France : Les démons de l’islamisme (72)

Ben Laden propose une trêve à l’Europe
Dubaï, 15 avril 2004

Dans les coulisses de la République, c’en est fini du discours : «Prenons-nous la main et faisons une grande ronde autour de la terre.» Depuis le 11 septembre, les positivistes façon Auguste Comte, les adeptes de la «paix perpétuelle» d’Emmanuel Kant, les convaincus de la «fin de l’histoire» à la Francis Fukuyama et les «citoyens du monde» post-soixante-huitards ont plus de mal à défendre leurs visions iréniques. Non, les Lumières n’éclairent pas tout le globe. Non, la démocratie n’a pas vaincu. Non, la violence et l’injustice n’ont pas été éradiquées.
L’effondrement du World Trade Center a eu dans l’actualité de l’Occident le même effet qu’un accident grave dans la vie d’un homme : la prise de conscience de la précarité des choses. Pour reprendre la formule de Paul Valéry dans La crise de l’esprit : «Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.»
Le 28 août 2003, au centre de conférences de l’avenue Kléber à Paris, Dominique de Villepin tient un discours qui rappelle la théorie du battement d’aile de papillon pouvant déclencher un cyclone aux antipodes. Face à une salle bondée de tous les ambassadeurs de France, le flamboyant ministre des Affaires étrangères assure que «les événements qui se déroulent à Haïfa, à Bassorah ou à Srinagar trouvent par des voies souterraines un écho dans d’autres régions du monde ou sur d’autres continents». Avec son verbe délicat, le féru de poésie s’inquiète des «aspirations identitaires» qui «peuvent à chaque instant se cristalliser pour entrer en confrontation les unes avec les autres».
Selon Villepin, le fondamentalisme islamique joue «des peurs, du désespoir, des frustrations», toutes choses qui n’épargnent pas la France. Le ministre insiste : «Semant la violence, l’islamisme radical touche le Moyen-Orient comme l’Asie du Sud ou de l’Est, certaines parties de l’Afrique comme les grandes villes d’Europe.» La burka fut le symbole de l’avertissement de l’Afghanistan sous les tlibans. Mais il est aussi des femmes en burka dans nos quartiers. La menace est déjà là. Les islamistes sont déjà là. Le 15 avril 2004, la chaîne Al Arabiya, basée à Dubaï, diffuse un message de Ben LAden pour les Européens. Le chef d’Al Qaïda propose ni plus ni moins une trêve aux peuples du vieux continent : «Je présente une initiative de réconciliation dont l’essence est notre engagement à cesser les opérations contre tout pays qui accepte de ne pas agresser les musulmans.» Le fou d’Allah s’ingénie à diviser l’Occident, en stigmatisant les hommes d’État européens inféodés à Washington : «Ces politiciens envoient vos enfants, malgré votre opposition, dans nos pays pour tuer et se faire tuer.» À l’Élysée, s’enorgueillit-on d’avoir fait le bon choix en refusant le «suivisme à l’égard de la bande de la MAison-Blanche» que réprouve Ben Laden? Sans doute Jacques Chirac n’a-t-il pas eu tort de s’opposer à l’attaque américaine en Irak. Mais ce n’est plus le sujet.
On préfère que se soit un malheureux hasard. Six jours après la proposition de trêve de Ben Laden, le ministère de l’Éducation nationale divulgue un projet de circulaire concernant la loi sur la laïcité à l’école. Ce texte prévoit d’autoriser le port des «tenues traditionnelles». Stupéfaction! Le héraut des filles voilées, le docteur Abdallah Milcent, avait justement prévu d’invoquer cette argutie pour contourner la loi.
Après le choix de la fermeté, entériné par l’Assemblée nationale, l’État donne la mauvaise impression de reculer face aux revendications. Mais le projet de circulaire suscite un scandale ; le ministre de l’Éducation nationale François Fillon se décide en fin de compte pour une rédaction plus stricte. Ouf! L’État semblait reparti dans ses tergiversations, ses errements, quand ce ne sont pas ses faiblesses. Or l’attaque des islamistes mérite un autre comportement que la réction hésistante qui fut longtemps celle de la France. Ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin de 1997 à 2002, Hubert Védrine regrette une ancienne «ingénuité» française et une «incapacité à accepter le monde dans sa dureté». Il considère qu’il faut donner un coup d’arrêt à l’«instrumentalisation de l’Islam en France», tant par l’Algérie que par l’Arabie saoudite. Sans oublier le grand manitou du dévoiement de l’Islam, Ben Laden.

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