Frères jusque dans la mort

«Il le paiera cher quand je sortirai de prison». C’est l’idée qui germait dans la tête d’Abderrahim, depuis six mois, quand il a été condamné par le tribunal de première instance de Hay Hassani-Aïn Chok à quatre mois de prison ferme et ce, pour tentative de détournement de mineur et incitation à la débauche. Qui paiera cher et pourquoi ?
Depuis qu’il avait quitté le domicile de sa mère, sis Carrière Messaoudi, à Aïn Diab, Abderrahim, tailleur de son état, a rejoint son grand-père à Hay Hassani. Il a préféré séjourner chez lui, depuis qu’il est sorti de prison, après avoir purgé une première peine d’emprisonnement ferme pour coups et blessures à l’arme blanche. Certes, son grand-père l’a accueilli chaleureusement du moment que lui-même ne resterait plus solitaire. Seulement, il n’a jamais pensé qu’il allait lui créer des problèmes avec ses voisins, notamment Abdelkader. Handicapé moteur et vendeur de pain dans une boutique au souk situé pas loin du commissariat de police, 15ème arrondissement de Hay Hassani-Aïn Chok, Abdelkader est père de belles filles, timides et jouissant d’une bonne réputation. La majorité des jeunes de leur quartier ont tenté de les séduire. Mais en vain. Elles ne s’intéressaient qu’à leurs études. Au fil de son séjour avec son grand-père, Abderrahim a été séduit par les filles d’Abdelkader. Il voulait l’une d’elles. Il ne cessait à chaque fois de les harceler. Il n’épargnait même pas celles d’entre elles qui étaient mineures. Il n’hésitait pas à les solliciter à l’accompagner dans la chambre de son grand-père.
Pire encore, il a commencé à les menacer de les y introduire de force pour les violer. Les filles d’Abdelkader qui ont choisi au départ de ne rien divulguer à leurs parents ont fini par se plaindre auprès de leur mère. Avisé, Abdelkader n’est pas resté les mains croisées. Il a conduit ses filles jusqu’aux service de la sûreté de Hay Hassani-Aïn Chok pour déposer plainte contre Abderrahim. Arrêté, ce dernier a été condamné à quatre mois de prison ferme. Depuis, il a gardé une rancune contre Abdelkader, sa femme et ses filles. Le sentiment de vengeance le hantait jour et nuit derrière les murs de la prison Oukacha. Une vengeance qui coûterait la vie à Abdelkader. Il comptait les jours en attendant sa libération.
Début octobre 2004. Abderrahim a été libéré. Il semble qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner l’idée de la vengeance. Pourquoi ? Il n’aurait jamais pu imaginer être un jour arrêté et jeté en prison sans aucun motif ! Pour lui, inciter les filles à la débauche, les harceler et les menacer à l’arme blanche, ne constitue pas un délit méritant pareil châtiment. En conséquence, il doit se venger, pense-t-il. Quelques jours plus tard, il a acheté un couteau et s’est rendu au souk où Abdelkader dispose de son commerce après avoir bu une grosse quantité de vin. Cependant, il n’a pas trouvé son antagoniste. C’est son épouse qui se chargeait de vendre le pain. Abderrahim n’a pas hésité à la provoquer. Il a commencé à l’insulter pour finir par lui donner un coup de pierre au niveau de son épaule droite. Apprenant ce qui est arrivé à sa femme, Abdelkader a couru au commissariat de police pour déposer plainte.
Aussitôt, Abderrahim a disparu de la circulation. Il fallait attendre le mercredi 24 novembre pour qu’il réapparaisse une fois encore au souk, en état d’ébriété et armé d’un couteau. Les badauds se sont attroupés autour de lui, tentant de l’empêcher d’agresser Abdelkader. Mais en vain. Il a menacé tout le monde avec son couteau. Pour se défendre, Abdelkader s’est muni d’une barre en fer. Mais Abderrahim est arrivé à le déséquilibrer et à le faire tomber à terre. Aussitôt, un marchand du souk, Ahmed, est intervenu pour apaiser les tensions. Toutefois, Abderrahim, qui était comme un monstre enragé, lui a asséné un coup de couteau au niveau de la poitrine. Tombé par terre, Ahmed a commencé à crier au secours. Les marchands du souk ont attrapé Abderrahim tentant de l’immobiliser. Mais il est parvenu à s’enfuir. A ce moment, l’un des marchands est allé alerter la famille d’Ahmed. Son frère cadet, Mustapha, est arrivé.
Quand il a lancé un regard sur le corps de son frère baignant dans une mare de sang, il a été choqué et a perdu connaissance. Transporté aux urgences à l’hôpital Hassani, les deux frères ont rendu l’âme ; le premier, Ahmed, suite à ses blessures et le second, Mustapha, suite à une crise cardiaque.
Alertés, les éléments de la police de la sûreté de Hay Hassani-Aïn Chok se sont lancés sur les traces d’Abderrahim. Ils l’ont intercepté quelques heures plus tard au domicile de sa mère, sis Carrière Messaoudi. Devant les enquêteurs, il a dit regretter avoir tué les deux frères innocents au lieu d’Abdelkader.

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