Événement : Douar Sékouila, un autre fief des kamikazes

Emprunté à la langue espagnole par le dialecte marocain, le terme «Sékouila» (en espagnol escuela), est synonyme d’école, d’alphabétisme et de savoir. Mais, quand il est devenu le nom d’un des douars casablancais, il est plutôt devenu synonyme d’oisiveté, d’analphabétisme et d’obscurantisme. Douar Sékouila, ce ghetto de la commune Ahl Laghlame, préfecture de Sidi Bernoussi-Zenata, est le prolongement des carrières Thomas, commune Sidi Moumen, préfecture de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ où vivaient dix des douze kamikazes qui ont perpétré les cinq attentats-suicide du vendredi 16 mai à Casablanca.
Douar Sékouila, un nom qui est sorti de l’anonymat, au début des années 90, associé à «Ninja», le criminel qui n’hésitait pas à attaquer des riverains et surtout des policiers au point qu’il en a tué plusieurs de sang froid. Depuis, ce bidonville est abandonné à son propre sort. On ne s’en souvient qu’à l’occasion des élections. Bref, il est jeté dans les ténèbres de l’oubli. Laissant son champ à des parasites qui se laissent pousser la barbe, s’habillent à l’afghane et exécutent leur loi au nom d’Allah.
Il fallait attendre quelques jours après les attentats-suicide du 16 mai pour que le nom de ce douar émerge une fois encore. Pour la simple raison qu’une dizaine de candidats-kamikazes et des «Takfiristes » y résidaient. Ils vivaient parmi cette vingtaine de milliers d’habitants qui s’abritent sous plus de trois mille taudis, construits en planches, tôles, caisses, bidons, mais également en béton. Ils ont tous vécu dans ces conditions difficiles, voire inhumaines. Ils ont tous arpenté ces ruelles poussiéreuses qui séparent les habitations d’un espace ne dépassant pas parfois un peu plus d’un mètre. Ils ont tous marché sur les détritus et les sacs noirs en plastique pleins d’ordures ménagères.
C’est là et plus précisément à l’endroit connu communément sous le nom d’Al Hafra (La fosse) où demeurait Abdelmalek Bouzgarne, qui fait partie de la première liste des neuf “takfiristes“ qui ont fait l’objet d’avis de recherche après les attentats-suicide du 16 mai. C’est là que ce jeune de 26 ans, qui est encore en cavale, a fait la connaissance de «l’émir de sang», Yousef Fikri. Et c’est dans la mosquée du bloc 6 qu’il a appris les abc de La Salafiya Jihadiya.  Convaincu de leurs idées qui font de «la prison, un refuge, de l’exil, un tourisme et du meurtre, un sacrifice», Abdelmalek n’a pas hésité à s’engager avec Youssef Fikri, arrêté depuis juillet 2002, et Youssef Âddade, recherché actuellement par la police, à attaquer ceux qu’ils qualifient d’apostats et de tyrans. Des attaques qui iront jusqu’au meurtre…au nom d’Allah !. Il n’a pas hésité, depuis, à participer au «combat contre la dépravation». Il a participé, en 1999, au meurtre de Omar El Farrak, à Youssoufia, après l’avoir accusé d’homosexualité, puis, en 2001, au meurtre du notaire stagiaire de Casablanca, Abdelaziz Assadi, après l’avoir qualifié de tyran, à Salé pour perpétrer une tentative de hold-up sur un véhicule qui s’apprêtait à transporter les fonds de la REDAL et dans d’autres villes pour participer à plusieurs attaques à main armée, surtout contre des automobilistes. C’est là où l’un des «papes» de la Salafiya Jihadiya, Daoud Khamli, a ordonné à son disciple, Aziz Boukhlifi, d’attaquer un policier à l’aide d’un coutelas pour lui subtiliser son arme à feu. Cependant l’opération a échoué bien que le policier ait été grièvement blessé. C’est également dans ce douar que Lahcen Boukafaoui, Abdelhamid Farki, Abdelhak Mouhime, Mohamed Rafiî, alias Alfilisténi, Mohamed Mantala, Brahim Hamdi, Jaouad Lamchelegue, Saïd El Mellouli, Hicham Alami, Mahjoub Guerimette, Abdelkebir Bouhaji et d’autres qui n’ont pas encore été identifiés par les autorités marocaines ont grandi pour devenir des bombes humaines qui se préparaient à perpétrer encore des boucheries à Essaouira, Agadir et Marrakech. C’est dans ce champ où l’oisiveté est reine que le prédicateur Mohamed El Fizazi est passé pour semer ses idées minées.

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