Entretien avec Abderrazak Moussaid : «La femme vaginique considère le sexe en érection comme une arme»

Entretien avec Abderrazak Moussaid : «La femme vaginique considère le sexe en érection comme une arme»

ALM : Que veut-on dire par vaginisme?
Abderrazak Moussaid : Le vaginisme est défini en tant que contracture involontaire et brutale du muscle inférieur du vagin. C’est un réflexe agressif qui rend impossible toute tentative de pénétration vaginale. Ainsi, la femme manifeste une angoisse terrifiante lors du rapport coïtal. Ce qui la pousse à rejeter son partenaire au moment de la pénétration et bloquer la défloration.

Est- ce un trouble organique ou psychique ?
On trouve rarement une cause organique engendrant le vaginisme. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un réflexe d’ordre psychologique. Les causes en sont multiples et liées principalement à l’entourage de la femme . Cette peur du pénis est amplifiée par une expérience douloureuse, en l’occurrence le viol et l’inceste. En outre, il ne faut pas omettre le facteur social. L’éducation rigide à laquelle est sujette la femme dans le monde arabe et le poids familial contribuent à l’alimentation de ce trouble. De ce fait, la femme vaginique sombre dans la culpabilisation et considère le sexe en érection comme une arme. Ces facteurs se traduisent systématiquement par une somatisation au niveau de la sphère vaginale et peuvent se manifester dès le premier rapport.

À quel moment du diagnostic peut-on parler d’un vaginisme primaire ou secondaire ?
En effet, on peut identifier deux sortes de vaginisme. Le vaginisme primaire se confirme lorsque la pénétration est toujours impossible et c’est dès le premier rapport. Par contre, la femme peut être exposée au vaginisme après une relation sexuelle normale et satisfaisante. La pénétration devient impossible généralement suite à un traumatisme à savoir un rapport sexuel brutal, un accouchement douloureux ou tout simplement une lésion vaginale. On peut également détecter un vaginisme immature qui survient en un terrain phobique chez des personnes de profil hystérique. Le traitement de ce cas est généralement exposé à un psychiatre.

Selon vous, combien de Marocaines souffrent de ce trouble sexuel ?
Il est utile de signaler qu’en Occident le 1/10e de la non consommation du mariage est dû au vaginisme. Au Maroc, là où le facteur social est omniprésent, le nombre des femmes vaginiques pourraient être important. On a pas de statistiques précises dans ce sens, mais je peux affirmer que les Marocaines commencent à en parler. Autrefois, la femme vaginique, socialement désignée en tant que «Mtakfa» ou «Sefha» trouvait refuge dans les marabouts et se livrait aux pratiques liées au charlatanisme. Aujourd’hui, elles n’hésitent pas à exposer leur cas au corps médical. L’idée de se soigner s’impose généralement lorsque l’envie de maternité s’installe.

Comment peut-on traiter le vaginisme? Et en quoi consiste la thérapie ?
La femme peut recourir à un gynécologue pour incision de l’hymen. Toutefois, le vaginisme se traite par sexothérapie. Le traitement consiste à suivre des séances de relaxation pour mieux gérer sa douleur. Ensuite, on procède par la dilatation de bougie de Kegel. On fait pénétrer progressivement des bougies de taille croissante dans le vagin de la patiente. Au cours de cette séance, la patiente visualise la pénétration et se prépare aux éventuelles pénétrations. La patiente peut même être accompagnée de son mari lors de ces séances thérapeutiques, car le vaginisme est une affaire de couple.

Quels conseils donnez-vous, dans ce sens, aux couples ?
Il est à souligner que le vaginisme a un impact considérable sur la santé sexuelle du conjoint. À force d’avoir tenté en vain la pénétration, le mari peut être exposé à un dysfonctionnement d’ordre érectile ou éjaculatoire. De ce fait, j’appelle les familles à éviter le cérémonial de la nuit de noces qui peut être une source de tension pour le couple. De même, j’invite les conjoints à être plus tolérants et d’agir doucement et progressivement lors du rapport coïtal.


La gymnastique pélvienne
L’exercice Kegel reste une bonne solution pour remédier au vaginisme. Il s’agit de quelques exercices de contraction à faire au quotidien chez soi. Ils consistent à resserrer les muscles du plancher pelvien. Ainsi, la femme vaginique doit contracter ses muscles, maintenir cette position pendant quelques secondes, puis les relâcher. Il est préférable que ces exercices soient faits aux toilettes afin de s’assurer de la contraction des muscles du plancher pelvien et non des muscles abdominaux. Une fois les exercices pratiqués correctement, la femme vaginique devrait les refaire à n’importe quel moment de la journée à fréquence de 20 contractions par exercice. Sans oublier de relaxer les muscles pendant quelques secondes après chaque contraction. En seconde étape, il est conseillé de faire ces exercices en introduisant les doigts dans le vagin. Il faut procéder progressivement et ce en commençant avec un pour atteindre trois doigts vers la fin de la rééducation. Les doigts doivent être insérés à une profondeur d’au moins 5 ou 6 cm. Il y a plusieurs raisons de s’y prendre de cette façon : les doigts sont très faciles à retirer s’il y a de la douleur et n’entraînent aucun coût. De plus, la femme vaginique pourra ressentir les muscles se contracter et relâcher autour de ses doigts et ainsi être certaine qu’elle a contracté et relaxé les bons muscles. Cela lui permettra aussi de s’habituer à avoir quelque chose à l’intérieur de son vagin. Le temps requis pour en arriver à trois doigts varie de quelques semaines à des mois. Lorsque la femme vaginique insère trois doigts sans douleur à quelques reprises, elle peut tenter quelques rapports sexuels. Il est à noter qu’il ne faut pas se décourager si à un moment donné la femme ne parvient pas à insérer autant de doigts que d’habitude. Dans ce cas, il faut reprendre les contractions pelviennes et au moment de la relaxation réussir à pénétrer un peu plus profondément.

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