Élections du CFCM : Du «symbolique» au concret

Élections du CFCM : Du «symbolique» au concret

Le besoin de créer une instance représentative de l’Islam en France a été ressenti comme une nécessité de manière unanime en France. D’abord par un nombre important de responsables musulmans locaux soucieux d’unir leurs efforts en vue de faciliter l’exercice du culte musulman, de rationaliser son financement et de rénover son enseignement. Ensuite, par l’Etat lui-même qui ne pouvait se satisfaire de l’absence d’ interlocuteurs musulmans représentatifs. Enfin, par la population française de confession musulmane qui souhaitait se voir reconnaître de manière officielle en France à l’image des fidèles des autres confessions.
En répondant à ces trois demandes, la mise en place du CFCM en 2003 a revêtu une importance symbolique considérable. L’implication de plusieurs ministres de l’Intérieur dans le lent et difficile processus d’organisation de l’Islam de France a traduit la détermination et une rare continuité des pouvoirs publics pour remédier à l’absence de «politique pour l’islam», dont la conséquence majeure a été de faire de ce culte une sorte de religion officieuse au sein de la société civile, une sorte d’islam des catacombes . Le désintérêt pour cette importante question pendant une trentaine d’années résultait de cette croyance en un retour possible des populations immigrées dans leur pays d’origine.
Pour les citoyens français de confession musulmane, la présence d’un de leurs représentants à la cérémonie de présentation des vœux du Nouvel An du président de la République aux  dignitaires religieux témoigne d’une reconnaissance officielle de leur culte. C’est là le premier élément du bilan des deux années d’existence du CFCM.
Le deuxième apport essentiel a trait à la stature internationale acquise par le CFCM, suite à l’envoi d’une délégation à Bagdad pour transmettre un message fort, à savoir le refus unanime exprimé par l’Islam de France face au  chantage exercé par les ravisseurs des journalistes, C. Chenot et G. Malbrunot. Cette mission a révélé une autre fonction au CFCM, à savoir celle d’interlocuteur majeur avec les pays arabo-musulmans.
Des forces hostiles à la mise en place de relations stables et apaisées de la France avec ses musulmans ont pris prétexte des contacts tous azimuts, mais pourtant légitimes, pris en Orient en vue d’obtenir la libération de nos deux concitoyens pris en otage, pour tenter de faire imploser le CFCM et empêcher les élections prévues pour le renouvellement de ses membres. Mais grâce au sens des responsabilités du président Boubakeur, le bureau du CFCM s’est rendu compte que les intérêts défendus par ces passéistes pars trop attachés à l’atomisation du paysage islamique, ne sont ni ceux de l’Islam, ni ceux de la France. D’où l’accord qui a été obtenu pour l’organisation au mois de juin des élections redoutées par quelques bénéficiaires des divisions.
Ces nouvelles élections peuvent être l’occasion pour le CFCM d’avoir un second souffle, en consolidant sa légitimité par la démocratisation des procédures de choix de ses membres, et en diversifiant la désignation des «personnalités qualifiées » qui peuvent être trouvées parmi les grands ordres mystiques, comme la Tidjanyia et la Qadiryia  qui sont présents en France depuis la première guerre mondiale. Le CFCM gagnera ainsi en légitimité, et ses actions futures s’en trouveront largement renforcées.
La politique de formation et de rationalisation du financement du culte musulman figure parmi les priorités retenues d’un commun accord avec les pouvoirs publics. Ceci implique l’exploration des possibilités offertes par le cadre légal actuel, sans pour autant en modifier le contenu. Il ne s’agit pas de remettre en cause les principes fondateurs de la laïcité
