Guerre ouverte contre les pollueurs

Guerre ouverte contre les pollueurs

ALM : Quel constat faites-vous de la situation environnementale dans notre pays ?
 

Hakima El Hiti : Le Maroc a connu lors des dernières décennies un essor économique soutenu grâce au développement des secteurs socio-économiques vitaux, notamment l’agriculture, l’industrie, la pêche, le développement urbain, les infrastructures et le tourisme. Cependant, ce développement n’a pas manqué d’induire des répercussions négatives sur la qualité de l’environnement dont le coût de la dégradation a été évalué par une étude de la Banque mondiale à 3,7% du PIB.

Les grandes problématiques que connaît le Maroc sont dues notamment à la pollution par les rejets liquides, solides et gazeux dans le milieu naturel, la surexploitation et le gaspillage des ressources naturelles qui restent des facteurs menaçants pouvant mettre en péril les potentialités environnementales. De surcroît, la pression que subissent les ressources naturelles limitées dont nous disposons est aujourd’hui exacerbée par les impacts non maîtrisés des changements climatiques qui constituent d’ores et déjà une préoccupation majeure de la communauté internationale. En effet, toutes les projections climatiques concernant le Maroc prévoient une augmentation progressive de la sécheresse en raison de la diminution des précipitations et l’élévation des températures.

Parlez-nous de votre plan d’action pour préserver l’environnement…

Notre pays a mis en place ces dernières années les fondements majeurs lui permettant d’inscrire son développement sur la voie de la durabilité et de l’économie verte. La loi-cadre portant charte nationale de l’environnement et du développement durable promulguée en mars 2014 a permis de jeter les bases d’un développement durable en mettant l’accent sur la nécessité de doter le pays d’une Stratégie nationale de développement durable.

Ceci s’est également concrétisé à travers un ensemble de réformes institutionnelles, réglementaires et financières, entreprises pour promouvoir notamment le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’économie de l’eau et la gestion durable des déchets. De même, le Maroc est en train d’accélérer la réalisation de programmes de mise à niveau environnementale, qui cherchent aussi à maximiser les impacts économiques et sociaux de ces mêmes programmes, tels que le Programme national de gestion des déchets ménagers qui fait l’objet actuellement d’un accompagnement pour permettre la valorisation des déchets, à travers le développement des filières de tri, recyclage et valorisation, génératrices d’emplois et de richesse et consacrant ainsi la volonté du Maroc d’assurer une transition vers une économie verte et inclusive.

Au moment où l’on parle de plus en plus de développement durable, comment pourrait-on réussir à allier protection de l’environnement et développement économique ?

Les crises successives qu’a connues l’humanité ces dernières années, notamment les hausses du prix du pétrole et la récession économique, associées à la dégradation de l’environnement et l’amplification des phénomènes extrêmes sous les effets des changements climatiques, viennent nous rappeler les limites de notre modèle de développement.
Pour faire face à ces défis, la communauté internationale n’a d’autres choix que de basculer vers une économie qui est capable d’assurer le bien-être économique et la santé pour tous, tout en utilisant moins de ressources et avec moins d’impact sur notre capital naturel et les écosystèmes. La protection de l’environnement pourrait être mise à profit pour créer de la valeur ajoutée, de l’emploi et améliorer les conditions de vie des populations.

L’environnement est-il donc en quelque sorte un frein au développement économique ?

Il ne faut plus penser à l’environnement comme contrainte mais plutôt comme opportunité pour créer de la richesse. Dans le cadre de la nouvelle politique que nous menons au sein du ministère de l’environnement dans le domaine de la gestion des déchets, nous travaillons pour le développement de filières de valorisation des déchets, notamment les batteries, les pneus usagés, les huiles usées ou les déchets électroménagers. La mise en place de ces filières devra permettre de pallier une problématique environnementale tout en créant de l’emploi et de la valeur ajoutée. Par ailleurs, le développement des énergies renouvelables et la promotion de l’efficacité énergétique constituent des créneaux porteurs en termes de gain économique mais aussi en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et par conséquent de lutte contre le réchauffement climatique.

Quels sont les projets sur lesquels votre ministère se penchera durant les prochains mois ?

