Événement : Cadrage : Éviter l’amalgame

La prétention qu’a le terrorisme d’agir au nom des pauvres est une grosse imposture. Encore plus flagrante que celle qui prétend que le désœuvrement et la pauvreté sont le parfait terreau du terrorisme. Dans les années soixante-dix, le terrorisme avait atteint son apogée en Europe alors que les pays occidentaux étaient en pleine expansion économique et sociale. Les Brigades Rouges en Italie, l’Action Directe en France, Les Cellules Communistes Combattantes en Belgique, Bader-Meinhof en Allemagne Fédérale, l’IRA en Grande-Bretagne, l’Organisation 17 Novembre en Grèce, n’étaient pas issues, des quartiers périphériques et désœuvrées des capitales européennes. Les actes ignobles perpétrés à Casablanca ne peuvent être liés uniquement aux bidonvilles et à l’insalubrité de l’habitat. De Sidi Moumen, l’on s’est retrouvé devant une carte beaucoup plus étanche de la nébuleuse intégriste. Sur le plan national comme sur le plan international, la connexion des intégristes s’est révélée plus compliquée que selon les premières impressions après le choc du 16 mai. L’apparition du Français aux multiples prénoms résumés en Lhaj et le rôle qu’il jouait en tant que manipulateur principal en dit long sur la profondeur du problème. D’autant plus que les gardiens de nuit et marchands ambulants kamikazes ne pouvaient exécuter leurs crimes de leur propre chef, ignorants et bornés comme ils étaient. Dans le milieu terroriste, livrés à eux-mêmes, ils seraient aussi déplacés que des renards dans un aquarium. L’enquête a révélé que les tentacules de la pieuvre intégriste au Maroc ont atteint toutes les villes.
L’implication ne s’est pas limitée à des désœuvrés, lassés de vivre. Il est formellement établi maintenant que la nébuleuse englobe des représentants de partis politiques, des intellectuels, des Imams prêcheurs et des cadres auréolés de diplômes universitaires. Aux côtés de la capitale économique, d’autres grandes villes marocaines se sont avérées infestées d’intégristes, à commencer par Fès qui constitue un fief des plus dangereux dans ce sens. Ils sont à Tanger, Oujda et même à Beni Mellal.
Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?
Ce sont d’ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. Quand on peint une chose intérieure, on peint une chose enfoncée. Or l’enfoncement, quelque éclairé qu’il puisse être, ne peut jamais offrir l’uniforme et vive clarté d’une surface.

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