Formation : le Maroc sur les pas de l’Inde

Formation : le Maroc sur les pas de l’Inde

Si la Chine a choisi l’industrie lourde pour son développement, l’Inde est parvenue au même résultat en misant sur le facteur humain, la formation et  les services. Ce grand pays qui poursuit sa marche forcée en investissant plus de 70 milliards de dollars à l’étranger dans le rachat de firmes sidérurgiques, présente beaucoup de similitudes avec le Maroc. D’où l’initiative de la Direction des investissements du Maroc de faire de l’Inde l’invitée d’honneur des 4e Intégrales de l’investissement.
Parmi les 1000 participants attendus à cette rencontre, beaucoup sont des experts internationaux de l’emploi, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur.  Actuellement, l’économie marocaine crée 200 000 emplois.
L’objectif est de doubler ce chiffre aussi rapidement que possible pour faire face aux besoins en emploi. L’éducation et la formation sont donc l’un des chantiers majeurs du pays pour les années à venir. D’où l’urgence d’opérer  «une véritable rupture en engageant une réforme profonde du système éducatif et en mettant en place des accélérateurs de cette réforme pour renforcer la compétitivité immédiate de l’économie marocaine et répondre aux besoins du moment», préconisait  Rachid Benmokhtar, président du comité scientifique des prochaines Intégrales, lors d’une table  organisée récemment à Rabat.
Sachant que le facteur humain et la qualité de la formation restent des paramètres-clés dans l’attractivité du territoire, trois grands axes de réflexion concrète ont été déterminés:
Il faut d’abord définir de nouvelles missions à l’école et à l’université ; un objectif qui est d’ordre quantitatif. Il s’agit d’augmenter rapidement le taux de scolarisation au Maroc à raison de 30% dans le secondaire et de 8% dans l’enseignement supérieur. «Si les pays d’Europe de l’Est sont aujourd’hui en forte croissance, c’est parce qu’ils ont une longue tradition d’investissement public dans l’éducation », explique  José Roman Leon Lora, conseiller à la délégation de la Commission européenne à Rabat.
Deuxième objectif fondamental pour le Royaume :  favoriser une bonne adéquation entre les cursus et les qualifications proposées d’une part et les besoins de l’économie marocaine d’autre part.
Sur les 20.000 diplômés annuels de l’enseignement supérieur marocain, seule une minorité trouvera un emploi correspondant à sa spécialité. C’est ce décalage qu’il faut réduire rapidement. A cet égard, certaines mesures ont déjà été mises en place pour impliquer les décideurs économiques dans la gouvernance des universités.
Le Maroc va ainsi repenser son modèle éducatif et les valeurs sur lesquelles celui-ci repose. L’adaptabilité et la flexibilité semblent être les maîtres-mots de la réflexion engagée. L’école doit former un être digne et conscient de ses capacités, aiguiser son esprit critique et lui donner les armes pour s’adapter à un monde du travail changeant dans une économie mondialisée en perpétuel mouvement.
Le troisième objectif a trait à la formation continue ; laquelle reste un chantier indispensable pour répondre notamment aux besoins spécifiques à court et à long termes.
«Dans une économie en mouvement, les profils d’aujourd’hui peuvent rapidement devenir obsolètes», rappelle Rachid Benmokhtar. Il devient donc essentiel de former des Marocains plus mobiles et mieux à même de s’adapter à un environnement en mutation accélérée. Quant aux liens, complexes, entre l’investissement, l’éducation, et la formation, ils sont évidents.
«De nos jours, nous avons une croissance génératrice d’emplois comme nous avons des croissances non créatrices d’emplois, ou ce qui est plus grave encore, une croissance qui détruit des emplois», explique Driss Guerraoui, conseiller du Premier ministre.
Une croissance rapide accompagnée de gains de productivité n’entraîne pas nécessairement de la création d’emplois. Il est donc impératif d’identifier les secteurs économiques dans lesquels l’investissement est le plus générateur d’emplois et de concentrer les efforts sur ces secteurs.
A ce titre, comme dans la plupart des grandes économies émergentes, ce sont les PME, de la micro à la moyenne entreprise, qui créent le plus d’emplois au Maroc. Un degré d’incertitude demeure quant aux réalités des besoins de l’économie à long terme. Par ailleurs, les entreprises marocaines ou étrangères présentes au Maroc ont des besoins immédiats de compétences souvent insatisfaits. Le système éducatif doit apporter rapidement aux jeunes Marocains le savoir- faire utile à leur intégration rapide dans l’entreprise après leurs études.
«En effet, sur 100 candidats, cinq ont un profil qui correspond aux besoins du marché du travail, 10 un profil qui pourrait correspondre mais 85 ne sont pas du tout adaptés. Cela démontre le fait que l’université peine à jouer son rôle», rappelle  Mohammed Lasry,président de ST Microetectronics. Pour être efficientes, les relations entre professionnels et universitaires doivent donc intégrer ce paramètre dans l’organisation et la réforme de la formation.

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