George, nigérien, appelle à l’aide depuis le désert (reportage)

Samedi soir, par la fenêtre d’un bus affrété par les autorités marocaines, George avait tendu à un photographe de l’AFP un petit bout de papier avec son nom et un numéro de téléphone.

Le bus, rempli d’Africains arrêtés par les forces de l’ordre, faisait alors une halte à Bouarfa, dans le sud-est marocain. Quatre autres autocars, tout aussi remplis le suivaient. Au bout d’une vingtaine de minutes, les véhicules ont emprunté la route d’Errachidia, plus à l’ouest, escortés par des voitures de police.

Dimanche soir, une journaliste de l’AFP entrait en contact avec George. "Nous sommes en direction du Sahara". "On nous a donné un peu d’eau et du pain, nous sommes 80 dans le bus", a-t-il expliqué.

Depuis, régulièrement, le Nigérian a appelé l’AFP pour donner des indications sur le chemin emprunté par le bus, grâce aux pancartes lues sur la route. Il y a d’abord eu Tan Tan, au sud d’Agadir, puis Abattekh, 90 km plus au sud, et enfin Smara, à quelques kilomètres de la frontière mauritanienne.

Lundi après-midi, George expliquait que son groupe avait été transféré dans des camions. Il semblait alors particulièrement inquiet, parlait très vite. "Nous sommes dans des camions… Je parle doucement, je ne peux pas mettre mon téléphone à l’oreille parce qu’ils me regardent.. Mais je sais que vous m’entendez… On a passé Smara, on va au Sahara… S’il vous plait, aidez-nous! Nous mourrons ici…".

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès d’Africains arrêtés par les forces de l’ordre marocaines, les téléphones portables sont réquisitionnés par la police. George a réussi à dissimuler le sien.

En début de soirée, George pouvait parler librement. "Ils nous ont descendus des jeeps, nous sommes dans le désert", a-t-il dit ajoutant qu’avec lui se trouvaient des Nigérians, des Maliens et des Congolais. La communication était très mauvaise. On entendait le sifflement du vent dans le téléphone.

Mardi matin, nouveau contact avec George et un autre membre du groupe, Elvis Touré, Malien de Bamako qui a confirmé les informations de son compagnon d’infortune.

"Après Smara, quand ils nous ont mis dans des camions, nous avons roulé deux heures, vers le sud je crois. Hier, vers 19H0O, ils nous ont descendus des camions", raconte-t-il.

"Nous ne savons pas où nous sommes. Nous ne savons pas si nous avons passé la frontière. Nous sommes dans le désert. Quand ils nous ont laissés, on a marché pendant une heure", poursuit Elvis.

Le Malien indique qu’avant de descendre des camions, les Marocains ont donné à chacun un litre d’eau et un peu de pain. "Durant la nuit, on a allumé un petit feu", dit-il, affirmant qu’il y a des "malades et des blessés" parmi eux.

Il raconte que les hommes qui se trouvent avec lui ont été arrêtés "à Nador", ville marocaine proche de l’enclave espagnole de Melilla (nord), "dans la forêt" près de l’enclave, ou encore à Oujda, ville (Est marocain).

"Maintenant, nous ne bougeons plus… Nous avons espoir qu’on vienne nous chercher", dit-il.

Des ONG ont affirmé que plusieurs centaines d’émigrants africains, installés dans vingt-huit autobus, faisaient route vers la frontière mauritanienne. Selon des sources sécuritaires et des témoins, des émigrants africains ont été convoyés lundi et mardi vers trois directions: la frontière algérienne du côté de Assa-Zag (sud), la frontière mauritanienne avec le Sahara du côté de Smara, et la même frontière mais du côté de Bir Guendouz, à l’extrême sud du territoire.

Par claire Snegaroff
AFP

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