Événement : Les souffrances de la femme rurale

Elles sont plus nombreuses, elles produisent davantage, travailleuses invisibles du monde, cultivent la terre, s’occupent de la cueillette, partent à la recherche de l’eau et du bois pour préparer la nourriture, n’ont pas accès aux infrastructures de base, et constituent la catégorie de la population la plus affectée par la pauvreté et l’analphabétisme. Elles, ce sont les femmes rurales. Dans quel état, la Journée mondiale de la femme, célébrée le 8 mars, à travers le monde, retrouve la femme rurale ? La question se pose et s’impose.
Les programmes de lutte contre l’analphabétisme lancés dans les mosquées dans le milieu rural, en vue de toucher cette catégorie qui fait un travail dur qui n’est ni payé, ni reconnu, n’ont pas donné des résultats concluants. La formule, des coopératives dans certaines régions enclavées pour accompagner, soutenir et sensibiliser les femmes rurales et faire évoluer leurs conditions de vie de la même façon que celles de leurs concitoyennes citadines, n’est pas encore opérationnelle.
La succession des années de sécheresse qui a affecté notre pays ces dernières années a accentué le fossé entre les deux milieux, urbain et rural. Ce qui a laissé ce dernier loin du développement, entraînant la recrudescence de l’exode rural, vidant les localités de leur jeunesse et accentuant l’analphabétisation. Et c’est la femme rurale qui en souffre le plus. Car, les hommes partent en ville à la recherche du travail, les laissant s’occuper de toutes les tâches à la campagne. Elles doivent lutter toutes seules pour gérer le foyer, s’occuper des enfants, exploiter les terres et garder le cheptel, qui, dans certains cas, n’est formé que d’une chèvre, une vache et un mulet. Ces femmes sont souvent les dernières à jouir des ressources ou à bénéficier d’une formation. Les souffrances de la femme rurale prennent une dimension alarmante sur le plan sanitaire. Pour un accouchement ou même quand il s’agit d’une simple consultation chez le médecin, la femme rurale est appelée à parcourir de longs trajets pour arriver à un dispensaire où il n’y a pas d’équipements et presque pas de médicaments, à part quelques tablettes d’aspirine et des désinfectants.
Dans certains douars, dans les régions de Taroudant, Essaouira, le Haut de l’Atlas, la province de Taza, connues par la complexité des reliefs, le trajet est effectué à pied ou à dos d’une bête, âne ou mulet. La fille rurale, femme rurale de demain, est sur la même trajectoire malgré le programme de la généralisation de la scolarisation et celle de l’électrification rurale. Car, dans la plupart des cas, elle est obligée de rompre avec son parcours scolaire lorsqu’elle arrive au collège qui se trouve souvent à plusieurs kilomètres de son habitation. Dans le monde, les femmes rurales constituent une force vive du développement. Ces femmes sont la cheville ouvrière du progrès économique et social… Elles produisent 35 à 45 % du PNB et nettement plus de la moitié de la nourriture.
Pourtant, et bien que leur nombre s’élève à plus d’un demi-milliard, ces femmes sont pauvres et elles n’ont pas accès aux ressources, ni aux marchés. Il faut dire que la lutte contre l’analphabétisme et la pauvreté, le désenclavement des zones rurales, l’installation de l’électricité et l’alimentation en eau potable, constituent les facteurs de la matrice qui contribue à l’émancipation de la femme rurale, et par ailleurs, sa participation effective au développement de sa région. Car, aucun développement n’est possible sans ces femmes.

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