Plusieurs chantiers seront lancés ou poursuivis dans les prochains mois. On peut citer entre autres : l’adoption finale de la Stratégie nationale de développement durable (SNDD), qui a été élaborée à travers une large concertation avec l’ensemble des parties prenantes, et ce conformément aux dispositions de la loi-cadre 99-12 portant Charte nationale de l’environnement et du développement durable ; la mise en œuvre des mesures législatives et réglementaires prévues dans la loi-cadre : l’actualisation de certaines lois en vigueur, à savoir la loi n°12-03 relative aux études d’impact sur l’environnement, la loi n° 28-00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination, le dahir de 1914 relatif aux établissements classés…. ; l’élaboration de nouveaux projets de lois, notamment la loi sur la protection du sol et la loi sur le bruit ; l’encadrement juridique des filières de valorisation des déchets (huiles usagées, batteries usagées, papier-carton, plastique, déchets ferreux, etc.). L’élaboration des valeurs limites sectorielles d’émissions des substances polluantes de l’air (cimentiers – briqueterie – céramique et d’autres secteurs polluants de l’air…).

Paris accueille prochainement une conférence internationale sur l’environnement. Quel rôle y jouera le Maroc ?

La Conférence de Paris sur le climat constitue une étape clé dans le processus de négociations climatiques. Elle devra conclure les discussions lancées il y a quelques années sur le nouvel accord climatique qui entrera en vigueur en 2020 et qui devra s’appliquer à tous les Etats. Tout le monde s’accorde sur le fait que ces négociations progressent lentement en raison des divergences de points de vue entre les pays développés et ceux en développement. Le Maroc, de par son leadership régional dans le domaine de l’environnement et des changements climatiques, devra jouer un rôle dans le rapprochement des points de vue entre les pays développés et les pays en développement.

Sa présence à ce genre d’événements devra également permettre de faire valoir les progrès réalisés par notre pays dans différents domaines et promouvoir ainsi l’image du Maroc au niveau international. La Conférence de Paris est un sommet auquel prendront part tous les acteurs concernés par les changements climatiques y compris les organismes et bailleurs de fonds internationaux. Elle offre, à cet égard, une opportunité à notre pays pour prospecter de nouvelles possibilités de financement des différents projets lancés au niveau national en matière d’environnement et de développement durable. Enfin, le Maroc en tant que pays hôte de la future Conférence sur le climat en 2016 est appelé aussi à être présent d’une manière active à Paris afin de mieux préparer sa future mission de présidence de la Conférence des parties à la Convention climat.

Les odeurs nauséabondes des usines dans la ville de Berrechid continuent à agresser les habitants et les visiteurs. Une solution est-elle envisageable pour mettre fin à ce problème ?

Il est à rappeler que le ministère délégué chargé de l’environnement a mis en place des instruments économiques et financiers pour accompagner le secteur industriel et artisanal dans la mise à niveau environnementale et afin de réduire les impacts négatifs sur l’environnement en particulier la pollution générée par les rejets liquides, tels le Fonds de dépollution industrielle (FODEP) et le Mécanisme volontaire de dépollution industrielle hydrique (MVDIH). Le FODEP intervient dans le financement de projets de dépollution à travers des subventions de 40% pour les projets qui permettent de réduire la pollution à travers la mise en place d’installations de traitement ou d’élimination des rejets liquides et gazeux et des déchets solides.

Que faites-vous pour pallier les dangers de la pollution ?

Si l’on prend le cas de la ville de Berrechid, afin de réduire la pollution générée par les rejets liquides des unités industrielles (en particulier les problèmes d’odeur et de pollution toxique), le ministère a contribué au financement de 11 projets de dépollution industrielle dans le cadre du FODEP, dont 10 projets pour la réalisation des stations de traitement des eaux usées industrielles de Berrechid. Le coût global des projets est de 37 MDH dont 12 MDH sous forme de don du FODEP. D’autre part, et dans le cadre de la continuité de la mise à niveau environnementale des entreprises marocaines et afin d’assurer la continuité de l’incitation à la dépollution industrielle, le ministère délégué chargé de l’environnement a mis en place un nouveau mécanisme réservé à la dépollution industrielle hydrique, le Mécanisme volontaire de dépollution industrielle hydrique (MVDIH). Ce mécanisme doté d’un budget de 110 MDH entre 2011 et 2015 octroie des subventions de 40 % pour la réalisation des stations de traitement des eaux usées industrielles.

Afin d’orienter le financement vers les zones sensibles et activités prioritaires, la gestion de ce mécanisme s’effectue à travers des comités régionaux présidés par les Agences de bassin hydraulique (ABH). Cinq agences sont concernées par cette première tranche : Sebou, Oum Rabiaa, Souss-Massa-Darâa, Moulouya et Bouregreg-Chaouia.

