Entre parrainage et méritocratie

Aujourd’hui, le Maroc : Quelles sont les évolutions majeures, au fil des décennies, qu’a connue l’élite ministérielle ?
Amina Messaoudi : Les const-antes l’emportent sur les variables. Le profil ministériel n’a pas vraiment changé d’une période à une autre. En général, les ministres marocains proviennent du monde urbain. Ce sont des hommes qui ont fait des études principalement de droit, en France surtout. Il y a un très faible pourcentage de ministres marocains qui ont suivi leurs études en Egypte, en Syrie ou en Algérie. Leur âge varie entre 40 et 52 ans. La filière pour être ministre est la haute fonction. En clair, ce sont surtout les filières technocratiques et non partisanes qui peuvent conduire au poste de ministre. Dans les gouvernements que j’ai étudiés, les ministres ne sont pas forcément membres de partis politiques bien qu’il y ait eu des partis représentés dans de nombreux gouvernements.
Comment les ministres sont-ils recrutés ?
Quand j’ai étudié les filières conduisant aux postes ministériels, j’ai fait une différence entre celle que j’ai nommées les filières directes, c’est-à-dire apparentes, et celles que j’ai intitulées les filières indirectes. Ce sont parfois elles qui sont déterminantes dans le recrutement de ministres. En suivant l’expérience professionnelle d’un ministre avant son recrutement, l’on voit qu’il a fait des études supérieures et travaillé dans de nombreuses fonctions dont la fonction suprême : doyen, DG etc. Mais il existe aussi un certain parrainage qui surgit à un certain niveau pour l’accès à une telle fonction.
Devenir ministre était-il dû à la méritocratie ou à un concours de circonstances?
Au regard des profils, on est tenté de répondre que la méritocratie a fonctionné. Mais lorsqu’on examine le revers de la médaille, il y a toujours des circonstances qui facilitent l’accès des uns au détriment des autres. On peut se demander quelle est la véritable filière pour le poste de ministre du moment qu’il n’y a pas ce lien entre une majorité parlementaire et sa représentation au sein du gouvernement dans notre régime politique. L’article 24 de la Constitution explique comment sont nommés les ministres, mais il n’y a pas de conditions qui expliquent à l’opinion publique les caractéristiques requises pour accéder à ce poste. Il y a une petite porte qui laisse penser qu’il y a d’autres filières, pas toujours visibles. C’est un échantillon assez limité qui accède aux postes ministériels grâce au parcours, aux liens de parenté et aux contacts avec les centres influents.
Quelle est la durée de vie d’une carrière ministérielle ?
La majorité des ministres restent à leurs postes entre 1 et 2 ans. Mais la longévité ministérielle d’un certain nombre d’entre eux se situe entre 5 ans et 10 ans.

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