Fikri, arrogant, reconnaît ses crimes

Fikri, arrogant, reconnaît ses crimes

«Ittaki Allah… » (Garde ta foi en Dieu). Sur un ton virulent, Youssef Fikri a lancé ces mots à son avocat, quand ce dernier a réclamé une expertise médicale pour son client. «Il est inconcevable qu’une personne équilibrée puisse commettre ces crimes crapuleux…», avait plaidé l’avocat. Et l’ «émir de sang» de se lever et de claironner avec arrogance : «Je suis équilibré et sain d’esprit…Garde ta foi en Dieu». Ces premières réactions laissaient prévoir un round acharné pour la séance de l’après-midi de vendredi dernier. C’est lui le premier de la liste des trente et un accusés de la Salafiya Jihadia. Né à Youssoufia, en 1978, il a rapidement quitté les bancs de l’école. «J’ai interrompu ma scolarité au niveau de la 3ème année de l’enseignement fondamental parce que cet enseignement laïc ne pouvait rien m’apporter», a-t-il expliqué à la cour, calmement. Vêtu d’une djellaba blanche et d’un bonnet de la même couleur, il a avoué avoir rejoint les rangs de Jamaâ Daâwa Wa Tabligh à l’âge de 15 ans. « Depuis, je me suis engagé », affirme-t-il. Interrogé sur la nature de son engagement, Youssef Fikri a répondu calmement : «J’ai commencé à prier, à jeûner, à bien connaître Dieu…Toute ma vie a changé… ». Il a passé trois ans à Daâwa Wa Tabligh avant de rejoindre la Salafiya Jihadia, dont il nie pourtant l’existence. «C’est un concept inventé par la DST marocaine…», précise-t-il à la Cour. Le degré de ses réactions a commencé à monter d’un cran chaque fois que la cour tentait de l’interroger sur ses crimes. Il voulait d’abord les justifier sur la base de la Chariâ ! Mais la cour relançait les questions concernant les faits. Hors de lui, Fikri protestait. «Je veux parler librement, sinon il serait mieux que je retourne à ma place… », a-t-il affirmé à la cour sur un ton de colère. Le président de la cour a insisté pour qu’il réponde d’abord sur l’affaire du meurtre de son oncle Abdelaziz Fikri, en 1998, à Youssoufia. L’accusé a nié en être l’auteur. «Tu l’as tué parce qu’il trompait sa femme avec une autre, répète le président. «Je vous dis clairement que je ne l’ai pas tué…Je n’ai appris la nouvelle que le lendemain du meurtre », répond-il. A propos de Sabah, l’homosexuel que, selon la police, Fikri avait l’intention de tuer, mais n’est arrivé à assassiner que son amant Omar Ferrak, l’accusé répond froidement : «oui, j’ai tué, avec mes complices l’amant de l’homosexuel Sabah et si nous avions trouvé Sabah, nous l’aurions tué…», Et le rêveur de l’Eldorado, Mohamed? Fikri a reconnu l’avoir tué en 1999 à Nador, avec deux complices. « C’est un communiste qui blasphème et insulte notre prophète. Et s’il y a une centaine comme lui, nous les tuerons… », a-t-il tranché. Concernant l’affaire du hold-up à main armée commis en 2001, contre un véhicule qui transportait les fonds de la société Rédal à Salé, Fikri a changé de ton et n’a pas voulu répondre. Hors de lui, il a invoqué la fatigue, affirmant être réveillé depuis 3h du matin. Quand le président a insisté, il l’a défié en criant : «je ne cherche pas l’acquittement auprès de toi. Oui, je l’ai perpétré, moi et Youssef Âddad, Bouzgarne et Rachid Bahri…et je ne te réponds plus parce que je suis déprimé…». Aussitôt, le président lui a demandé de retourner à sa place pour se reposer. Le deuxième prévenu à interroger était Miloud Mandour. Visage rasé, ce mécanicien de 26 ans, vêtu d’un jean’s et d’une chemise gris foncé, a nié en bloc les charges retenues contre lui. «J’étais un ivrogne…Quand j’ai rencontré la première fois Youssef Fikri, j’étais dans un état d’ébriété très avancée, il m’a conseillé de ne plus boire… Je l’ai insulté et il n’a pas réagi… », a-t-il affirmé. Et lorsque le président lui a expliqué que Youssef Fikri avait déclaré devant la police judiciaire qu’il était en sa compagnie, ce dernier s’est écrié: «Moi, je n’ai rien dit …Ce sont eux qui ont dit !». Le président a aussitôt demandé à Fikri de se calmer «parce que tu es fatigué ». Ce à quoi ce dernier a rétorqué : «c’est toi qui es fatigué… ». Vint le tour de Mohamed Damir. A haute voix, il a reconnu plusieurs agressions et violences contre des automobilistes en galante compagnie. «C’est légitime !», a-t-il clamé devant la cour. Il n’a pas hésité à qualifier d’ignoble une certaine presse. Ce bachelier en littérature, qui a poursuivi des études en informatique, pour lutter contre la dépravation et qu’il ne craignait que Dieu. Le procès reprend ce lundi.

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