21ème Conférence sur le climat à Paris : Le Maroc veut frapper fort

 

Dans le cadre de la préparation de la 21ème Conférence des Parties sur le climat (COP 21), qui aura lieu à Paris en décembre 2015, les liens entre le Maroc et la France sont en train d’être renforcées, notamment sur les aspects d’organisation de la COP 21 à Paris, mais aussi de la COP 22 prévue au Maroc en décembre 2016. Le programme d’éducation environnementale sera renforcé avec la création de nouveaux clubs d’environnement dans les écoles, les maisons de jeunes, les centres de colonies de vacances, la formation des éco-animateurs et la réalisation de supports éducatifs de sensibilisation et d’éducation à l’environnement et au développement durable.

L’espace éducatif au sein du ministère sera renforcé et développé pour permettre l’animation de séances d’éducation environnementale destinées aux enfants et aux jeunes. Dans le même sens, et vu l’importance de l’éducation environnementale de proximité dans les territoires, il sera procédé à l’acquisition et l’aménagement d’unités mobiles supplémentaires dédiées à l’éducation à l’environnement et au développement durable.

Déchets ménagers et assainissement : Ce qui est attendu…

Hakima El Hiti fait un zoom sur les petites communes rurales qui n’ont pas la capacité de mettre en place des décharges contrôlées. Elle rappelle que ces dernières seront bientôt accompagnées pour améliorer la gestion de leurs déchets et la réhabilitation de leurs décharges sauvages. Les grandes collectivités territoriales, quant à elles, seront accompagnées pour l’introduction des centres de valorisation et d’enfouissement des déchets à la place des décharges contrôlées et ce, afin de permettre le développement du tri et la valorisation des déchets. 69 études détaillées ont été réalisées, 68 décharges sauvages ont été programmées pour la réhabilitation entre 2014 et 2016, 18 centres de valorisation et d’enfouissement ont été lancés avec les collectivités concernées permettant ainsi de mettre en décharges contrôlées ou dans les centres de valorisation à environ 85% de la production nationale au lieu de 37% actuellement.

Poursuite du Programme national d’assainissement liquide avec la réalisation et l’opérationnalisation de 11 stations de traitement des eaux usées pour un investissement de 267 millions de dirhams et concernent 12 villes et centres du Royaume. D’autre part, et compte tenu du grand déficit en matière d’assainissement liquide que connaît le milieu rural, un programme d’assainissement spécifique totalement dédié au monde rural a été élaboré en 2014, les résultats de ce plan sont en cours de finalisation par le ministère de l’intérieur. Des opérations urgentes ont été enclenchées par le ministère délégué chargé de l’environnement et lancées début 2015 et portent sur 5 communes pour un montant d’investissement de 50 millions de dirhams.

Protection de l’environnement : Les grands chantiers juridiques actuels

C’est une pléthore de chantiers qui est lancée, car on ne badine pas avec l’environnement. On y retrouve la collaboration avec le ministère délégué chargé de l’eau pour l’actualisation de la loi n°10-95 sur l’eau et ses textes d’application mais également le parachèvement du processus d’adoption et de publication de certains textes d’application des lois environnementales en vigueur (loi n°28-00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination (décret relatif à l’importation, l’exportation et le transit des déchets), loi n°13-03 relative à la lutte contre la pollution de l’air…. On retrouve également l’achèvement de la procédure d’adoption de la loi n°81-12 relative au littoral (adoptée à la première Chambre du Parlement, et qui a fait l’objet d’une saisine de la Chambre des conseillers au Conseil économique, social et environnemental qui a donné son avis, elle est actuellement inscrite dans l’agenda de la Chambre des conseillers pour examen et adoption).

La préparation des textes d’application prioritaires de la loi n°81-12 relative au littoral, notamment les textes relatifs à l’instauration du système d’autorisation ; la mise en œuvre des arrêtés instituant les services centraux et déconcentrés du ministère chargé de l’environnement en vue de renforcer les structures centrales du ministère et instituer des directions régionales qui vont représenter de manière efficace le ministère au niveau régional ; le renforcement du contrôle environnemental, notamment après l’adoption par le Conseil de gouvernement du projet de décret instituant la police de l’environnement conformément à l’article 35 de la loi-cadre, la Charte nationale de l’environnement et du développement et aux normes de rejets liquides générales et spécifiques.

 

 

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