Etat fou ou désespoir

Etat fou ou désespoir

Un journaliste israélien de Haaretz, Yoel Marcus, n’as pas hésité, de son côté, à affirmer « … avec le temps, le Hamas s’affaiblira, surtout si l’on continue à décapiter sa direction ». En ajoutant, toutefois, «…Sharon reste toujours décidé à évacuer Gaza et toutes les colonies. On ne peut, donc, le soupçonner d’avoir ordonné l’élimination de Cheikh Yassine pour torpiller sa propre initiative politique » … sans préciser qui a pu décider d’une telle « élimination», en dehors du chef du gouvernement israélien.
Un autre expert du quotidien Haaretz, a été plus franc. Il a indiqué que « la décision concernant le Cheikh Yassine a été précédée de discussions et d’analyses au sein du « cabinet restreint de sécurité ». Mais cela n’a pas empêché, – explique Zeëv Shif -, d’être contaminé, dans ses réactions, par le virus d’ « Etat Fou ».
En ajoutant, « les pays arabes sont en droit de penser qu’Israël s’est conduit comme un « Etat Fou », car il ne tient plus compte du reste du monde ».
Le chef de l’état-major de l’armée israélienne prévoit, d’ailleurs, que le même sort attendrait le président Yasser Arafat ou le chef du Hezbollah, Nassrallah. En conséquence, le monde arabe étant en ébullition, cela ne peut que confirmer son sentiment d’un « Etat Fou ». Le concept d’ « Etat fou » n’est pas nouveau. Il a été inventé, il y a 30 ans, par le professeur israélien Yehezquel Dror qui l’a étendu à des mouvements idéologiques extrémistes.
Ce qui a permis à d’autres, d’inclure à ces mouvements les attentats-suicides, définis comme une « stratégie de folie ». La question reste de savoir si Israël, – comme l’a exprimé Zeëv Shif -, a été contaminé par le virus de l’«Etat Fou ».
D’autant que d’autres pays, habituellement rationnels ont pu virer à la folie, ou simplement le faire croire. A titre d’exemple, on cite Kissinger qui en confirmant que les Etats-Unis s’interdisaient de prendre une initiative nucléaire, laissaient croire à l’URSS, qu’ils pouvaient devenir assez fous pour le faire…
En Israël, nombreux pensent qu’il ne suffit pas d’être fort, « le temps est arrivé de le montrer ».
Dans le cas du Cheikh Yassine, les Israéliens sont entrés dans un circuit extrême, avec, pourtant, en arrière-fond le plan de « retrait unilatéral ». Et Zeëv Shif ajoute « l’armée israélienne considère que même un succès militaire serait gaspillé dans la guerre en cours » par un retrait unilatéral.
Par contre pour le Hamas, une décision de retrait de Sharon, constituerait la preuve que des actions les plus violentes contre Israël, l’amènerait à un retrait encore plus large.
Tous, politiciens et militaires israéliens, ont prévu que la réaction arabe à l’ « opération » contre le Cheikh Yassine, sera des plus fortes et la critique européenne des plus acerbes.
Le chef de la sécurité militaire de Tsahal (le Shabak) a dévoilé que nombreux se sont opposés au meurtre du Cheikh Yassine, en proposant d’attendre une autre « action » concernant tous les chefs du Hamas, avec le moins de risque de toucher les Palestiniens innocents. L’histoire prouve que s’il a été possible de mettre fin à un processus politique par l’assassinat d’un dirigeant politique, il est impossible de stopper une action armée de libération nationale ou religieuse, voire nationale-religieuse. Il paraît encore plus vrai, pour citer encore Yoel Marcus, de parler de « solution et non de victoire ».
Les mobiles de Sharon, par son plan de séparation unilatérale puis de dégagement de Gaza, ne peuvent plus justifier de supprimer une action de libération nationale par la force.
Seule la négociation en commun reste possible. C’et la seule issue pour Sharon de sortir de sa détresse personnelle face à la justice de son pays. Donc, ce n’est peut-être pas l’Etat d’Israël qui est fou, c’est son Premier ministre qui est dans le désespoir…

• Par Robert Assaraf

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