Grippe aviaire : le Maroc est-il toujours epargné ?

Alors qu’au Maroc, les cadavres des centaines d’oiseaux (des garde-bœufs) découverts en campagne ne suscitent qu’un communiqué des plus officiels, en Grèce, un seul cygne, repêché mort en mer Egée, a sonné l’alerte. Grande différence dans l’approche adoptée par les autorités concernées des deux pays. Au Maroc, des prélèvements effectués sur les 336 cadavres trouvés simultanément à Dayet Roumi et à Dayet Aoua il y a un dizaine de jours , ont été envoyés à un laboratoire local aux normes OMS mais qui, sauf surprise, n’a pas l’ossature du laboratoire londonien, référence mondiale en la matière. Le cygne mort en Grèce a été analysé par ce laboratoire britannique. Moins de quarante huit heures plus tard, la présence du virus H5N1 est confirmée. Au Maroc, le dossier prend la tournure d’une campagne institutionnelle. Quelques jours après la découverte des oiseaux morts, le laboratoire local rend publiques des analyses partielles. Le résultat rassure tout le monde.
Le Maroc, carrefour des flux de migration d’oiseaux entre le Nord et le Sud, est miraculeusement épargné, selon les «conclusions préliminaires». Alors que chez les voisins européens et africains, la mobilisation bat son plein, le ministère de la Santé bat le record d’optimisme : il n’y a pas de grippe aviaire au Maroc. Pendant ce temps, de nouveaux foyers sont découverts en Italie et en Tunisie. Les experts craignent une remontée du flux migratoire de l’Afrique et du Nigeria, vers la réserve du Banc d’Arguin en Mauritanie et, évidemment au-delà, le Maroc. A Tunis, le Maghreb se mobilise. Et que disent les discours des deux ministres ? Les 336 volatiles trouvés morts simultanément à Dayet Roumi et à Dayet Aoua ont succombé à cause du froid.  «Il ne s’agit donc pas d’un suicide !», semblait clamer Mohamed Cheikh Biadillah, le ministre de la Santé, épaulé par son homologue de l’Agriculture et des Pêches maritimes, Mohand Laenser et par le haut commissaire aux Eaux et Forêts, Abdeladim El Hafi. C’était mardi , 8 fèvrier 2006, lors d’une conférence de presse destinée à faire le point sur la grippe aviaire. La séance a vite tourné en semi-aveu tant l’assistance est restée sur sa faim. Il faut dire que les hauts responsables se basaient sur des résultats partiels d’analyses effectuées sur place . Il s’agit de résultats préliminaires, martelait sans cesse M. Laenser, devant une salle déchirée par les doutes et les interrogations. Est-il besoin de préciser qu’au moment où se tenait cette conférence de presse, les deux ministres n’avaient pas encore connaissance du résultat définitif des analyses !
Autant de remarques qui ne pouvaient qu’accentuer les interrogations. Les laboratoires marocains ont-ils les moyens scientifiques, techniques et humains pour détecter le virus H5N1? En d’autres termes, sommes-nous, sur la question, mieux avancés que la Grèce, l’Italie, la Turquie et tous ces pays qui, à la moindre alerte, envoient les échantillons à Londres? Eminent membre de l’Association de la Pathologie Aviaire, le docteur Mohamed El Houadsi est plutôt dubitatif. «Je ne dirais pas que ces oiseaux sont morts de froid», déclare-t-il, penchant plutôt pour l’hypothèse d’une «intoxication».Selon cette figure universitaire de l’Institut agronomique et vétérinaire de Rabat, «si ces oiseaux étaient morts de grippe aviaire, on aurait déjà découvert au Maroc, en l’espace d’une semaine d’autres foyers». Or, pour le moment, tel n’est pas le cas. Et d’ajouter aussitôt : «vu la propagation du virus, on ne peut pas être très catégorique. Il faut renforcer les mesures de protection sanitaire». Quant aux laboratoires marocains utilisés pour les analyses, il s’agit du laboratoire de contrôle des médicaments et du laboratoire Bio-Pharma, situés côte à côte au centre de la transfusion sanguine à Rabat. «S’il y avait des doutes plus grand, on aurait en ce moment envoyé des échantillons à l’étranger», conclut le professeur. En tout cas, à s’en tenir aux assurances ministérielles, le Maroc est l’un des rares pays de la région à jouir d’une immunité contre le virus H5N1. Ce qui explique sans doute le fait que dans les souks, l’on continue encore à vendre de la volaille vivante.

 L’inéluctable progression de la grippe aviaire

Mai 1997 : un garçonnet de trois ans habitant dans un centre avicole de Hong-Kong meurt d’une mystérieuse grippe, bientôt suivi par cinq autres personnes. C’est la première fois que le virus H5N1 tue des hommes.

15 déc 2003 : début de la grande épizootie asiatique. La Corée du Sud confirme que la mort récente de milliers de poulets dans un élevage près de Séoul est due au virus.

2004- 12 jan : le Vietnam, atteint depuis fin décembre 2003, annonce trois premiers cas mortels  chez l’homme.

Fin juin-début juillet : après des mois d’accalmie, retour de l’épizootie au Vietnam, en Thaïlande et en  Chine.

13 août : retour confirmé après l’annonce de trois nouveaux décès au Vietnam.

2005- 30 jan : premier cas mortel enregistré au Cambodge.

Fin juillet – début août : découverte de foyers de grippe aviaire en Sibérie, au Kazakhstan et en Mongolie. Fin août, les autorités russes annoncent que le virus a franchi l’Oural et touché la république de Kalmoukie (sud, au bord de la mer Caspienne).

29 septembre : les Nations unies se dotent d’un coordinateur pour la lutte contre la grippe aviaire, David Nabarro, un Britannique.

8 octobre : la Turquie annonce sa contamination après la mort de milliers de dindes dans le nord-ouest du pays. Les tests confirment le 13 la présence du H5N1.

2006 – 1er, 5 et 6 janvier : décès en Turquie de trois frère et soeurs de Dogubeyazit (est). Puis ce sont les premiers morts hors d’ an: un 4e décès en Turquie: une fillette de 12 ans à Van (est).

18 janvier : une centaine de pays se mettent d’accord à Pékin pour consacrer 1,9 milliard de dollars à une offensive générale contre la maladie.

24 janvier : deux enfants turcs qui avaient été infectés par le virus H5N1 sont "considérés guéris" et ont quitté l’hôpital de Van (est).

25 janvier : une femme de 29 ans décédée de la grippe aviaire en Chine, portant à 7 le nombre de morts dans le pays.

8 février : le H5N1 est décelé pour la première fois en Afrique, dans un élevage de poulets du nord du Nigeria.

11 février : l’Italie annonce l’identification du H5N1prend une forme "hautement pathogène" sur des cygnes sauvages morts en Sicile, en Calabre et dans les Pouilles (sud).
En Grèce, le H5N1 dans une forme également "hautement pathogène" est identifié sur trois cygnes retrouvés morts le 9 près de Salonique. En Bulgarie, la forme "hautement pathogène" du virus a été détectée sur un cygne.

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