Escroquerie aux lots de terrains

Début décembre. Il décide d’aller à la conservation foncière à Casablanca. Son objectif ? Préparer des documents susceptibles de lui permettre d’avoir l’autorisation de construction sur son terrain vierge dont il dispose depuis belle lurette au quartier Bernoussi. Son identité importe peu, mais il intrigue le fonctionnaire de la conservation foncière. Le dernier cherche sur son ordinateur, puis lance un regard sur la personne qui se tient devant lui, lui demande de lui rappeler son identité et les références de son lot de terrain. Le fonctionnaire relit une fois encore les renseignements signalées sur l’ordinateur, s’assure de leur véracité et lève ses yeux pour surprendre la personne qui se tient encore devant lui : «Tu rigoles ou quoi?». “Nul ne consulte ces services pour perdre son temps”, explique la personne au fonctionnaire qui semble regretter son interrogation avant de lancer la mauvaise nouvelle: «Tu as déjà vendu ton lot de terrain». Les yeux du client écarquillent, ses idées s’entremêlent dans sa tête, son sang bouillonne dans ses veines et son coeur devient un volcan en pleine éruption au point qu’il a perdu les pédales. Il demande une chaise au fonctionnaire pour s’asseoir. “Comment et quand ?” s’interroge-t-il. Le fonctionnaire n’a pas la moindre idée pour lui répondre. L’identité de la personne qui s’assoit devant son bureau est la même de celle qui a vendu. «Je n’ai rien vendu… », balbutie l’homme qui demande un verre d’eau. “La solution ? Je ne sais pas, mais il vaut mieux déposer plainte chez la police pour tirer l’affaire au clair”, lui conseille le fonctionnaire. L’affaire semble sérieuse. Le lot de terrain vaut une centaine de millions de centimes. Qui l’a acheté ? Qui l’a vendu ? Par quel moyen ? Les réponses sont difficiles à trouver. Il faut une enquête minutieuse. Les éléments de la deuxième brigade criminelle près la police judiciaire de Hay Mohammedi-Aïn Sebaâ s’en chargent. Ils commencent par l’audition de la victime. Celle-ci ne sait rien sur le vendeur et l’acheteur de son terrain. La tâche semble un peu difficile pour les enquêteurs qui commencent à courir à gauche et à droite pour avoir plus d’éléments sur les démarches entreprises avant la vente du terrain. Entre temps, un autre propriétaire terrien se rend chez eux, dépose plainte. Il vient de regagner Casablanca. Quand il se rend à son lot de terrain, situé au boulevard Ba H’mad, qui vaut des millions de dirhams, il est surpris de le voir transformé en un chantier de construction. Qui entreprend ces travaux ? Il se présente chez les constructeurs de bâtiment, leur demande des explications. Il reste bouche-bée devant leurs réponses. Le lot de terrain a été acheté contre deux millions quatre cent milles dirhams. Qui l’a acheté ? Il a eu son nom et s’est dépêché vers la police pour l’alerter. Les choses deviennent de plus en plus sérieuses au point que les enquêteurs de la PJ de Hay Mohammedi-Aïn Sebaâ ne ferment plus leurs yeux et mènent des investigations minutieuses. Effectivement, le bon travail donne de bons fruits. Les limiers arrêtent un quinquagénaire qui marchandait avec un homme pour lui vendre un lot de terrain à Mohammedia. Tête chenue, moustachu, habillé en costard, le quinquagénaire semble un richard plein aux as. Il s’appelle Mohamed. B, né en 1950 à Casablanca, marié et père de deux enfants. « Tu disposes vraiment du lot de terrain que tu veux vendre à Mohammedia?». Baissant sa tête, Mohamed dévoile tout en quelques minutes. «Nous sommes une bande de six personnes», confie-t-il aux limiers de la police. Dès son bas âge, Mohamed est un commerçant. Seulement, il n’a jamais réussi dans cette activité au point qu’il l’abandonne de temps en temps. D’une année à l’autre, il s’est retrouvé sans le sou. Il ne pouvait. Par hasard, il a rencontré, depuis une année, un jeune homme qui l’a sollicité à rejoindre sa bande d’escrocs contre des millions de centimes. Ils sont six personnes. Les deux premières prospectent les terrains susceptible d’être vendus et choisissent ceux dont les propriétaires ne demeurent pas à Casablanca. Après obtenu des renseignements sur le terrain et son propriétaire, un troisième élément de la bande se rend à la conservation foncière pour demander des explications sur son état. Ce dernier n’hésite pas demander une copie du contrat de vente et à être renseigné sur l’identité du propriétaire. Une fois avoir ces renseignements reçus, un quatrième élément de la bande se charge à confectionner, par ordinateur et scanner, une fausse carte d’identité nationale, comprenant l’identité du propriétaire du terrain avec la photo d’identité du cinquième élément de la bande, à savoir, Mohamed. B. Aussitôt, ce dernier se présente chez une agence bancaire pour ouvrir un compte bancaire avec la fausse CIN, puis chez un intermédiaire, pour lui demander de lui chercher un acheteur. Une fois ce dernier trouvé, Mohamed B. l’accompagne chez un notaire de la ville, qui entreprend les procédés de la vente. Quand il veut verser la valeur de la terre à Mohamed, ce dernier n’hésite pas à lui demander de la verser dans son propre compte bancaire, pour la tirer le lendemain en compagnie d’un sixième élément de la bande. « Nous avons arnaqué six ou sept propriétaires terriens, dont deux à Sidi Bernoussi, un au Boulevard Bahmad, un sur Casablanca-Anfa, un à la rue Colonel Al Âllam…», avoue Mohamed, qui reste le seul élément de cette bande présenté, jusqu’à aujourd’hui, devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Alors que les cinq autres membres de la bande demeurent en état de fuite.

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