Fatwa : La vision royale

Fatwa : La vision royale

Présidant, vendredi dernier au Palais royal de Fès, l’ouverture de la première session des travaux du Conseil supérieur des ouléma, SM Mohammed VI a appelé l’ensemble des ouléma éclairés à remplir les missions qui leur sont dévolues et à s’inscrire dans la dynamique de réforme globale engagée au Maroc. Fait remarquable : le Souverain a mis sur le même pied d’égalité, les ouléma hommes et les Ouléma femmes. Tous les deux ont un rôle à jouer "en matière d’encadrement, d’orientation, d’information et de sensibilisation", en se tenant près des citoyens, notamment les jeunes, et en étant à l’écoute de leurs préoccupations religieuses et cultuelles".
Aussi, le Souverain a annoncé la création, au sein du Conseil supérieur des ouléma, d’une "instance académique ayant pour mission de faire des propositions de fatwas". Ces propositions de fatwa seront, bien évidemment, adressées au Souverain lui-même "sur les d’espèces appelant l’application de la règle de droit qui s’impose".
Dans son allocution face aux membres du Conseil supérieur et une pléiade d’éminents ouléma, hommes et femmes, SM Mohammed VI a expliqué que cette initiative, c’est-à-dire celle consistant à créer une instance spécialement chargée de proposer des fatwas à Amir Al Mouminine, a pour objectif de "parer aux velléités de dissension et d’anarchie en matière religieuse". En clair, il s’agit de verrouiller le processus d’émission des fatwas, un droit exclusif du Commandeur des croyants, et éviter ainsi des situations ubuesques où des néophytes en matière religieuse se paient le luxe de discerner le licite de l’illicite. Le Souverain a donc émis l’espoir de voir l’ensemble des ouléma faire de cette nouvelle instance de la fatwa "un mécanisme capable de stimuler la dynamique de l’effort jurisprudentiel, à travers l’application des règles du rite malékite, notamment celle invoquant la prééminence constante de l’intérêt général et l’adoption d’une démarche innovante, conciliant les vues doctrinales des ouléma et la pratique du terrain".
En fait, la pratique de la fatwa, considérée par les ouléma comme le plus ardue de toutes les actions d’un alem (car elle engage l’entière responsabilité de son auteur), est désormais érigée "en exercice collectif". C’est un exercice collectif, poursuit le Souverain, "dans lequel il n’y a pas de place ni pour les pseudo-clercs en matière religieuse, ni pour les incultes et les charlatans effrontés, et encore moins pour les propagateurs auto-proclamés d’allégations mystificatrices".
Il s’agit "de s’adapter aux nouveaux impératifs de notre époque, de veiller aux intérêts de la collectivité, de la prémunir contre la perversité, de faire valoir les droits et honorer les obligations". En clair, l’action des ouléma, notamment à travers l’émission des fatwas, devra contribuer à forger la citoyenneté et le civisme des Marocains.
Par ailleurs, et afin de faciliter le travail des ouléma, le Souverain a chargé la Commission permanente pour la revivification du Patrimoine, de soumettre le "Mowattae", traité de l’imam Malik ibn Anas, "à un travail rigoureux d’authentification scientifique, qui sied à la thématique de l’ouvrage, et qui reflète la place privilégiée que son auteur occupe aux yeux des Marocains". Il s’agit de rattraper "les omissions des anciennes éditions du livre, en se référant aux manuscrits inédits de l’ouvrage, disponibles au Maroc, et ce en prélude à son édition dans la pure tradition marocaine, qui sied à la place dévolue au Maroc en tant que haut lieu de la pensée malékite". Le Mouwattae est considéré comme un ouvrage de référence qui contient plusieurs Hadiths du prophète Sidna Mohammed ainsi que des Marassils, c’est-à-dire des traditions où il y a une rupture de la chaîne de transmission au niveau du "Sahabi". A noter que cette première session du Conseil supérieur des ouléma "intervient au terme du parachèvement du processus de structuration institutionnelle du champ religieux", avec la mise en place de ses Conseils des ouléma, de ses organes et de ses structures centrales, régionales et locales, qui disposent désormais des moyens nécessaires pour pouvoir mener à bien la mission dont ils ont la charge.

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