Farah ou l’école de la prison

Farah ou l’école de la prison

De l’espoir et de la détermination, Hamid Farah en a à revendre. Ce jeune homme de 42 ans, qui respire aujourd’hui la liberté, vient de bénéficier d’une grâce royale. Condamné à la perpétuité, il a retrouvé, il y a tout juste une semaine, sa liberté qu’il avait enterrée en 1992. Tenace et résolu, il n’a pas cédé à la dépression et à la déprime depuis le premier jour où il avait mis les pieds au centre pénitentiaire d’Oukacha, à Casablanca. Noyant son chagrin dans des études supérieures, les efforts de Hamid Farah ne se sont guère effrités. Loin s’en faut. La grâce royale est venue au point nommé. Une manière de récompenser un prisonnier qui a pu décrocher plusieurs diplômes.
« Il faut dire qu’après ma condamnation à la perpétuité en 1992, je n’avais nullement pensé à poursuivre mes études. C’est uniquement lorsque j’ai appris que la cour de la prison reste ouverte, le week-end, pour les étudiants préparant leur Bac, que j’ai contacté la direction de la prison pour m’inscrire aussi », raconte-t-il, avec un brin de fierté. D’une simple occasion à ne pas rater pour bénéficier de cette «récré» du week-end, l’aventure s’est transformée en une passion envers les études. C’est ainsi que ce Casablancais, qui a arrêté ses études à la première année du lycée, a réussi, durant la première année même de son incarcération, à obtenir son baccalauréat. «Un baccalauréat en lettres modernes avec mention assez-bien !», précise-t-il. Et depuis cette réussite, Hamid Farah a pris goût aux études. En 1997, il a obtenu une licence en droit privé à l’Université Hassan II sur la route d’El-Jadida. Deux ans après, il est arrivé à décrocher une licence dans le domaine des études islamiques à l’Université des lettres et des sciences humaines de Ben-Msick Sidi Othmane, à Casablanca. Avec cette même force d’apprendre davantage et d’enrichir son capital connaissance, Hamid Farah a également obtenu l’année dernière une licence dans l’Histoire des civilisations. « Le fait d’être privé de ma liberté m’a encouragé et m’a permis de faire partie des plus méritants. Poursuivre des études universitaires est une initiative qui s’est répercutée d’une manière positive sur ma personnalité et mon comportement », note cet ancien flic. Et d’ajouter : « J’étais condamné à la perpétuité, à l’âge de 28 ans, pour meurtre résultant d’une agression violente dans un état d’ébriété. Je pense que le fait que j’étais un flic a compliqué les choses pour moi».   
Lui, qui ne s’attendait guère à bénéficier d’une grâce royale, est aujourd’hui aux anges. « Mon bonheur sera complet si j’arrive cette année à avoir une licence en sociologie. Les résultats sont prévus pour la semaine prochaine », note-t-il.
Par ailleurs, Hamid Farah ne compte pas arrêter ses études. Avant de retrouver sa liberté, il avait l’accord de l’Université de Bordeaux pour un troisième cycle dans l’Histoire des civilisations et de l’Occidentalisme. Maintenant que les choses ont évolué, il s’apprête à un troisième cycle dans le droit des affaires à Casablanca.  La reprise d’une vie normale, après 13 ans de réclusion, ne semble pas aussi facile, surtout lorsque l’ex-prisonnier se retrouve, en tête-à-tête, avec les familles des victimes. «Aujourd’hui, je tiens à présenter une nouvelle fois mes excuses aux familles des victimes. Après la grâce du Roi Mohammed VI, je souhaite également celle de ces familles », dit-il. Hamid Farah veut tourner la page.

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