Énième grève du secteur de la santé

A quelques mois seulement de l’hypothétique entrée en vigueur de la couverture médicale, le secteur de la santé publique connaît une énième grève. Le Syndicat libre des médecins de la fonction publique observe à partir d’aujourd’hui une grève de deux jours. D’autres centrales syndicales, notamment l’Union nationale des travailleurs marocains (UNTM), ont également appelé à un arrêt de travail de 48 heures.
En fait, les revendications des sans appartenance syndicale sont quasiment identiques à celles des professionnels de la santé affiliés à un syndicat. Toutefois, faut-il le préciser, les médecins non syndicalisés représentent une plus grande force, puisqu’ils occupent 50% des sièges dans les commissions paritaires.
En tout cas, le secrétaire général du syndicat libre, le Dr. Boubakri Mohammadine, affirme qu’il est temps pour les autorités publiques de prendre au sérieux les maux dont souffre le secteur de la santé.
Justement, le syndicat libre qui pèse lourd sur le terrain a été carrément écarté de la fameuse commission technique qui se penche sur le dossier de la couverture médicale. « Nous avons envoyé plusieurs lettres au Premier ministre, qui préside cette commission, lui demandant de nous impliquer dans ses travaux », souligne le Dr. Boubakri, qui ajoute que ses missives sont, hélas, restées sans réponse. Réussir une mise à niveau du secteur de la santé passe inéluctablement par une réforme du statut du médecin. Ce dernier serait victime de plusieurs injustices statutaires. Ainsi, pour le même nombre d’années d’études, le doctorat d’un médecin n’est financièrement pas considéré comme un doctorat national, au même titre que les autres disciplines (droit, lettres…). Sur ce dossier, précise Dr. Boubakri, le blocage se situe au niveau du ministère des Finances ainsi que celui de l’Enseignement supérieur. Par ailleurs, les professionnels de la santé exigent que la prime de garde et de responsabilité soit prise en compte dans le calcul de leur retraite. Ce qui n’est pas le cas actuellement.
Le Dr. Boubakri relève une autre injustice flagrante. En effet, les médecins, fonctionnaires du ministère de la Santé publique, bénéficient d’un concours d’avancement, chaque quatre ans, qui leur permet de passer d’un échelon à un autre. Ce n’est pas une faveur. Il s’agit carrément d’un droit prévu par une loi de 1999 et par le statut interministériel des médecins de la fonction publique. Toutefois, leurs collègues des ministères de la Justice, de l’Intérieur et de la protection civile en sont tout bonnement privés de ce droit. La grève d’aujourd’hui et de demain sont également une occasion de rappeler les conditions de travail difficiles des médecins de ces départements ministériels.
En fait, les professionnels pensent que leur marginalisation commence très tôt. Au moment de la spécialisation, alors qu’ils sont déjà médecins, les résidents ne bénéficient que d’une simple bourse d’étudiants qui atteint à peine les 4.000 DH. « Nous estimons que cette somme est franchement insuffisante pour ne pas dire humiliante », lance le Dr. Boubakri.
Pour sa part, l’UNTM a constaté que les différentes réunions tenues avec le ministre de la Santé et le Premier ministre n’ont donné rien de concert. Ce syndicat, proche du PJD, qui coordonne « verbalement » avec le syndicat libre, s’attarde sur les dérapages incessants au sein du CHU Ibn Sina de Rabat. L’UNTM condamne également la discrimination dont souffrent les administrateurs de la santé qui ne vont bizarrement pas bénéficier des augmentations promises par le gouvernement à l’ensemble des administrateurs de la fonction publique.
A noter, enfin, que le syndicat libre a déjà observé une grève de 48 heures les 11 et 12 octobre courant. Le taux de réussite de ce débrayage a atteint les 84% à l’échelle nationale.

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