Hollande se mélange les pinceaux au Maghreb

Hollande se mélange les pinceaux au Maghreb

François Hollande, à la tête d’une forte délégation du Parti socialiste français (PS), a entamé, hier mardi 18 juillet 2006, une visite de deux jours au Maroc. Le patron des socialistes français est accompagné notamment du secrétaire international Pierre Moscovisci et de Dominique Strauss Kahn, candidat aux élections présidentielles de 2007.
Avant de débarquer au Maroc, François Hollande a multiplié les sorties médiatiques sur sa visite au Royaume affirmant qu’elle entre dans le cadre de la consolidation des relations entre le parti socialiste français et les pays du Maghreb.
Interrogé par la MAP sur le conflit du Sahara, M. Hollande a déclaré que «son parti était pour une négociation directe entre toutes les parties pour régler cette question qui "n’a que trop tardé"».
François Hollande s’est également exprimé sur l’immigration, phénomène qui fait l’actualité sur les deux rives de la Méditerranée. Pour le patron des socialistes français, «il n’est pas acceptable d’imposer au Maroc le rôle de gardien des frontières de l’Europe», déclare-t-il à la MAP. François Hollande ajoute que les pays européens se doivent d’aider le Maroc dans ses efforts pour contrer ce phénomène.
Il a appelé les pays européens à aider le Royaume dans ses efforts à faire face au drame de la migration illégale.
«L’Europe et le Maghreb doivent amplifier leur coopération et participer, ensemble, à la définition de cette politique», estime encore le chef de file des socialistes français qui a qualifié de "bonne initiative" la conférence euro-africaine sur la migration et le développement, tenue à Rabat les 10 et 11 juillet. Pour le Premier secrétaire du PS, il s’agissait-là d’une «première étape utile à une concertation indispensable si l’on veut maîtriser de manière humaine et digne les courants migratoires». La conférence de Rabat a connu une implication de fond de la France qui y était représentée par une délégation de quatre ministres du gouvernement Villepin.
François Hollande s’est dit également satisfait des relations entre le Maroc et la France, dans tous les domaines, et salué le rôle des deux pays et leur implication pour la résolution de problèmes internationaux. La crise au Liban et dans les territoires palestiniens sera d’ailleurs présente lors des entretiens de la délégation du PS avec plusieurs responsables et politiques marocains. En effet, la délégation conduite par M. Hollande devait être reçue par Abdelouahed Radi, président de la première Chambre du Parlement, avant de se rendre à la Fondation Abderrahim Bouabid. Plusieurs rencontres sont également programmées avec l’USFP, parti qui entretient de solides relations avec les socialistes français.


 

Cadrage


Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) français, François Hollande a décidé de faire des pays du Maghreb un champ de bataille politique en perspective de l’élection présidentielle de 2007. Dans un communiqué de son bureau national daté du 11 juillet 2006 , le PS a tout simplement écrit que la conférence de Rabat sur la migration est un "sommet inefficace". En prenant cette position tranchée, le parti de M. Hollande voulait en fait atteindre le ministre français de l’Intérieur Nicolas Sarkozy qui, dans le même communiqué, a été accusé de prendre des "décisions" (…)  sans concertation avec les pays partenaires“, c’est-à-dire émetteurs d’émigrés réguliers et clandestins. 
C’est le même Hollande, se présentant en ami d’un Maghreb désuni,  qui est arrivé hier au Maroc après avoir fait le voyage d’Alger où il s’est aligné publiquement sur la position de Abdelaziz Bouteflika fustigeant "les crimes de l’occupation française" en Algérie. La stratégie du patron du PS est confondante d’intelligence et d’imagination, il prend exactement le contre-pied des déclarations ou initiatives du patron-candidat de l’UMP à la présidentielle pas seulement dans l’Hexagone mais aussi dans son pré carré. Quand c’est blanc pour l’un, c’est automatiquement noir pour l’autre.  De la grande politique. François Hollande est égal à lui-même. D’ailleurs, c’est sa compagne, Ségolène Royal, qui brigue la magistrature suprême, à son grand dam et à celui des éléphants socialistes.


Le double discours de François Hollande

M. Hollande, dans son entretien accordé à la MAP, considère que la conférence euro-africaine sur la migration et le développement de "bonne initiative". Le 11 juillet 2006, soit le jour de clôture des travaux de cette conférence sanctionnée par l’adoption de la "Déclaration de Rabat", le bureau national du PS qualifiait la même conférence de "sommet inefficace". Dans un communiqué officiel, les camarades de François Hollande justifient leur verdict par le fait qu’"aucun volet d’aide au développement ni de lutte contre la misère n’ont été mis en débat à l’ordre du jour". Mieux encore. Dans le même communiqué, on lit que ce sommet était "inefficace parce que certains pays importants, telle l’Algérie, n’étaient pas présents".
L’influence de Bouteflika et l’Algérie qui ont tout essayé pour faire capoter cette conférence? Possible. