Événement : Les pannes de la machine agricole

L’importation du matériel agricole d’occasion, un moyen sûr de retarder le développement du Maroc. Le problème est de taille, le manque à gagner pour les professionnels du secteur l’est encore plus. Ces derniers, accusant un manque à gagner de deux milliards de dirhams et regroupés en deux associations, l’Association des marchands importateurs du matériel agricole (AMIMA) et l’Association professionnelle des importateurs du matériel (APIM) ont tenu une conférence de presse mardi dernier à Casablanca.
Le but est de sensibiliser à la fois l’opinion publique et les autorités de tutelle sur la gravité de la situation. « Nous arrivons difficilement à supporter le poids de plus d’une entrave au développement de notre activité : de la concurrence déloyale aux droits de douane en passant par le taux de recouvrement et le manque d’application des subventions qui nous sont accordés par l’Etat. Nous survivons à tout cela, sauf à une plaie qui ronge notre secteur: le matériel d’occasion », a déclaré Chakib Ben El Khadir, président des deux associations, marquant d’emblée sa préoccupation. Le secteur représente un chiffre annuel qui a atteint deux milliards de dirhams en 2001. Il emploie plus de 3700 personnes (1700 d’emplois directs et 2000 indirects). Mais une lecture de l’évolution du matériel enregistre de plus en plus une hausse du matériel d’occasion, au détriment du neuf.
Entre 1994 et 2002, le nombre de tracteurs d’occasion, en provenance de l’Europe, a enregistré une hausse significative, allant d’environ 2700 tracteurs importés en 1994 à près de 3000 en 2002. L’importation des tracteurs neufs, quant à elle, a accusé une baisse de 100 % entre les deux dates. De 2000 tracteurs importés en 1994, le chiffe est d’environ 1000 en 2002. Ceci, sachant que la vente de tracteurs neufs avait atteint le chiffre record de 3500 en 1992. Il en va de même pour les moissonneuses batteuses, les ramasseuses presse, les chargeuses, les niveleuses, les compacteurs, les pelles. Les raisons pour Ben El Khadir ne sont autres que les exonérations douanières dont bénéficie le matériel agricole, neuf comme d’occasion. « La loi sur l’exonération ne prend pas en considération ni les effets négatifs qu’engendre l’importation d’un matériel déjà utilisé, ni les circuits réglementés par lesquels ce commerce doit passer », explique-t-il.
Pour des raisons de coût, l’achat de matériel d’occasion paraît certes naturel. Mais le mauvais rendement pénalise fortement à la fois l’agriculteur et l’entrepreneur.
La consommation excessive de carburant et de lubrifiants, la perte de grain (entre 10 et 20%), l’indisponibilité de la pièce détachée, le non respect des délais de réalisation se traduisent par la perte pure, mais dure, de marchés. « Une culture de l’informel, du sous-développement est entrain de s’installer. Nous vivons un nivellement par le bas et sommes de plus en plus dans l’obligation de supprimer des emplois pour redresser la barre », déplore le responsable des deux associations. A cela s’ajoutent les risque de désintéressement du réseau commercial et des actionnaires qui sonnerait fatalement le glas du circuit formel.
Avec un manque à gagner en TVA, IS, IGR, droits de douane…l’Etat aussi se retrouve perdant. L’AMIMA et l’APIM tirent dans ce sens la sonnette d’alarme. Le cas de la voiture du tourisme est cité comme un exemple à suivre par les entreprises membres. Ces dernières demandent une application des droits de douane déjà adoptés même lorsque l’importation du matériel agricole est d’origine européenne. Les deux associations recommandent des droits de douane allant de 2,5% quand le matériel importé ne dépasse pas 7ans et de 17,5% quand celui-ci est compromis entre 7 et 10ans. Le tout, pour que le Maroc ne devienne pas un cimetière industriel de l’Europe.

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