Etude : La population migrante au Maroc et les services de base

Etude : La population migrante au Maroc et les services de base

L’accès à l’emploi, au logement et à l’éducation est facilité dans les villes de Rabat, Casablanca et Salé

Sur les 170 migrants interviewés lors de la réalisation de l’étude sur l’accès aux services de base, à l’emploi et au logement pour la population migrante au Maroc, réalisée par le Comité européen pour la formation et l’agriculture (CEFA) et présentée lundi à Rabat, plus de 90 (57%) sont en situation administrative irrégulière. Il ressort également de cette enquête de terrain s’inscrivant dans le cadre du projet Opération Al Wassit, financé par l’Union européenne, que 62 sont résidents dont 20 étudiants et 14 réfugiés. Ces chiffres sont récoltés au niveau de trois zones ciblées par l’enquête.

Situation légale des migrants par région

A Rabat, les données sur la situation administrative montrent que 37 sur les 64 Subsahariens interviewés sont en situation irrégulière (57,8%) alors que 20 sont en situation régulière et 6 sont des demandeurs d’asile. Cependant, les interviewés rencontrés à Casablanca et Salé sont tous des personnes en situation irrégulière. A Tanger-Tétouan, 66% (33 sur 50) des Subsahariens interviewés sont en situation irrégulière. 14 sont en situation régulière et 3 sont des demandeurs d’asile. Parmi les personnes en situation régulière, 4 sur 14 sont des réfugiés –2 du Cameroun, 2 du Mali– tandis que 8 sont des étudiants et 2 sont des résidents. A Nador-Oujda, 43,6% (24 sur 56) des Subsahariens interviewés sont en situation irrégulière. 41,8% (23 sur 56) déclarent être résidents. Cependant, 15 personnes sur les 23 résidentes ne veulent pas rester vivre au Maroc et toutes, sauf une, ne travaillent pas au moment actuel. 4 ont déclaré être des réfugiés et 4 des demandeurs d’asile.

Selon Erika Ramanzini, chef de projet Opération Al Wassit, «l’accès aux différents services, tels que l’emploi, le logement, l’éducation, etc. est facilité dans les villes de Rabat, Casablanca et Salé, où il y a plus d’opportunités de formation, travail ou étude et où les populations migrantes s’installent de façon plus durable». Comme elle le précise, cette étude réalisée en partenariat avec la Fondation Orient-Occident, l’Association Asticude et l’ONG Soleterre, vise à donner un aperçu sur les acquis et les barrières dans l’accès aux services. Dans ce sens, il ressort de l’enquête que le niveau d’éducation est manifestement élevé puisque la moitié des interviewés affirme avoir conclu au moins les études supérieures. Le taux d’emploi est, par contre, très faible et la majorité de ceux qui ont un travail et perçoivent un revenu déclarent que leur activité actuelle n’est pas adaptée à leur formation ou leur domaine de qualification. Selon les données récoltées à Rabat, Casablanca et Salé, 39 ont un Bac et 10 ont une licence. Concernant le travail après les formations reçues, parmi les 11 personnes formées, 4 ont un travail à l’heure actuelle, dont 3 déclarent travailler dans un domaine parfaitement adapté à la formation suivie. Dans l’ensemble, 12 personnes sur 64 à Rabat affirment avoir à l’heure actuelle un emploi. En ce qui concerne les données relatives à l’éducation des enfants des migrants subsahariens il n’y a pas une donnée fiable sur le nombre des enfants présents sur le territoire marocain. A Tanger, la majorité dit avoir cherché un travail, 60% (30 sur 50), et à l’heure actuelle 6 sur 30 l’ont trouvé. A Nador-Oujda, 77,8% (43 sur 56) des migrants interrogés ont entamé des démarches pour trouver un travail au Maroc. Parmi ces personnes, respectivement 24 femmes et 18 hommes, la majorité déclare être résidente au Maroc (19 sur 43). 15 personnes sur 43 qui ont cherché un travail souhaitent rester vivre au Maroc. A l’heure actuelle 8 personnes sur 43  affirment avoir un travail. Parmi ces 8 personnes 5 sont résidents, 1 est un demandeur d’asile, 1 est un refugié et 1 est en situation irrégulière. Ils sont tous des hommes et 5 sur 8 souhaitent rester vivre au Maroc. Concernant l’accès à la santé, les 37,5% des interviewés (24) ont déjà bénéficié de visites auprès des établissements de soins de santé de base (ESSB)- 4 cas à Casablanca, 3 à Salé, 17 à Rabat- et, dans la quasi-totalité des cas (22 personnes), les services étaient gratuits. A Tanger, les données récoltées par rapport à l’accès aux soins médicaux montrent que 62% (31 sur 50) des enquêtés ont bénéficié de soins médicaux. A Nador-Oujda, 76,4% (42 sur 56) des enquêtés affirment avoir déjà bénéficié de soins médicaux sur cette zone.   

Recommandations et témoignages

L’étude recommande de faciliter davantage la régularisation des migrants. S’agissant de l’éducation des enfants, elle recommande de sensibiliser à  la circulaire ministérielle consacrée à l’éducation. L’enquête exhorte également de mettre en place un service permanent de validation des acquis et conversion des diplômes. Aussi, l’étude estime que l’accessibilité aux soins n’est pas suffisante. Selon la même enquête, il faut de plus prendre en charge les cas lourds et les maladies chroniques. Comme il faut sensibiliser aux procédures à suivre pour l’obtention d’extraits de naissance. «Le Maroc a tout intérêt à faciliter l’accès à l’extrait de naissance», avance Mme Ramanzini. En termes d’emploi, il importe de sensibiliser à la législation marocaine du travail et faciliter l’accès à l’information quant aux offres d’emploi. S’agissant du logement, il faut éviter la ghettoïsation des migrants et faciliter l’intégration dans les quartiers mixtes.

Cela étant, la présentation des résultats est l’occasion pour des migrants de fournir des témoignages.

Entre le choix de quitter le Maroc ou y rester, les témoignages abondent dans le même sens. «Quand je suis venue au Maroc, je pensais à traverser mais je ne pouvais pas. Alors quand j’ai eu la carté de séjour, j’ai pu faire des formations en éducation. Au fil du temps, le Maroc est devenu mon deuxième pays», déclare une migrante. Un autre indique: «la nouvelle politique migratoire nous a donné l’idée de rester au Maroc. Là où il y a des efforts à fournir c’est au niveau de l’emploi des migrants». «Si j’ai un salaire de 6.000 ou 8.000 DH, pourquoi partir en Europe?», enchaîne un autre migrant.

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