Figuig : les raisons de la colère

Figuig : les raisons de la colère

Bouârfa, chef-lieu de la province de Figuig abritant un peu plus de 25.400 habitants, connaît depuis plusieurs mois des manifestations populaires à caractère sociale. Des manifestations qui ont fini par s’étendre à d’autres localités de cette province comme Béni Tjit, Talsint, Tandrara, Bouânane, mais aussi à de petits douars comme Ksar El Hajoui ou encore Ich, un petit patelin de 600 âmes à 200 mètres de la frontière avec l’Algérie.
A Talsint, selon des témoignages recueillis sur place, des manifestations ont été organisées depuis lundi 24 octobre 2005 et de manière quasi quotidienne après la rupture du jeûne. La situation a dégénéré vendredi 28 octobre 2005 les forces de l’ordre qui ont dû faire usage de gaz lacrymogènes et, selon plusieurs sources, de balles caoutchoutées pour contrer des manifestants attaquant par des jets de pierres. Trois personnes, dont une femme, auraient d’ailleurs été blessées alors que trois autres ont été arrêtées pendant deux jours par les éléments de la Gendarmerie royale avant d’être relâchées, lundi 31 octobre, à Bouârfa. Les trois interpellés devaient être déférés devant le tribunal de première instance de cette ville. Leur relâchement serait intervenu pour ne pas envenimer, davantage, la situation.
Selon une source associative, les revendications des habitants de Talsint ne sont guère différentes de celles des autres localités de cette province abritant les populations les plus pauvres au Royaume. D’abord du travail dans les chantiers assurés par la promotion nationale, de l’eau potable en quantités suffisantes, la révision des factures d’électricité jugées «exagérées» et la farine subventionnée de meilleure qualité…
A Bouarfa, comme à Talsint et ailleurs, les choses avaient dérapé depuis le début du mois de septembre dernier. Le 12 de ce mois, Bouârfa allait connaître une manifestation de plusieurs centaines de personnes demandant à ce que soient honorés les engagements pris par le secrétaire général de la province concernant notamment le volet du travail pour les jeunes. Plusieurs centaines de manifestants avaient, par la suite, décidé d’une marche vers Figuig avant de passer à l’Algérie. Après 15 kilomètres de marche à pied, l’intervention du député Ahmed Sbaï (PSU) leur fera changer d’avis, surtout qu’il arrachera la promesse d’aucune intervention musclée des forces de l’ordre. Les services centraux de l’Intérieur dépêcheront sur place le gouverneur d’Errachidia avec, pour mission, d’élaborer un rapport dans un délai de deux jours. Des promesses furent de nouveau  données, le gouverneur de Figuig (Saïd Faska) étant toujours malade, c’est un cadre de l’Intérieur qui prend la relève pour l’intérim. Aujourd’hui, M’Hamed Lemtouni est décrié pour sa propension à favoriser la «manière forte», nous indique un membre associatif. Les habitants, énième revendication, demandent son départ. La ville de Bouârfa est la localité la plus touchée de la région. Les neufs ans de sécheresse ont poussé nomades et agriculteurs à venir grossir les rangs des populations démunies, mais aussi le nombre des habitations insalubres estimé aujourd’hui à 900 à «Hay Lekhiam» et «El Aïn Zerga». 
Le calme n’est pas près de revenir dans cette province, assure le président d’une ONG locale. A moins que soient décidées des mesures d’urgence pour atténuer le poids de la misère dans ces localités, ajoute-t-il, et surtout laisser de côté l’apporoche «sécuritaire».

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