Francophonie: L’AUF se réunit pour la première fois pour un plan d’action Maghreb

Francophonie: L’AUF se réunit pour la première fois  pour un plan d’action Maghreb

ALM : Avec quelles universités marocaines le Bureau Maghreb de l’AUF est-il partenaire ?
 

Cristina Robalo-Cordeiro : L’Agence universitaire de la francophonie est une association mondiale d’universités. Les institutions (ndlr : universités mais également écoles supérieures, instituts et laboratoires) avec lesquelles nous travaillons sont membres de ce réseau qui en compte plus de 800 répandues sur les 5 continents et une centaine au Maghreb. Ce sont ces institutions qui composent le corps de l’AUF: le terme de «partenaire» ne convient donc pas tout à fait pour désigner les établissements adhérents pour le compte desquels opère le Bureau Maghreb – dont le siège se trouve à Rabat. Toutes les universités publiques du Maroc font partie de l’AUF et il convient de rappeler que l’actuel président de l’AUF est le Pr. Miraoui, président de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech.

L’AUF a intégré dans son plan 2014-2017 trois nouveaux principes, en l’occurrence : partenariat, priorité aux actions structurantes et capitalisation des expériences. Qu’en est-il de leur application ?

Le Bureau Maghreb (ndlr : BM), avec les 9 autres bureaux régionaux répartis sur la planète, relève d’une administration dont les services centraux  –et le rectorat– se partagent entre Paris et Montréal. La programmation quadriennale, élaborée par le rectorat et approuvée par l’assemblée générale de l’AUF, est mise en œuvre par les bureaux dont l’action est elle-même placée sous la vigilance de commissions régionales d’experts (ndlr : 1 par région). Les principes «partenariat, priorités aux actions structurantes et capitalisation des expériences», inspirent désormais toutes nos initiatives. L’idée essentielle est d’éviter la dispersion et l’improvisation, de travailler sur le long terme, en étroite collaboration, au Maroc, avec le ministère de l’enseignement supérieur et les organismes, nationaux et internationaux, liés à la recherche et au développement. A l’échelle régionale, une nouvelle instance, la Comares (ndlr : Conférence maghrébine des responsables d’enseignement supérieur), dont le BM assure le secrétariat, pratique cette même philosophie, s’appliquant à encourager les universités et les grandes écoles à lier des partenariats non seulement entre elles mais avec les entreprises, les fondations privées, les établissements désireux de contribuer à l’application d’une stratégie universitaire ouverte sur toute la société.

Quelle est votre implication dans l’octroi des bourses pour développer justement la francophonie ?

Cette question des bourses permet d’illustrer le changement de vision impliqué par la programmation quadriennale. Jadis les bourses étaient attribuées à titre individuel, au vu des mérites scolaires et des intérêts scientifiques des candidats. Un tel système
–dont ont bénéficié beaucoup de futures personnalités du monde scientifique– avait l’inconvénient de laisser de trop nombreux boursiers «se perdre dans la nature», faute d’encadrement et de suivi. Aujourd’hui, un «programme de mobilité» permet aux très bons étudiants, à travers des collèges doctoraux et des écoles doctorales, d’être placés dans les meilleures conditions possibles pour non seulement avancer dans la préparation de leur thèse mais également pour que leurs efforts aboutissent à un emploi. Ce que nous entendons par «francophonie» n’a donc pas seulement trait à la langue française, c’est en définitive un ensemble de capacités, de valeurs, de chances que nous voulons faire passer aux nouvelles générations universitaires, pour lesquelles nous souhaitons que la francophonie soit un mot porteur d’avenir.

Pourriez-vous intervenir dans les contenus pédagogiques universitaires?

Il serait inconvenant que le BM ait le moindre mot à dire en la matière. Les contenus des programmes sont définis par les universités, avec l’approbation du ministère de tutelle. Mais encore une fois, l’AUF étant constituée par les universités et les autres institutions d’enseignement supérieur, la réflexion poursuivie dans des instances comme la Commission régionale d’experts, dans la Conférence maghrébine des responsables d’enseignement supérieur ou à l’occasion de réunions et de contacts dont le BM peut prendre l’initiative, cette réflexion est susceptible d’orienter le choix des concepteurs et décideurs ultimes.

Quelles sont les actions que vous prônez dans le cadre du développement de la recherche au Maghreb et, en particulier, au Maroc ?

Nous ne prônons pas d’actions mais nous nous efforçons d’en susciter ou d’en mener à travers, par exemple, les collèges doctoraux que nous aidons à mettre sur pied. Parmi ses membres, l’AUF compte les instituts Pasteur du Maghreb, fleuron de la recherche en biologie, mais également des laboratoires de renommée internationale travaillant dans une grande diversité de domaines : c’est avec eux que l’AUF a l’ambition de construire un espace scientifique maghrébin de langue française.

Quelles sont les actions mises en œuvre en matière de gouvernance qui fait aussi partie des priorités du Bureau Maghreb ?

Le BM a conduit deux vagues d’auto-évaluation des universités, où se sont engagés une dizaine d’établissements marocains. L’assurance qualité compte un nombre croissant d’adeptes et nous sommes heureux de pouvoir seconder, avec notre expertise propre, les efforts du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres. Le BM vient d’éditer à l’usage des universités membres de l’AUF un «guide pour l’auto-évaluation», fruit de mon expérience personnelle, déjà ancienne, dans ce domaine et des enseignements glanés au cours des deux premières campagnes d’évaluation. La bonne gouvernance est la clef du développement et elle résulte de la pratique régulière de l’auto-évaluation. Jamais les universités n’ont aussi bien compris leurs fonctions et leur fonctionnement et c’est exactement en quoi consiste la démarche qualité qui leur sera bientôt naturelle.

Créé en 2012, le Bureau Maghreb de l’Agence universitaire de la francophonie tient sa première réunion aujourd’hui du Réseau maghrébin des départements de français des établissements membres. Ce sont près de cinquante responsables de départements et de filières de langue et littérature françaises d’universités et grandes écoles du Maroc, d’Algérie et de Tunisie qui ont répondu à l’appel du Bureau. Cette journée s’est inscrite dans le cadre d’échanges et de partage d’expérience sur la question de l’enseignement du français dans l’enseignement supérieur.

La rencontre devra donner lieu à un plan d’action destiné à accroître le champ de la francophonie dans les pays du Maghreb. Mme Cristina Robalo-Cordeiro, directrice du Bureau Maghreb de l’AUF, dévoile les champs d’action d’une telle organisation. De nationalité portugaise, professeur de littérature française et anciennement vice-rectrice de l’Université de Coimbra (Portugal), elle est considérée parmi ses pairs comme une «remarquable» ambassadrice de la langue française et des valeurs qu’elle porte.
 

 

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