Événement : Éclairage : Sauver l’humain

Avec les débuts de la saison agricole, les premières pluies et la préparation de la loi de finances, certaines questions récurrentes relatives à la place de l’agriculture dans notre économie reviennent en débat, comme à l’accoutumée.
Le Maroc est-il encore un pays agricole ? Pour beaucoup de monde, la question peut sembler saugrenue et futile, tellement la réponse semble évidente. Près de la moitié de la population continue de vivre sur le rendement de l’agriculture et de l’élevage.
Compte tenu de l’urbanisation relativement récente du pays, les liens entre la campagne et la ville demeurent très étroits et le sort du monde rural influe directement sur le devenir non seulement de la ville mais également sur l’ensemble de la communauté nationale.
D’autres sont tout aussi fondés à estimer que l’agriculture, telle qu’elle était dans le passé, est appelée à disparaître. Les contraintes de tous ordres : climatique, économiques, financiers, humains…, les attraits de la ville, la globalisation de l’économie mondiale, le manque de compétitivité de l’agriculture nationale face aux agricultures occidentales bénéficiant d’un support scientifique et technique de pointe, de subventions conséquentes, sont autant de facteurs qui réduiront inexorablement les volumes et l’importance de l’agriculture dans l’économie nationale.
Néanmoins, il existe tout un faisceau de considérations non quantifiables en termes comptables, mais qui revêtent une importance stratégique décisive, et qui plaident pour le maintien, la diversification et le renforcement des activités à caractère agricole et pastoral sur l’ensemble du territoire national.
Il s’agit en premier lieu d’un facteur d’aménagement du territoire et d’équilibre démographique essentiel pour le maintien des populations dans leur milieu d’origine et de préserver la diversité et la richesse des cultures et coutumes liées au terroir.
Ensuite, l’objectif de la réalisation de l’autosuffisance alimentaire, qui constitue le meilleur garant pour limiter la dépendance vis-à-vis de l’étranger et la préservation de la souveraineté nationale passe obligatoirement par le maintien et la protection de l’activité agricole.
Par ailleurs, le niveau de développement du pays, la rareté des ressources financières, l’aggravation du niveau de pauvreté des populations, notamment en milieu rural et périurbain, rendent indispensable de mettre en place les mécanismes adéquats et les politiques volontaristes pour non seulement maintenir le niveau de l’activité agricole et pastorale dans le pays, mais en faire un véritable moteur de développement et de promotion sociale.
Ceci implique, bien entendu, la mobilisation des ressources matérielles, du savoir scientifique et technique, les formations adéquates, mais aussi une optimisation des éléments qui constituent l’environnement favorable à une activité économique valorisée et valorisante en milieu rural, pouvant attirer et maintenir les compétences et les ressources humaines dans les campagnes.
À côté des impératifs économiques que cette stratégie comporte, il s’agit aussi d’un choix de société qui permet de garder des repères culturels et de résister au nivellement et l’uniformisation des modes de vie qu’impose la mondialisation ; une forme de résistance et de préservation de l’humain.

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