Faux documents pour vrais visas

Début janvier 2004. Le téléphone du service du personnel au siège de la Royal Air Maroc, à l’aéroport d’Anfa sonne. “Ici le service des visas à l’ambassade de Hollande à Rabat. Abdelali. A et Omar. A sont-ils des employés de la RAM ?“, demande l’interlocuteur. Le responsable du personnel clique sur l’un des fichiers de son ordinateur pour s’en assurer. Il ne trouve pas les noms de ces personnes parmi les gens de la grande entreprise aérienne. “Non, ils ne font pas partie de notre personnel“, répond-il. Son interlocuteur lui explique qu’il dispose des dossiers de ces personnes renfermant leurs attestations de salaire et de travail, ainsi que leurs bulletins de paiement attestant qu’ils travaillent à la RAM. L’employé du service du personnel demande plus de renseignements.
Quelques jours plus tard, le service des visas au consulat de France à Casablanca téléphone au même service de la RAM, demandant si un certain Saïd. S travaille au sein de la compagnie. Ce nom ne figure pas parmi le personnel de l’entreprise. Etonnant. Aussitôt, le service contentieux a été avisé. Qui délivre ces attestations de salaire et de travail et ces bulletins de paie ? Il ne faut pas rester les mains croisées. Il faut barrer le chemin à ces personnes qui portent atteinte à l’entreprise et ce en saisissant la justice.
Jeudi 29 janvier. Le chef du service contentieux se rend au commissariat de police à Casablanca-Anfa, pour y déposer plainte contre les trois candidats à l’émigration vers la Hollande et la France pour faux et usage de faux.
Les éléments de la brigade d’émigration clandestine de la PJ de Casablanca-Anfa prennent l’affaire en main et entament leurs investigations. D’abord, ils ont lu attentivement les attestations de salaire et de travail et les bulletins de paie. Un numéro de carte professionnelle les a intrigués. A qui appartient ce numéro ? Pour cela, ils ont recouru au service du personnel de la RAM pour avoir la réponse. C’est le numéro de la carte professionnelle d’une hôtesse de l’air qui travaille à la RAM depuis 1998, prénommée Ahlam. Cette dernière a déclaré aux enquêteurs qu’elle se souvient de l’avoir remise, au début l’année en cours au chef de l’équipage du vol Casablanca-Montréal, et qui devait se charger de préparer à tout l’équipage les nouvelles cartes professionnelles 2004. Seulement, il semble, selon l’enquête, que le chef de l’équipage n’a délivré les cartes qu’à ses responsables.
Aussitôt, les enquêteurs ont pointé le nom du candidat à l’émigration vers la France, à savoir Saïd. S. Il s’est avéré qu’il est un repris de justice demeurant au quartier El Oulfa, à Casablanca. Il avait purgé des peines de 3 et de 4 mois de prison ferme pour coups et blessures. Ce prothésiste de 40 ans a été arrêté.
C’est Nouredine B. qui lui a confectionné les documents contre 50.000 dirhams, affirme-t-il aux limiers. Il leur a précisé que Nouredine, qui avait déjà aidé son frère à regagner la France, est propriétaire du café Annasr, situé au quartier El Oulfa. Arrêté, ce dernier, âgé de 34 ans, a confirmé aux enquêteurs avoir aidé des personnes à émigrer, notamment vers l’Espagne. Il a précisé qu’il n’était qu’un rabatteur. Il a ajouté aux limiers que soit il leur remettait des contrats de travail que lui procurait un certain Bouchaïb, ressortissant marocain en Espagne, soit des attestations de salaire et de travail et des bulletins de paie de la RAM que lui remettait un certain Mustapha, employé à la RAM. Ce dernier recevait en contrepartie une somme de 20.000 dirhams, affirme-t-il. Quant à lui, il ne touchait que 2.000 dirhams pour chaque opération. Les policiers ont arrêté l’employé de la RAM.
Âgé de 35 ans, ce dernier travaille au service informatique. S’il n’a pas nié sa relation avec Nouredine, propriétaire du café, il a en revanche, rejeté en bloc les faits qui lui ont été attribués. Il a expliqué aux limiers n’avoir jamais falsifié un document de la RAM, ajoutant qu’il ne disposait même pas d’un ordinateur. A défaut d’une preuve tangible, le procureur du Roi a décidé de le traduire, avec Saïd. S, devant la Chambre correctionnelle près le tribunal de première instance en état de liberté provisoire. Seul, le propriétaire du café, Nouredine, a été gardé en détention. Qui est donc l’auteur des fausses attestations et des faux bulletins de paie de la RAM ? Une question à laquelle, les enquêteurs cherchent encore la réponse.

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