Hjira bétonne son projet

Hjira bétonne son projet

Rarement un projet de loi aura autant déchiré les passions. Le ministre qui le défend s’est même vu opposer une fin de non-recevoir par les propres députés de son parti. «Un seul!», corrige Toufiq Hjira, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé du Logement et de l’Urbanisme.
Le fameux contestataire est Hamid Chabat, député du Parti de l’Istiqlal et maire de Fès. Il n’a demandé ni plus, ni moins que le retrait du projet «qualifié d’inapplicable et d’aberrant». Cela s’est produit le jeudi 1er juillet dans le cadre des concertations entre Toufiq Hjira et la commission parlementaire de l’Intérieur, de la Décentralisation et des Infrastructures. Les protestations du maire de Fès ont été si virulentes que «nous nous sommes contentés d’assister, ahuris, au spectacle. Deux membres d’un même parti, qui plus est dans la majorité, sont en désaccord total. Que peut-on faire d’autre que les applaudir ?», confie à ALM un député de l’opposition, sans doute ravi de voir ses adversaires s’acquitter de son rôle d’opposant. M. Hjira n’est visiblement pas désarçonné par la fougue du député de son parti. «Le Parti de l’Istiqlal n’est pas une armée où les militants sont des soldats qui marchent au pas. Il faut accepter les divergences et le débat, y compris au sein d’une même formation politique», explique à ALM M. Hjira. Il ajoute toutefois que M. Chabat est le seul à «emprunter la voie de la différence».
Il est vrai que les autres députés ont formulé de nombreuses réserves sur le projet de loi n°04-04 édictant diverses dispositions en matière d’habitat et d’urbanisme, mais n’ont pas demandé son retrait. «C’est un projet d’une telle importance que les représentants des formations politiques ont demandé le report de son adoption», explique Ouadii Benabdellah, député du RNI. A quand ce report ? «A la session parlementaire d’octobre», répond avec assurance le ministre chargé du dossier. Les discussions qu’il a eues jeudi 8 juillet avec la même commission parlementaire ont buté sur les problèmes de la rencontre du 1er juillet. Les députés réclament plus de temps pour étudier les 12 pages du projet de loi et finaliser leurs amendements. «Nous sommes très ouverts aux débats et amendements. La ligne rouge, ce sont les instructions de Sa Majesté le Roi !», dit Toufiq Hjira. Quelles sont ces lignes rouges ? «Halte, halte et trois fois halte à l’habitat insalubre», répond sans hésiter le ministre.
Et justement, il y a consensus des députés sur ce sujet. M. Benabdellah explique que «tout le monde est d’accord pour lutter contre l’habitat insalubre et clandestin». Ce député, architecte de son état, pointe toutefois du doigt la complexité du projet de loi 04-04. Ce n’est pas un projet de loi à proprement parler, mais une série d’amendements de lois déjà existantes et qui datent de 1990.
Le projet provoque de surcroît l’ire des conseils de régions parce qu’il prive de prérogatives les élus communaux. Si ce projet de loi venait à être adopté, les présidents des conseils communaux ne pourraient plus délivrer une autorisation de construire sans l’accord de l’agence urbaine. Ils ne pourraient pas non plus exercer un droit de contrôle sur les constructions, puisque cette mission relèvera désormais des compétences de contrôleurs nommés par le gouverneur. C’est l’un des articles du projet qui est à l’origine des protestations de M. Chabat et autres élus communaux. La délivrance de l’autorisation de construire a fait l’objet dans le passé de malversations.
Le projet de loi a pour but de mettre un terme à ces pratiques en incriminant les acteurs de l’habitat irrégulier. «En cas d’infraction, c’est le président de la commune qui est responsable», explique Ouadii Benabdellah. Et de s’indigner : «On enlève aux présidents des communes leurs prérogatives et on veut les pénaliser en cas d’infraction. C’est un non-sens !».
Toufiq Hjira ne désespère pas toutefois de convaincre les députés du bien-fondé de ce projet. Il interpelle en eux le sens du civisme. «Ce projet a pour objectif d’arrêter l’hémorragie de l’habitat insalubre. Il faut déjà 75 milliards de DH pour réparer l’existant. On ne va pas accroître ce chiffre en laissant pousser d’autres habitats indignes».

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