Harcèlements en milieu scolaire : Les abus passés sous silence

Harcèlements en milieu scolaire : Les abus passés sous silence

Alors que la France mène une campagne agressive contre le harcèlement à l’école, au Maroc, peu d’initiatives ont été mises en œuvre. Violences morales, physiques, sexuelles, le harcèlement à l’école est une réalité bien plus présente que l’on ne pourrait le croire mais le problème reste tabou au Maroc. «C’est la loi du silence qui règne à ce sujet. Concrètement, rien n’a été fait  pour lutter contre ce phénomène excepté certaines initiatives menées par des associations féminines et de protection de l’enfance qui se sont efforcés d’élaborer un plaidoyer», affirme Saâdia Serghini, coordinatrice de l’Unité de protection de l’enfance à Casablanca. La violence sexuelle qui  constitue la pire forme de violence infligée aux enfants est loin d’être un phénomène minoritaire  dans les établissements scolaires comme le souligne Mme Serghini. «Nous avons reçu plusieurs cas d’enfants qui ont été abusés sexuellement en milieu scolaire. Tel est le cas d’un jeune garçon de 10 ans qui a été violé par deux instituteurs. Des traces de sperme ont été retrouvés sur la culotte de l’enfant. L’âge des victimes entre 5 et 10 ans. Le cas le plus jeune est celui  d’une petite fille de 3 ans. L’abuseur sexuel a été condamné à un an de prison assortie d’une amende», souligne-t-elle. Le harcèlement sexuel est aussi très présent dans les universités. «Bon nombre d’étudiantes font l’objet de harcèlement de la part de  leur professeurs. Ces derniers les  obligent à avoir des rapports sexuels  sous menace d’avoir une mauvaise note», précise-t-elle. L’abus sexuel se présente sous diverses formes allant des caresses, des attouchements  au viol. Quand aux violences physiques (gifles, coups avec des tuyaux, règle en fer, fils électriques, bâtons, coups de pied….) sont très répandues. A ce sujet, la coordinatrice de l’Unité de protection de l’enfance à Casablanca cite le cas d’un jeune élève qui a fait l’objet de violence physique il y a deux jours. «Le jeune garçon âgé de 7 ans a reçu des coups de la part de son instituteur. Nous avons alors contacté l’académie de Casablanca qui a interpellé l’instituteur et ouvert une enquête. Les parents ont décidé d’aller plus loin en entammant une poursuite judiciaire contre l’instituteur. Ce qui n’est pas le cas de nombreux parents qui voient la chose d’une manière normale ou qui par peur responsabilise l’enfant qui a été harcelé», déclare Mme Serghini.  Quant aux causes de ces formes de violence, Mme Serghini avance deux raisons principales : le surnombre en classe et le peu de moyens pédagogiques. Mais pour cette  spécialiste  des questions relatives à la protection de l’enfance, rien ne justifie de tels actes. Les violences à l’encontre des enfants ne sont pas sans conséquence comme le signale Mme Serghini. «Les harcèlements physique et sexuel peuvent être à la base des abandons scolaires». L’autre phénomène perceptible: est celui des professeurs agressés par les élèves. Cette violence est minoritaire et moins apparente dans les écoles.  «L’enfant qui a été agressé au primaire peut devenir violent une fois adolescent. La haine de l’école et son désir de vengeance peut se diriger vers l’enseignant», explique-t-elle avant d’ajouter «il faut aussi relever un relâchement de l’autorité et de l’encadrement parental». Rappelons qu’en 2010, le Centre des droits des gens (CDG)  a recensé 854 cas de violence à l’encontre des enfants dans les écoles au niveau national. Les violences corporelles viennent en tête avec 600 cas (70,25%) suivies des violences psychologiques avec 203 cas (23,77%). S’agissant des violences sexuelles, le CDG a recensé 51 cas (5,97%).

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