Fatima éventre son nourrisson

« Je veux ma fille M. le président, je ne sais pas de quoi parles-tu, personne ne peut tuer sa fille M. le président », répond Fatima aux interrogations du président de la Chambre Criminelle près la Cour d’Appel de Casablanca. Vêtue d’une djellaba traditionnelle marron, chaussée d’une sandale en plastique, elle tourne, à chaque fois, son visage vers l’assistance comme si elle recherche ses trois enfants parmi elle. Son mari, Abdellah, lui lève la main. Il tente de la soutenir. Lui et elle ont le même âge, vingt-neuf ans. Ils se sont mis d’accord depuis leur première rencontre, il y’a dix ans, de partager leur malheur et leur joie, que personne d’eux ne laisse l’autre à son propre compte durant leur vie, se sacrifie l’un pour l’autre ; ils se sont mariés par amour, ont fondé une petite famille qui s’est grandi du jour le jour. Malgré les difficultés de la vie, ils sont heureux, surtout lorsqu’ils assistent au badinage de leurs trois enfants : Mouna, huit ans, Adil, cinq ans et Khadija, quatre mois. Lorsqu’il retourne à sa petite pièce louée à trois cent cinquante dirhams mensuels à derb Najma, quartier d’Ain Chok, Casablanca, il oublie toute la fatigue qu’il a éprouvée durant la journée au chantier de construction. Les jours passent et la vie devient de plus en plus dure pour cette petite famille. Ses besoins s’accroissent et ses problèmes grandissent. Elle n’arrive pas parfois à satisfaire ses nécessités vitales. Une situation misérable qui commence à peser lourd sur le côté psychique de Fatima. Elle se sent angoissée, en proie à une vive anxiété et insomnie. Son mari ignore ce que lui est arrivé. Fatima recours aux f’kihs; celui-là lui donne des amulettes, celui-ci lui livre des encens, l’autre lui dit qu’elle est possédée par des diables, un quatrième lit le Coran en lui touchant la tête pour l’exorciser. Et Abdellah paie, ne reproche rien, ne réclame rien. Ce qui l’intéresse pour le moment est que la santé de Fatima se rétablisse. Il n’a jamais pensé l’emmener chez un psychiatre, car pour lui ne consultent les psychiatres que les fous et les folles. La santé de Fatima se dégrade d’un jour à l’autre et chaque f’kih lui soutire une petite somme d’argent. Mais en vain. Lundi 8 janvier. Fatima se réveille tôt comme à l’accoutumée, prépare le petit-déjeuner, aide ses deux enfants, l’aînée et le cadet, pour s’habiller. Sept heures trente du matin. Abdallâh sort à destination de son boulot. L’aînée, Mouna, se rend à l’école et le cadet, Adel, quitte le foyer pour jouer dans la rue. Fatima reste seule avec la benjamine, Khadija, quatre mois. Huit heures, Khadija sanglote. Elle ne veut plus se taire. Elle aurait besoin d’allaitement. Fatima s’asseoit près d’elle. Elle la scrute curieusement comme si elle n’était pas sa fille. Une demi-heure plus tard, elle se met debout, se dirige vers la cuisine, tire le tiroir, prend un couteau, retourne à son nourrisson, le dénude, s’assoie une fois encore près de lui, le scrute et…C’est abominable, horrible, atroce ce qu’elle a perpétré. Elle éventre la mignonne et l’égorge avec sang froid.

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