Halima Bensouda : «Il n’y a toujours pas de loi qui protège les dénonciateurs»

Halima Bensouda : «Il n’y a toujours pas de loi qui protège les dénonciateurs»


ALM : Quels sont les missions et les objectifs de ce centre?
Halima Bensouda : Le centre a pour mission d’offrir une assistance juridique gratuite et confidentielle aux personnes victimes ou témoins de la corruption. Nous les orientons et leur fournissons des conseils légaux. Pour les personnes analphabètes, nous les assistons à travers la rédaction des plaintes. Notre but est de faire prendre conscience aux victimes qu’ils ont des droits et de leur expliquer qu’ils peuvent y accéder sans avoir à payer. Nous leur montrons la voie à emprunter pour obtenir leur droit de manière légale au lieu de recourir à la corruption.

Pourquoi Transparency Maroc a attendu tant de temps pour mettre en place ce centre ?
Ce projet a nécessité plusieurs années de réflexion. Nous avions au départ un problème de financement. Par la suite, nous avons reçu une aide financière de Transparency International. Le centre n’a toujours pas été reconnu d’utilité publique.Il faut rappeler qu’en 2007, un Observatoire de la corruption et du développement de la transparence avait été mis en place par Transparency Maroc. Cet observatoire comprenait dans son organigramme une cellule d’assistance juridique. Vu le besoin ressenti dans le cadre de cette cellule, Transparency Maroc a alors décidé de créer un centre dédié à l’accueil des victimes et des dénonciateurs de la corruption.

Depuis l’ouverture de ce centre, combien de cas avez-vous reçus ?
Depuis le 2 janvier 2009, nous avons reçu une vingtaine de cas qui ne sont pas tous liés à la corruption. Plusieurs personnes qui viennent au centre pensent que leurs problèmes relèvent de la corruption alors que ce n’est toujours pas le cas. C’est pourquoi nous devons trier les dossiers et les traiter cas par cas. Toutes les plaintes que nous recevons nous serviront de plaidoyer pour proposer des changements au niveau des lois. Il est navrant de constater qu’il n’y a toujours pas de loi qui protège les dénonciateurs.

Comment aidez-vous les personnes victimes de corruption? En quoi consiste cette assistance juridique ?
Dans un premier temps, nous recevons les plaintes des victimes et nous procédons au tri des dossiers. Par la suite, nous les examinons. Les dossiers où sont relevés des cas de corruption et qui demandent une étude approfondie sont transférés à un conseil juridique comprenant des avocats, juristes et professeurs universitaires. Ces derniers les traitent à leur tour et donnent leurs avis sur la question. Le traitement d’un dossier peut prendre un jour à deux semaines. Tout dépend des cas.

Pensez-vous qu’il est possible de lutter contre ce fléau ?
Les gens sont de plus en plus conscients  que la corruption est un grave fléau qui touche tous les secteurs. Il faudra encore plusieurs décennies pour éradiquer le fléau. Le gouvernement, les politiciens, la société civile, les citoyens… doivent s’y mettre sérieusement. Nous devons travailler la main dans la main. Nous voulons travailler avec l’administration et non pas contre elle. Un projet est actuellement en cours d’élaboration avec le ministère de la Santé.

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