Et puis, les gens ont exprimé fortement le désir de les voir s’installer chez eux. A partir de tous ces éléments, cette année, on a généralisé les Universités populaires sur l’ensemble du territoire national. Et deuxièmement, par la force des choses, on a multiplié les filières en prenant en compte le désir des auditeurs de l’année précédente. Tout cela confirme le succès des universités populaires auprès des Marocains. La deuxième chose, c’est que désormais, l’université populaire fait partie de nos traditions culturelles.

Comment situez-vous les Universités populaires par rapport au système d’éducation classique ?
Il faut qu’il n’y ait pas de confusion entre ces deux voies d’accès au savoir. Le système d’éducation classique, académique, a sa fonction, ses missions, ses modes de sélection qui sont nécessaires. L’université populaire, c’est une démarche qui est fondamentalement en rupture sur le mode de fonctionnement classique. Elle est complémentaire de l’effort normal de l’éducation, mais elle est différente. L’université populaire permet à chacun et à chacune qui le désirent d’accéder au savoir sans aucune contrainte de diplôme, de sélection, et sans aucune sanction à la fin d’un cycle ou d’un cursus. Le principe, ici, est de partager le savoir que certains dans la société ont eu le privilège d’avoir avec les autres. L’université populaire offre, pour ceux qui, pour mille raisons, n’ont pas pu avoir accès à un certain nombre de savoirs, la possibilité de pouvoir le faire à n’importe quel âge, selon leurs choix et leur désir de savoir librement, la notion de liberté et de désir est, ici, très importante. L’université populaire, c’est l’éloge, de manière concrète, du savoir comme richesse, comme valeur en soi. Et cette possibilité, si elle s’institutionnalisait, me paraît un pas extrêmement important vers la démocratisation de l’accès au savoir. Donc, on est dans deux démarches qui sont, philosophiquement, parallèles, un peu en rupture sur la forme, mais complémentaires dans le sens de la démocratisation de l’accès au savoir.

Au-delà de la démarche, les disciplines enseignées ont suscité un enthousiasme inégalé. Les sciences humaines sont-elles à l’origine de ce plébiscite ?
Il est indéniable que la démarche de l’université populaire est de considérer que le savoir, les sciences, la culture, tout ce qui est constitutif de la connaissance, de la raison, ne doit plus être considéré comme une formalité, purement académique, qui n’aurait pour fonction que d’accéder à des diplômes, d’accéder à une carrière… Pour l’université populaire, la construction personnelle à travers l’apprentissage permanent, l’initiation au plus grand nombre de connaissances et de sciences, le désir permanent d’apprentissage, d’évolution, sont les éléments constitutifs d’une citoyenneté éclairée, donc susceptible d’opérer des choix, individuels ou collectifs, à la lumière de la connaissance humaine, de la raison, de la capacité de comparer, d’argumenter, de penser, et donc de réussir mieux sa vie et celle de sa société.
Que les sciences humaines soient plébiscitées par les auditeurs de l’université populaire, voilà qui donne une indication très forte de la soif de nos concitoyens de détenir les clefs de la réflexion et de la compréhension du monde. Et c’est, ma foi, la clef de l’une des réussites de cette initiative.

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