Hicham Mandari : De Rabat à Malaga

C’est en 1998 lorsque des enquêteurs ont démantelé à Paris un réseau d’escrocs qui tentait de changer les fausses coupures du Bahreïn auprès de banques, que le nom de Hicham Mandari allait figurer dans les médias nationaux et internationaux. Il dérobe de grosses sommes d’argent en utilisant des chèques émis par la trésorerie du Palais, et fuit le Maroc lors de la même année.
On saura par la suite que pas moins de 140 millions de dinars bahreïnis, soit l’équivalent d’environ 400 millions de dollars américains, avaient été écoulés en Europe et au Moyen-Orient. Une très grosse opération dans laquelle Hicham Mandari constituait la plaque tournante. Né n 1965 à Tanger, il s’est présenté tour à tour comme «conseiller de feu Hassan II», «cousin germain du Roi Mohammed VI», puis enfin comme «fils naturel» de feu Hassan II. Il a passé une jeunesse dorée à l’ombre du Palais royal de Rabat dont il connaissait les arcanes. Sentant l’étau se resserrer autour de lui, Mandari prend la fuite vers les Etats-Uunis d’Amérique et met un océan entre lui et le Maroc menaçant de nuire gravement aux intérêts de la famille royale par ses révélations. En effet, contre la coquette somme de 20 000 dollars, il publie un encart publicitaire dans le journal américain «The Washington Post», où il menace de faire «des révélations fracassantes et embarrassantes et pour le Maroc et pour le Roi défunt». Ce qui lui vaut d’être appréhendé à Miami où il réside et condamné à un an de prison ferme pour fausse déclaration et usurpation d’identité.
La justice française, elle, demande son extradition et finit par l’obtenir. En mai 2002, il est jugé pour «transport, mise en circulation et détention de signes monétaires contrefaits ou falsifiés ». Écroué à la prison de la Santé, à Paris, il sera libéré sous caution. Mais le naturel allait vite reprendre le dessus.
Visiblement, Mandari ne pouvait vivre sans entourloupes et coups obscurs. Sa cible suivante, il l’a débusquée au Maroc en la personne de l’homme d’affaires Othmane Benjelloun, à qui Mandari a essayé d’extorquer des fonds. L’homme d’affaires ne s’est pas laissé faire aussi facilement que s’y attendait le maître-chanteur. Il alerte les autorités françaises par le biais de son avocat, qui prirent les mesures nécessaires. Le rendez-vous était fixé un jeudi, 18 septembre 2003. Mais Mandari allait se faire prendre en flagrant délit d’arnaque, pour retourner derrière les barreaux avant d’être remis en liberté provisoire. C’est alors q’une transformation inattendue du personnage aux multiples facettes allait avoir lieu. Le faussaire doublé d’un maître-chanteur s’auto-proclame opposant en exil. Il passe outre la décision de justice lui interdisant de quitter le périmètre parisien et se permet de multiples escapades anglaises et espagnoles. La presse algérienne saute sur l’aubaine et ouvre ses colonnes à ce pseudo-opposant pour causer un maximum de nuisance à un pays voisin jalousé pour son engagement dans nombre de réformes politiques et démocratiques. Certains journaux algériens, très certainement «inspirés» par les galonnés d’Alger, ont renforcé le réseau médiatique dont disposait le mi-affabulateur mi-escroc et qu’il utilisait pour ses fausses révélations sur la famille royale marocaine.
C’est ainsi qu’en 2003, Mandari créa avec un ex-journaliste marocain un parti affichant son hostilité vis-à-vis du Royaume : «Le Conseil national des Marocains libres» (CNML). Et les périples de Mandari reprennent. Cet affabulateur, manipulé par les ennemis du pays, menait grand train dans les quartiers bourgeois en voyageant sous de fausses identités, de Paris à Costa del Sol.
Toutefois, sa réputation hautement démoniaque avait suffi pour dissuader les autorités espagnoles de lui délivrer un permis de résidence. Cette vie tourmentée et encombrée, plus par du faux que par du vrai, allait tout logiquement conduire Mandari à sa propre perte. Le jeune escroc aura vécu trop dangereusement pour espérer finir son existence comme un homme ordinaire. Il a été retrouvé tué d’une balle dans la tête dans un parking près de Malaga dans la nuit du 3 au 4 août. Triste fin.

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