Ghayet : «je suis un militant du terrain»

Ghayet : «je suis un militant du terrain»

ALM : Trois associations viennent de quitter le réseau Maillage. Quelle en est la raison?
Ahmed Ghayet : Je ne veux pas polémiquer avec des jeunes à qui j’ai mis les pieds à l’étrier. J’ai œuvré plus de 20 ans dans le domaine de la jeunesse aussi bien au Maroc qu’en France. Quelque part, j’ai envie de positiver le retrait de ces trois associations du réseau Maillage. C’est une preuve que ces jeunes se sont émancipés et qu’ils peuvent désormais voler de leurs propres ailes. C’est aussi une preuve que j’ai réussi quelque part ma mission. D’ailleurs, Maillage est une structure souple, une sorte d’incubateur…notre association n’est nullement le nombril du Maroc. Notre réseau regroupe 47 associations rassemblant près de 6000 jeunes. C’est donc une goutte d’eau dans le paysage associatif national.

Quelles sont les raisons de ce retrait ?
Vous savez ceci est inhérent à toute organisation de masse. En fait, chaque association du réseau Maillage est responsable d’elle-même, de ses finances, de son organisation, de sa gestion…Je ne suis qu’un médiateur, une cheville ouvrière pour et dans ce réseau. Et Maillage n’obéit pas à une structure hiérarchique.
Chaque association est autonome et je fais de mon mieux pour ne pas s’immiscer dans sa gestion. J’apprends aux jeunes d’être responsables et de ne rendre compte qu’aux adhérents. 

Justement, on vous reproche de prendre des décisions unilatérales. Quelle est votre réaction?
C’est contradictoire avec l’essence même de Maillage ! Comment une seule personne peut-elle gérer de manière unilatérale une constellation de 47 associations ?! Je ne suis guère un autoritaire. Ces jeunes ont appris à être des interlocuteurs. Ils ont pu s’asseoir autour de la même table avec des walis, des gouverneurs, des responsables administratifs…C’est déjà un acquis !  Maillage œuvre pour l’apprentissage de la chaise remplie et non de la chaise vide. Les jeunes sont maintenant de vrais acteurs locaux et sont invités lors de différentes manifestations.

Quel est le bilan des trois années d’exercice de Maillage ?
Il faut noter que nous sommes partis de zéro. Il y a trois ans, les associations de jeunes pour les jeunes n’existaient pas.
Le réseau compte actuellement 47 associations. Certes, trois se sont retirées, mais sept autres associations viennent d’intégrer le réseau. Il s’agit précisément de « Ouled Al-Hay » et de « Bilad » à Salé, de « Vision d’avenir » à Témara, et de « Un pour tous », « Graines de citoyens », « Position attitude» et de «Bononza» à Casablanca. Au cours de cette année, cent jeunes issus de familles défavorisées ont bénéficié d’une formation en langue anglaise avec le soutien de l’ONG américaine «Amideast».
Nous avons également organisé des séminaires de formation sur l’action associative avec l’Institut supérieur de communication audiovisuelle, des stages de formation aux métiers de l’animation avec le Secrétariat d’Etat chargé de la Jeunesse, en plus de l’installation de locaux associatifs dans des régions les plus reculées. C’est insuffisant et nous avons du pain sur la planche. Certes, il y a des associations qui ont réussi mieux que d’autres. Mais, Maillage c’est aussi une école d’émulation. Ces trois associations qui quittent le réseau vont utiliser, sans aucun doute, l’expérience qu’elles ont accumulée dans le réseau.  

Quels sont vos projets pour la rentrée ?
Prochainement, Maillage va signer une convention de partenariat avec l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail. Et ce pour la formation des jeunes de niveau scolaire bas. Vous savez, ce sont les associations qui font Maillage et non le contraire. L’arrivée de Maillage a bousculé les mentalités et a marché sur des plates-bandes. L’émergence associative des jeunes a dérangé certains. Maillage a des ennemis, et ce depuis l’arrivée des jeunes sur la place publique. Cette cabale devrait réjouir beaucoup de gens. Ma personne est sans importance dans le réseau : Maillage continuera avec ou sans moi.  Je donne rendez-vous sur le terrain. Je suis un militant du terrain.

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