Enfance violée

Touria n’a pas oublié son douar natal, Lamrasla, T’late Sidi M’barek Bougadra, province de Safi. Elle lui rend visite chaque année. C’est là qu’elle s’est adressée à la famille El Kouchi pour prendre leur fille, Naîma. Elle a promis à ses parents qu’elle veillera sur elle comme l’une de ses filles. Naîma était joyeuse, bien qu’elle s’éloigne de sa mère. L’innocente ne pensait qu’à Dar Al Baîda, elle avait entendu ce nom magique. Et son père ne rêvait que des cinq cents dirhams qu’il empochera chaque mois. La misère oblige. Naîma a mémorisé son premier jour à l’appartement de Touria, à la rue Mignard, quartier Palmiers, Casablanca. Elle doit appeler toutes les femmes de la maison « Lalla » et les hommes « Sidi », elle doit tout faire sans dire non ou « je suis fatiguée » et elle doit se réveiller la première et dormir la dernière. Le père rendait visite mensuellement à Naîma. Elle ne lui raconte rien. Touria ne les laisse jamais s’isoler entre eux. La dernière fois, son père est arrivé avec sa petite soeur, Fatima, à la main. « Tu laisses Fatima avec sa soeur chez toi, je ne te demande aucune contrepartie sauf de veiller sur elle »,dit-il à Touria avant de recevoir les cinq cents dirhams. Naîma n’ose pas le supplier de ramener Fatima au douar près de sa mère. La peur lui dévore le coeur. Elle ne peut rien faire devant cette femme au coeur de monstre. Lorsqu’elle veut ouvrir la bouche, elle pense aux mauvais traitements que subit son petit corps avec une ceinture ou un tuyau en caoutchouc et les brûlures avec une tige en fer ou une fourchette. Le père retourne au douar avec une poche chaude. Touria n’a jamais voulu la traiter comme l’une de ses filles. Elle ne pense qu’à la maltraiter pour le moindre geste, jusqu’au jour ou l’irréparable est arrivé. Ce matin du mois de mars, Naîma oublie de nettoyer les toilettes. Touria est en colère; elle lui demande de se mettre à plat ventre, prend le tuyau en caoutchouc, la fouette violemment. Naîma perd conscience, elle ne peut plus se tenir debout, elle reste étendue au lit, ses blessures s’infectent, sa santé se dégrade. Touria ne l’emmène pas à l’hôpital. Elle a peur d’être interrogée sur les causes des blessures et brûlures. Elle lui met une pommade, lui lave ses blessures avec de l’eau chaude mélangée à l’eau de javel. Elle lui coupe les cheveux et l’isole dans une petite chambre. Elle interdit l’accès à sa soeur Fatima, ses deux filles et son mari. Les jours se suivent, Naîma a maigri, ses petites hanches, son dos et ses côtes présentent des escarres profondes et infectées. Le dix-sept mars, entre 18 et 19h ,Naîma a rendu son dernier soupir. Le rapport du médecin légiste atteste qu’il s’agit d’une mort »violente par arrêt cardio-respiratoire consécutif à des brûlures du deuxième degré profondes, intéressant 36 % de la surface corporelle ». Naîma a été enterrée, Fatima confiée à son père et Touria purge actuellement une peine de quinze ans de réclusion.

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