La création d’une Fondation susceptible de collecter les dons provenant des personnes physiques ou morales diverses est, à mon sens, une solution forte pour faire face aux problèmes du financement du culte musulman dans le cadre d’une société laïque. Encore faudrait-il que le CFCM puisse s’affirmer comme une autorité religieuse incontestée et incontestable, inspirant ainsi confiance à toutes celles et ceux qui croient aux actions ayant pour unique maxime l’unité morale de l’Islam. Les garanties de transparence et de sérieux dans l’affectation de ces recettes à la réalisation de projets cultuels, éducatifs et intellectuels concourront à favoriser un consensus au sein de la communauté musulmane quant à la possible et nécessaire conciliation d’un Islam fidèle à sa tradition religieuse dans une société moderne. Une telle réussite ne manquera pas d’avoir des retombées sur les pays musulmans où des crises sociales, culturelles et politiques amènent des catégories qui se sentent «humiliées et offensées» à rejeter sans nuances, et, hélas, au nom de la foi, tous les apports extérieurs.
Un tel rayonnement suppose un effort intellectuel conséquent destiné à rénover les savoirs religieux musulmans et à trouver un bon équilibre entre les «sciences traditionnelles» (Oloum Naqlyia) et les «sciences rationnelles» (Oloum Aqlyia). Le volontarisme manifesté par les pouvoirs publics devrait les amener à rompre avec les casuistes-laïcs qui justifièrent plus d’une fois le refus étrange d’ouvrir une faculté de théologie Musulmane en zone concordataire. Mais compte-tenu du caractère massif de la demande d’enseignement de l’Islam, d’autres établissements peuvent voir le jour ailleurs. Les collectivités locales attentives aux recommandations de bienveillance réitérées par les ministres de l’Intérieur successifs peuvent aussi, à la faveur de la loi de décentralisation, apporter leur concours au bon fonctionnement de ces instituts, qui répondront à la demande d’information sur l’Islam chez les travailleurs sociaux, les enseignants, les équipes soignantes, les élus locaux, le personnel partant travailler dans les pays musulmans,…
Le développement de l’enseignement religieux musulman permettra la formation  d’ imams francophones dont les connaissances ne se limiteront pas au domaine théologique, mais s’étendront à d’autres domaines tout aussi importants comme les sciences humaines ou le droit  par exemple. Ainsi, ce sont de nouveaux acteurs, forts d’un enseignement académique sans conteste, qui apparaîtront mieux armés dans leur mission quotidienne. Ce sont bien les mouvances radicales qui se trouveront contrecarrer par une telle démarche, mouvances pour lesquelles le religieux est davantage un prétexte que le véritable fondement de leurs actions.
La réalisation de pareils projets nécessite un soutien unanime et notamment celui des médias. C’est ainsi que l’émission relative au culte musulman peut jouer un rôle non-négligeable. Cela supposerait de réadapter le contenu du programme afin d’accompagner les projets cultuels, éducatifs et informatifs du CFCM. Une collaboration pourrait ainsi être envisagée. L’absence d’une instance représentative habilitée à en assumer la responsabilité éditoriale a trop longtemps servi de prétexte à ces usages dont la portée religieuse reste limitée . Le CFCM serait la tutelle légale de cette émission qui devrait avoir des ambitions plus fortes. Ainsi, il paraît nécessaire d’assurer une meilleure information aux familles musulmanes, notamment sur les enjeux des futures élections par exemple, proposer aux jeunes musulmans tentés par des modes de vie alternatifs centrés sur la seule religion, un idéal mieux adapté aux exigences de notre époque. Force est de constater que la primauté accordée à des intérêts claniques, voire individuels, ont éloigné cette émission de ses objectifs initiaux.
Les futurs responsables de cette émission, comme ceux de l’Islam de France, pourront ainsi  être à la hauteur des grands espoirs suscités par la création du CFCM, et surtout seraient à même de répondre aux attentes nombreuses des citoyens français de confession musulmane et des autorités publiques. Leur réussite dépendra de leur capacité à dépasser les querelles anciennes pour se rassembler autour des grandes tâches qui sont les leurs, permettant par là même,  la traduction concrète du principe d’égalité à une religion qui fut trop longtemps méconnue, et qui peut contribuer à donner tout son sens a un concept cher à l’Etat français: la fraternité.

Par Mohamed Bechari
Président de la FNMF,
vice-président du CFCM

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