Fouad Madec : «Les employeurs doivent cesser de stigmatiser les personnes en situation de handicap»

Fouad Madec : «Les employeurs doivent cesser de stigmatiser les personnes en situation de handicap»

ALM : En quoi consiste le projet d’accompagnement au projet de vie des personnes en situation de handicap ?
Fouad Madec : Handicap International, en partenariat avec l’Amicale marocaine des handicapés, a initié en 2008 le projet Accompagnement au projet de vie des personnes en situation de handicap. Il s’agit d’un projet élaboré par Handicap International en partenariat avec l’Amicale marocaine des handicapés (AMH). S’étalant sur une période de 3 ans (mai 2008- juin 2011), ce projet est financé par l’UE à hauteur de 1 million d’euros. La mise en place de ce programme a été motivée par la prise de conscience du rôle que prend l’accès des personnes en situation de handicap aux systèmes ordinaires de promotion sociale (école, université, formation professionnelle, marché ouvert du travail) dans leur insertion. L’objectif étant de renforcer et d’appuyer l’amélioration des conditions de vie des milliers de personnes en situation de handicap tout en adoptant un accompagnement pluridisciplinaire en direction des personnes qui le souhaitent, ceci dans le but de leur garantir une meilleure insertion sociale, scolaire et professionnelle en milieu ordinaire ou spécialisé.

Quelles sont les grandes lignes du projet formation et emploi ?
Ce projet de trois ans d’existence 2008-2011 a été réalisé en collaboration avec le Réseau formation-emploi des personnes en situation d’exclusion du Grand Casablanca avec la participation de l’OFPPT et de l’ANAPEC. Le but de ce projet étant de favoriser l’inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap. Pour cela, un réseau régional a été créé à l’initiative de Handicap International en avril 2010 sur un socle de plus de 10 associations. Ce réseau a pour mission d’accompagner les personnes handicapées ou des personnes à besoin spécifique dans leur recherche de formation professionnelle qualifiante et d’emploi. Il s’agit de conseiller chaque personne dans le choix d’un projet de formation professionnelle et l’accompagner sans se substituer à lui dans son parcours d’insertion professionnelle. Il est aussi question de prendre en compte les impératifs économiques et sociaux des entreprises, des administrations publiques et privées en instaurant un partenariat durable.

Quel bilan faites-vous de ce projet?
Grâce à ce projet, 210 personnes en situation de handicap ont suivi une formation professionnelle qualifiante dans différentes filières : offshoring, bijouterie, infographie, couture… Par ailleurs, il faut relever la création d’ activités génératrices de revenus (AGR). Ainsi, 30 personnes en situation de handicap ont pu démarrer leur projet (AGR). Le nombre global des personnes ayant réalisé un projet professionnel s’est élevé à 45. En 2009-2010, 120 stagiaires ont pu suivre des formations dans les divers centres de formation de Casablanca.

Quels sont les principaux obstacles à l’inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap ?
Si l’ handicap accroît le risque d’éloignement du marché du travail et le dispositif de la formation, d’autres obstacles augmentent les difficultés pour retrouver une formation ou un emploi. Il faut tout d’abord relever les obstacles liés à la qualification : faible niveau de scolarité, niveau de formation insuffisant, expérience professionnelle insuffisante…. Il est important de rappeler qu’il y a encore une dizaine d’années, les personnes en situation de handicap étaient exclues du système éducatif. Seulement 30% des enfants à besoins spécifiques accédaient à un niveau primaire. A ceci s’ajoutent les appareillages qui coûtent relativement cher et qui ne sont pas pris en charge à 100% par les mutuelles. Le blocage psychologique constitue également un obstacle majeur. Bon nombre de ces personnes ont des difficultés à entreprendre des démarches et ont un manque de confiance en soi.
Pour leur part, les employeurs doivent cesser de stigmatiser ces personnes et leur donner une chance. Ils perçoivent la personne handicapée comme moins productive. Ce qui est totalement faux. Quand le statut et le travail de ces personnes sont pris en considération, ces personnes sont autant productives que les personnes qui ne présentent aucun handicap. Malgré une évolution certaine des mentalités, puis la mise en œuvre de politiques d’entreprises socialement responsables, le handicap reste le facteur le plus discriminant à l’embauche. Ces carences nuisent à l’épanouissement de la personne handicapée et la maintiennent en situation de fragilité. Il reste encore beaucoup à faire au Maroc. Le projet de loi relatif au renforcement des personnes en situation de handicap doit être voté. Il permettra ainsi de disposer d’un cadre juridique cohérent et assurera une protection à cette catégorie de personne.

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