Hammam traditionnel : Ce rituel qui résiste à la concurrence

Hammam traditionnel : Ce rituel qui résiste à la concurrence

Malgré la multiplication de spa ou de centres de bien-être, le bain maure tel qu’il est connu arrive toujours à tirer son épingle du jeu. Tout le monde sait que le hammam marocain (beldi) a subi d’énormes évolutions ces dernières années. Généralement connu pour ses vertus, il est considéré comme un lieu de détente mais aussi de rencontres. On pouvait même dénombrer plusieurs hammams dans un seul quartier et les familles, surtout les femmes, étaient fidèles au même hammam auquel elles se rendaient une fois par semaine en moyenne. Fidélité par rapport au hammam certes mais surtout vis-à-vis de l’employée (connue sous l’appellation de guellassa) qui prend en main la cliente, littéralement, de la tête aux pieds et avec qui des liens amicaux sont automatiquement tissés.

Le bain maure tel qu’il était conçu de l’âge de nos parents et grands-parents a changé, s’est beaucoup modernisé et s’est adapté à l’évolution des cultures. D’ailleurs, ses bienfaits sur le corps et l’esprit se sont tellement démocratisés que plusieurs pays étrangers, arabes et occidentaux, commencent à adopter le concept. Il est même réservé dans certains pays pour une clientèle haut de gamme et non pour les citoyens lambda. Dans ce contexte, beaucoup de hammams traditionnels n’ont pas pu suivre ces évolutions et ont disparu, pour laisser la place à ce qui est actuellement connu par l’appellation «spa» (sanitas per aqua).

Plus moderne, plus sophistiqué, il offre plusieurs prestations à la fois, une prise en charge complète, un chouchoutage particulier et cela, sans pour autant délaisser les rituels pour lesquels il est réputé. Au contraire, le savonnage ne se réalise pas à travers le seul fameux savon noir. Cette matière est actuellement revisitée avec des arômes naturels spécifiques, pour satisfaire tous les goûts et toutes les envies. Le gommage, lui, se fait en plusieurs étapes, avec des massages dans une salle destinée à cette phase. D’autant que chaque personne dispose de son propre espace pour se laver, qu’elle ne partage avec personne d’autres, avec son propre robinet, son ou ses propres seaux… Fini le temps où on faisait la queue pour remplir ses seaux qu’on ramenait de la maison.

Avec cette conception actuelle du hammam traditionnel, il suffit juste de ramener des vêtements de rechange, car, en plus des outils (savon, gant de gommage, shampoing et autres produits, brosse..), le hammam offre également les serviettes, les peignoirs, les sandales et tout ce dont une personne aura besoin pour accomplir ce rituel. De quoi rendre obsolètes les services du hammam traditionnel. Erreur ! Même avec cette multiplication de spa, les hammams n’ont pas perdu de leur attrait. A Rabat par exemple, au quartier Guich, Loudaya, El Akkari ou à l’ancienne medina, les hammams ne désemplissent pas, encore moins le week-end.

«La demande est toujours manifestée et les clientes sont toujours fidèles à cet endroit. Il est vrai qu’on a perdu une partie de notre clientèle vu les spas qui ont ouvert tout autour ces 3 dernières années. Mais, ils ne représentent que 10% de la clientèle que nous avons», explique Aicha, la caissière de l’un de ces hammams. Pour ironiser, une autre explique: «La plupart de ces spas qui ouvrent un peu partout utilisent soit l’électricité, soit le gaz, les vrais hammams beldis ne fonctionnent qu’avec du bois. Ils offrent un chauffage naturel, n’est pas nocif pour la santé et consomment moins d’énergie».

En plus: «Que ce soit un spa ou un hammam beldi d’autrefois, la finalité est la même : se laver, se détendre, déstresser et évacuer toute la pression qu’une personne subit par la vie quotidienne, alors pourquoi choisir de débourser les yeux de la tête (plus de 150 DH au lieu de 15 DH en moyenne) pour le même résultat, si ce n’est pour coller à une tendance mimétique de frime et de paraître». Certains restent donc bien fréquentés par une clientèle d’une ou de deux générations qui précèdent, voire par des enfants et des jeunes, accompagnés de leurs parents ou non. Mais cela ne remet en rien la percée des spa qui, eux aussi, commencent à fidéliser leur propre clientèle.

Spa : Un investissement assez conséquent

La vague de création de spa prend de plus en plus d’ampleur. C’est à se demander si finalement cette affaire est rentable ou non. A travers les avis recueillis de part et d’autre, la rentabilité n’est pas vraiment excellente vu la forte concurrence exercée, et est volatile en fonction des périodes et des saisons. Pour illustrer, un spa de 300 m2  avec salles de bains ; de massage, de relaxation et n’incluant pas les autres prestations d’esthétique et de coiffure, devrait nécessiter un investissement de départ qui tourne autour de 3 MDH. Ils comprennent l’aménagement du hammam, en termes d’isolation, d’étanchéité, de plomberie, tuyauterie….  Cela en plus des équipements, à savoir les générateurs de vapeurs, les générateurs d’eau chaude, les bonbonnes d’eau chaude, les  climatiseurs, les tables et lits de massage, les transats…). Une fois que le hammam prend forme, il faut supporter les charges relatives à la masse salariale, souvent étrangère et donc coûteuse, les produits du hammam, les charges d’entretien et de renouvellement du linge (serviettes, sorties de bains,…). Cela, sans oublier de contracter une assurance responsabilité civile et une autre pour les accidents de travail.

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