Enseignement de l’amazigh : bilan mitigé

Où en est le plan d’intégration de l’amazigh dans l’enseignement national ? Est-il encore prématuré de hasarder un bilan de ce plan destiné à réhabiliter une langue longtemps demeurée dans la négligence ? En appelant à «l’accélération de ce grand chantier national », lors d’une réunion évaluative mardi à Rabat, le ministre de l’Education nationale, Habib El Malki, aura reconnu les énormes difficultés que rencontre le processus d’intégration de l’amazigh dans le système pédagogique national.
Comme l’a fait également remarquer un chercheur à l’Insitut royal pour la culture amazighe (IRCAM), en l’occurrence Abdessalam El Khalfi. «Sur le principe, l’intégration de l’amazigh dans l’enseignement reste un geste politique très fort. Mais il faut reconnaître que la mise en œuvre de cette opération bute encore sur plusieurs obstacles», admet M. El Khalfi. «Les enseignants jusqu’ici formés se comptent par milliers, mais plusieurs d’entre eux manquent de classes pour dispenser leurs cours», a-t-il regretté. «C’est mettre la charrue avant le bœuf», critique un enseignant, qui s’interroge sur l’utilité même du plan de formation en l’absence de la possibilité de la mettre au service du plus grand nombre d’élèves.
Comble du paradoxe, «des enseignants qui n’ont pas bénéficié d’une formation ont la possibilité d’enseigner, alors que ceux qui ont prix la peine de se former n’ont pas de classes», relève M. El Khalfi, avant d’ajouter que l’IRCAM assure à lui seul la formation de près de «99% des enseignants». L’Institut présidé par Ahmed Boukous prend également sur lui l’élaboration des manuels scolaires édités à cette fin.
Depuis le lancement de l’opération en 2003, l’IRCAM a édité quatre supports pour le compte de l’enseignement primaire sous le titre unifié «Bonjour, l’amazigh». Simplement, cet effort restera sans effet si le ministère de l’Education nationale ne met pas les moyens requis pour une mise en œuvre du plan d’intégration. Le manque d’une vision cohérente donne parfois des résultats qui frôlent l’arbitraire. Le paradoxe veut que des «élèves qui ont bénéficié de l’enseignement de l’amazigh pendant la première année du cycle primaire en soient privés lors de la deuxième année, et vice-versa», proteste un enseignant, en appelant le ministère de tutelle à agir de manière à garantir un «enseignement sans interruption». Sur le terrain, le plan d’intégration passe très mal.
Ce qui laisse planer de nombreuses interrogations sur le fameux projet de généralisation, d’ici 2010, de l’intégration de l’amazigh à tous les cycles de l’enseignement national, du primaire au supérieur, en passant par le collège et le lycée. Reste que cela relève, du moins pour le moment, «de l’utopie», nous dit un spécialiste de la question en émettant l’espoir de voir réhabiliter une langue et une culture qui doivent constituer une «fierté» pour tous les Marocains.

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