FREE BOUSSA : Entretien avec Ibtissame Betty Lachgar, cofondatrice de MALI et participante au Kiss-In de Rabat

FREE BOUSSA : Entretien avec Ibtissame Betty Lachgar, cofondatrice de MALI et participante au Kiss-In de Rabat

Une plainte vient d’être déposée contre vous par l’association des droits humains et des libertés publiques de Nador pour avoir participer au Kiss-in de Rabat. Surprise?

La plainte concerne également Soufyane Fares et Nizar Bennamate. Je pense que c’est ridicule. Et de nombreux acteurs de la société civile le pensent aussi. Je n’y accorde aucune importance.

D’après vous, ce Kiss-in était-il la manière la plus efficace de soutenir ces adolescents?

Le kiss-in était non seulement une action de soutien aux ados de Nador mais aussi une manière de démontrer qu’un baiser (d’amour) est quelque chose de naturel, tendre et surtout fréquent au Maroc, notamment dans l’espace public (plages, parcs, jardins, devant les lycées…). Il faut donc cesser l’hypocrisie et lever toute pudeur sur ce sujet qui n’a pas lieu d’être.

On s’est habitué à vous voir vous engager pour des causes très diverses (avortement, Femen, déjeûneurs, homosexualité…), mais toujours très médiatisées. Comment l’expliquez-vous?

Je n’ai jamais été Femen, j’ai soutenu Amina de Tunisie comme de nombreux et nombreuses défenseurs des droits des femmes dans le monde. Je suis co-fondatrice de M.AL.I, nous défendons les libertés individuelles et brisons les tabous. Nous défendons les droits humains dans leurs valeurs universelles. Nous ne faisons pas de favoritisme ou de démocratie  » halalisé », comme malheureusement de nombreux progressistes/modernistes au Maroc. Les droits humains ne sont pas à la carte. Nous ne sommes pas dans un fast-food. Médiatisées ? Tant mieux.

La polémique et la provocation sont-elles nécessaires pour faire avancer les choses et sensibiliser l’opinion publique?

Notre mot d’ordre : la désobéissance civile. Nous sommes là pour briser les tabous et faire sauter les écrous de l’injustice et de l’inégalité. Il s’agit de désobéissance civile, qui en effet peut être considérée comme provocation. Ca crée la polémique, le buzz et cela ouvre le débat. Et cette ouverture de débat est une victoire et permet de faire évoluer les mentalités. Pourquoi la désobéissance civile ? Parce que nous considérons certaines lois et certaines idées véhiculées par la société comme stigmatisantes et liberticides. Nous répondons à des lois injustes par ces actions, car nous ne pouvons les cautionner

D’après vous, quel est le rôle joué par les parents dans le cas de ces deux adolescents?

 C’est à l’adolescence que naissent les premières relations sociales, qu’elles soient amicales (groupe de copains) ou amoureuses. C’est l âge des premières amours, n’en déplaisent aux conservateurs de tous bord. C’est la période des changements physiologiques et psychiques, le passage de l’enfance à l’âge adulte et donc la découverte de la sexualité. C’est une réalité. Et le rôle des parents, comme du système scolaire, est de transmettre une éducation sexuelle. Parce que cela est indépendant de la culture ou de la religion.

 Quel avenir pour l’activisme au Maroc?

Je regrette que parmi les nombreux activistes que compte le Maroc, une grande majorité ne soit pas impliquée dans la défense des droits humains dans leur ensemble, à savoir inclure les libertés individuelles et l’égalité femme-homme. Les « minorités » et les questions qui relèvent du tabou sont mises à l’écart. Et c’est bien triste et décevant. Pour conclure, le religieux devrait relever de la sphère privée, la laïcité est alors de mise. Les difficultés que l’on rencontre sont souvent renvoyées à la religion, à l’Islam.

 Pourquoi ne pas partir vivre ailleurs, dans un pays plus libre?

J’ai la chance que mon militantisme et mon engagement professionnel soient liés. Je collabore avec des ONG internationales. Je voyage donc beaucoup. J’ai ce souffle de liberté lors de mes déplacements. Mon combat est essentiellement fondé sur un réel changement démocratique au Maroc, mes attaches sont donc ici.

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