Elle l’abandonne, il la tue

Elle l’abandonne, il la tue

Samedi 10 juillet 2004 à 7h30mn du matin. Mina, la vingtaine, était à une centaine de mètres pour arriver à l’usine de conditionnement de sardines, située au boulevard Zenata, donnant sur le stade sportif Al Bachir, à Mohammédia. C’est là qu’elle travaille depuis quelques années. Elle marchait lentement en compagnie d’une de ses collègues en attendant l’heure du commencement du travail. Elles conversaient sans se rendre compte de personne.
Tout à coup, un jeune homme, avec un couteau à la main, est venu derrière elle et l’a surprise par un premier coup au dos. Elle a crié et a demandé secours. Le jeune homme a continué de la poignarder, sans pitié. Sa collègue s’est effondrée après avoir lancé un cri strident. Elle n’a pas pu intervenir pour la sauver. Enragé, le jeune homme a criblé Mina de vingt et un coups avant de prendre la fuite. Qui est-il? Pourquoi l’a-t-il poignardée sauvagement ? Tous ces collègues à l’usine savaient qu’elle était mariée, qu’elle a eu des problèmes avec son époux et qu’une procédure de divorce était en cours devant la justice. Est-il l’auteur de cette barbarie contre Mina ? Personne ne savait au juste, parce qu’ils ne l’ont jamais vu.
Alertés, les éléments de la protection civile se sont dépêchés sur les lieux. Ils ont transporté la victime à bord de l’ambulance à destination des urgences de l’hôpital Moulay Abdellah. Seulement, elle a rendu l’âme à mi-chemin. Les éléments du premier arrondissement de la police de Mohammédia étaient déjà sur place en train d’effectuer le constat et de recueillir les témoignages nécessaires pour identifier d’abord l’agresseur. Entre temps, ils ont reçu l’appel téléphonique les avisant que la victime est morte. Qui l’a tuée ? Personne ne savait qui était le jeune homme qui a pris la fuite après l’avoir tuée.
L’affaire n’est pas une agression. Il semble qu’il s’agit d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens. Et ce sont les éléments de la police judiciaire qui doivent s’en charger. Le commissaire El Oudri et ses limiers se sont convaincus que leur calendrier du week-end sera chargé. Ils ne devaient pas croiser les bras ni fermer leurs yeux avant de tirer l’affaire au clair. Qui a tué Mina ? C’est la question primordiale à laquelle ils devaient répondre. Pour cela, ils ont recouru à l’album des photos de la défunte. Une fois la collègue qui accompagnait la défunte lors de l’agression les a regardés, elle leur a affirmé que : «C’est lui, c’est lui». Qui ? C’est son mari, Mustapha, âgé de vingt-sept ans. Ils sont mariés depuis plus de six ans. En 1999, leur foyer s’est égayé d’une petite fillette. Qu’est-ce qu’il leur est arrivé par la suite? Certes, ils ont continué à vivre en paix sous le même toit. Toutefois, leur relation conjugale passait de temps en temps par des situations critiques. Mais jamais comme la dernière fois. Pourquoi ? Mustapha travaillait dans une société au quartier Aïn Sebaâ, à Casablanca.
En janvier dernier, il a été licencié. Et depuis, sa relation avec sa femme a commencé à se détériorer. Elle lui demandait à chaque fois de chercher un emploi. Certes, il a tapé à plusieurs portes. Mais en vain. La solution ? Pour gagner sa vie et participer aux dépenses de son foyer, il a regagné le marché de légumes en gros et travaillait comme colporteur. Un travail qui n’a pas plu à Mina. Elle n’a jamais pensé être la femme d’un colporteur. Elle ne croyait pas que le colporteur soit un homme qui gagne honnêtement sa vie. “C’est un emploi qui porte atteinte à moi et à ma fille“, lui disait-elle. Depuis, elle le maltraite comme un empesté. Elle l’évitait et lui tournait le dos au lit.
En protestant, elle lui a demandé de quitter la maison et la répudier. Il a refusé au départ. Mais elle a insisté au point qu’ils ont entamé les procédures de divorce devant la justice. Depuis, l’idée d’avoir une relation avec une autre personne a commencé à lui hanter l’esprit au point qu’il a commencé à suivre ses pas sans qu’elle ne se rende compte de lui. Et enfin, il a décidé de mettre fin à ses jours. Effectivement, il a essayé jeudi et vendredi, 8 et 9 juillet. Mais en vain. Seulement, il n’a pas jeté l’éponge. Au contraire, il a tenté une troisième fois, le samedi 10 juillet. Et il l’a tuée, laissant sa petite fille de 5 ans orpheline de mère.
Le même jour du drame, vers 10h du matin, Mustapha a été arrêté chez une famille au quartier Aïn Sebâa, à Casablanca, s’apprêtant à emballer ses affaires pour aller vers une autre ville. Mais il a été traduit, mardi 13 juillet, devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca et conduit ensuite vers la prison Oukacha pour attendre son jugement.

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