Fin dramatique d’une vie conjugale

Jeudi 31 janvier 2002, vers 20h. La salle d’audience n°7 de la Chambre Criminelle auprès de la Cour d’Appel de Casablanca. Hafida, vingt-neuf ans, une blonde a belle allure, se tient au box des accusés, attend la sentence. Elle ne tremble pas comme si elle croit profondément à son destin. Sa mère, contrairement à elle, est clouée au siège réservé à l’assistance, les larmes aux yeux, lève ses mains implorant Dieu qu’Il soit clément avec sa fille.
1990. Hafida abandonne ses études à l’âge de 18 ans. Elle était en septième année secondaire. Mais le mariage était primordial pour elle. Elle a passé neuf ans sous un abri conjugal, sans avoir d’enfants . Elle a même gardé sa virginité ! La cause : le mari est impuissant, mais ne voulait pas la répudier car il l’aimait. Elle a fini par recourir à la justice et elle a eu gain de cause. Sa beauté lui attirait souvent des ennuis étant exposée au racolage. Seul Mustapha, trente ans, a réussi à la séduire.
Elle avait un pressentiment qu’il était sérieux. Ce dernier n’avait pourtant pas pensé à avoir un domicile conjugal, (même une chambre avec les voisins) bien qu’il ait versé une dot de 10.000 dh ! Cependant il a en occupé une, avec ses parents à Sidi Maârouf V, rue 15.
Les jours passent et elle découvre que son salaire ne dépasse pas mille cinq cents dirhams. Il lui avait dit qu’il en touchait trois mille. Pire encore, le mari s’est avéré être un toxicomane. Les problèmes commencent et la belle-mère et la belle-soeur interviennent, non pas pour les réconcilier, mais pour ajouter l’huile dans le feu.
Dimanche 11 juin, 10h du matin. Les époux et femme ont pris leur petit-déjeuner. 13h, ils ont déjeuné avec du couscous.“Je veux rendre visite à mes parents pour savoir s’ils ont retourné de Rabat ou non pas encore“, lui dit-elle. Il lui a permis.
16h. Elle arrive à Derb El Kébir, chez ses parents. Ils sont encore à Rabat. Elle n’a trouvé que son frère et son épouse. Elle est restée avec eux durant une heure. Elle rebrousse chemin. Son mari est en train de l’attendre. Il est en colère.“Pourquoi ce retard?“ lui demande-t-il hors de lui. D’un mot à l’autre, les nerfs se chauffent et les reproches se transforment en injures. Les actes rejoignent les paroles. La mère et la soeur du mari interviennent. Elle les menace avec un couteau. La belle-mère et la belle-soeur l’immobilisent. Son mari tente de l’étouffer avec ses deux mains. Elle essaie en vain de se dégager. Ils se mettent d’accord de sortir ensemble. La belle-mère et la belle-soeur ne comprennent rien. Ils prennent un petit taxi. Destination : le domicile de ses parents à Derb El kébir. À mi-chemin, elle lui demande de descendre, pour faire un tour au jardin Murdokh.
Il refuse. Le taxi poursuit son chemin. Hafida lui demande d’aller à la rue Moulay Driss pour acheter des sandales. Il accepte et paie le chauffeur. Lorsqu’il tourne la tête pour lui parler, il découvre qu’elle entre au commissariat de police. Elle tente de déposer plainte contre lui. Il ne la rejoint pas. Un inspecteur de police lui demande d’attendre qu’il finisse avec un autre plaignant. Elle sort pour téléphoner à son frère. Mustapha la rejoint cette fois au publiphone. Il la tire, tente de la calmer, de la faire renoncer à la plainte. Ils reprennent leur chemin vers quartier Dakhla, puis à destination du boulevard 2 Mars. L’isolant dans une ruelle, Mustapha la maltraite violemment, sort un couteau, la menace. Elle panique, crie, le repousse.
Son couteau tombe par terre. Elle le reprend, lui assène en un clin d’oeil un coup à la poitrine. Il tombe par terre. Elle s’incline, s’approche de lui, les larmes aux yeux, le soulève, appèle un petit taxi, et le conduit à la clinique. Là, ils se sont mis d’accord qu’elle s’adresse à la police en déclarant qu’ils ont été agressés par deux malfrats. Quelques jours plus tard, Mustapha a rendu l’âme. Sous la pression des questions des enquêteurs, Hafida craque et avoue. Le président de la Cour prononce le verdict : dix ans de réclusion.

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