Enquête : Quand les hommes battus par leurs femmes passent aux aveux

Au Maroc les femmes ne sont pas les seules victimes de la violence conjugale. Il y a aussi des hommes qui sont battus par leurs femmes. Le fait est là et bien réel. Combien sont-ils à être violentés par le sexe féminin? Difficile de se prononcer à ce sujet. L’absence de statistiques et d’études ne permet pas de mesurer l’ampleur du phénomène. D’autant plus que les centres pour les hommes violentés sont inexistants au Maroc. Néanmoins, cette violence reste minoritaire. Mais, il faut avouer que les hommes maltraités sont moins rares qu’on ne pourrait le croire car le sujet reste tabou et les victimes préfèrent se taire. «Contrairement aux femmes, les hommes n’osent pas en parler. Ils pensent que c’est une atteinte à leur image. La société marocaine est machiste. Dans notre société, on voit mal un homme frappé par sa femme, muni d’un certificat médical et déposait plainte», affirme Me Abderrahim Bouhmidi, avocat du barreau de Rabat avant d’ajouter : «Je me souviens d’un cas qui remonte à une vingtaine d’années. Un homme se faisait constamment frapper par sa femme jusqu’au jour où il n’a plus supporté cette situation et l’a frappée à son tour. Celle-ci a alors porté plainte. Une fois au tribunal, en pleine audience, le juge lui a demandé s’il était véritablement un homme car il se laissait battre par sa femme. Cette réflexion du juge reflète en fait celle de la société marocaine».
Des hommes battus par leurs femmes ont accepté de témoigner. Tel est le cas de M’hamed, commerçant : «Je suis la risée du quartier où j’habite. Je suis mariée depuis une vingtaine d’années et père de trois enfants. Ma femme est un genre de garçon manqué et plutôt bien bâtie. La première nuit de notre mariage, elle m’a demandé de lui donner une véritable preuve d’amour. Je lui ai alors demandé ce que c’était. Elle voulait me donner une gifle. J’ai accepté en me disant que la gifle d’une femme n’était pas aussi terrible que celle d’un homme. Et depuis, chaque fois que l’on se fâche, elle me demande la même chose et j’accepte. Au fil des années, c’est devenu comme une habitude. C’est toujours elle qui se permet de me battre». C’est aussi le cas de Ali. «Je suis un agent d’autorité, marié et père de deux enfants. Mon seul défaut, c’est l’alcool. Vu la nature de mon travail, je suis souvent invité à des dîners où l’on sert des boissons alcoolisées. Ma femme me suit partout et me fait à chaque fois un véritable scandale. Elle commence à crier devant tout le monde, à me demander de rentrer à la maison, à balancer toutes sortes d’objet sur moi. Une fois, alors que j’étais invité à un mariage, elle est arrivée et m’a lancé une assiette sur le visage. Je me suis retrouvé avec deux dents cassées. Au quartier où j’habite, tout le monde est au courant. J’ai honte d’en parler. Au début de notre mariage, il m’est arrivé de gifler ma femme croyant qu’elle n’allait pas me la rendre. Et pourtant, elle m’en a rendu une des plus terribles. Je l’ai frappée et elle s’est bien défendue. Têtu que je suis, je voulais aller au-delà des limites de ma nature d’homme. A chaque fois, c’est elle qui remportait la bagarre. Chose qui a éveillé en moi une sorte de crainte». Abdou, professeur, raconte le cas d’un de ses amis. «J’avais un ami avec qui je prenais un café de temps en temps. Au bout de quelques semaines, il avait disparu. Un jour, je l’ai rencontré par hasard et je lui ai demandé les raisons l’ayant poussé à ne plus venir au café. Il m’a avoué que sa femme lui avait interdit de sortir le soir après son travail et qu’elle en était venue aux mains».
Selon le Pr Omar Batas, il est difficile de déterminer les traits caractéristiques de l’homme battu. «Le trouble de la personnalité entraîne une vulnérabilité chez l’homme», indique M. Batas. La situation des hommes battus est encore plus difficile à vivre que pour les femmes car elle entraîne une sorte de négation de son identité masculine.  Par ailleurs, il a été constaté que la grande majorité des femmes violentes, utilisent des objets (ustensiles), qui viennent compenser la force du poing généralement utilisé par l’homme.
Un autre aspect est à prendre en considération, à savoir la manipulation psychologique par les femmes.
L’aspect psychologique peut s’effectuer sous forme de refus, d’insultes ou d’accusations non fondées. La violence verbale est beaucoup plus difficile à prouver devant les policiers ou un juge dans la mesure où elle ne laisse aucune trace sur le corps.
Le phénomène des hommes battus, toujours refoulé au sein de la société marocaine, va certainement éclater un jour ou l’autre, quand la gent masculine prendra conscience qu’il n’y a aucun mal à dénoncer une situation d’injustice.

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