Fronde communale à Kénitra

Il est incontestable que Kénitra est l’une des villes marocaines qui a souffert, et pendant longtemps, de la mauvaise gestion. Bon nombre de secteurs de proximité et de services rendus aux populations sont carrément laissés à l’abandon et à l’anarchie. C’est le cas, notamment, du transport urbain.
Aujourd’hui, une querelle oppose l’opposition et la majorité au Conseil communal sur ce sujet bien précis. La première accusant le président de la municipalité, Mohamed Talmoust, de fermer les yeux sur les innombrables violations des cahiers des charges, commises par les sociétés de transport urbain. Le parc autobus est dans un état lamentable.
Le constat peut être réalisé par n’importe qui. Il suffit de grimper dans un autobus pour s’en apercevoir. Mais les citoyens, épaulés par les partis politiques et les syndicats opposés à Mohamed Talmoust, ont décidé d’observer un sit-in, aujourd’hui mardi 4 janvier 2005 à 16 heures 30, devant le siège de la municipalité. Entre quatre mille et cinq milles tracts ont été distribués pendant deux jours, incitant les Kénitris à se rendre nombreux à cette manifestation.
Les contestataires reprochent à Talmsoust son manque de rigueur dans la gestion de la chose locale et notamment la question du transport urbain. « L’irrespect des cahiers des charges concerne non seulement la qualité désastreuse des autobus mis en circulation, mais aussi leur nombre, évidemment très limité », disent-ils. L’un d’eux, Abdelaziz Rebbah, conseiller communal du PJD, avance par ailleurs l’exemple de la réduction de la redevance à laquelle sont assujetties toutes les sociétés de transport urbain. « Cette redevance est passée, sur une décision du président du conseil communal, de 25.000 DH, par an et par ligne, à 15.000 DH ».
Sur cette question le président de la commune, Mohamed Talmoust, (élu sous la couleur du RNI, mais en instance de rejoindre l’Istiqlal) assure que le cahier des charges prévoit la diminution de la redevance.
Pour Rebbah, « cette décision du président de réduire la redevance annuelle est doublement condamnable. D’abord, parce qu’elle a été effectuée sans l’aval du Conseil et ensuite car les sociétés de transport urbain n’ont effectué aucun effort d’investissement pour prétendre à une telle réduction ». En clair, les kénitris se demandent pourquoi le président de la commune tient absolument à appliquer les termes du cahier des charges alors que les sociétés, elles-mêmes, font fi de ses dispositions.
En fait, cette querelle intervient au moment où la commune s’apprête à renouveler pratiquement tous les contrats de transport urbain (86% des lignes). L’ouverture des plis aura lieu le mercredi 5 janvier au siège de la municipalité de Kénitra, c’est-à-dire au lendemain du sit-in. « Nous n’acceptons pas que des sociétés responsables de la dégradation du transport urbain à Kénitra puissent participer, une nouvelle fois, à l’appel d’offres.
Talmoust estime que « les sociétés n’ont pas fait d’effort d’investissement car ils voyaient que les contrats qui les liaient à la municipalité allaient bientôt expirer ». « C’est encore plus scandaleux », lance Rebbah. Et d’ailleurs, poursuit-il, les usagers du transport urbain se plaignent depuis plusieurs années. Face à ces conflits à répétition, l’opposition a l’intention d’utiliser tous les moyens pour parvenir à ses fins: « instaurer une gestion communal saine ». Les partis d’opposition ont informé, à maintes reprises le ministère de l’Intérieur et la wilaya des dérapages de gestion dans la commune. « Nous sommes prêts à demander la destitution du président », assure Rebbah.
En tout cas, la nouvelle charte communale interdit la destitution du président du conseil. « Nous voulons au moins que le ministère de l’Intérieur, autorité de tutelle sur les Collectivités locales, exige du président un plan de développement économique et social », poursuit Rebbah. C’est probablement pour cette raison que Talmoust a l’intention de rejoindre l’Istiqlal. Un parti capable de le « protéger » contre les aléas politiques et les attaques de l’opposition.

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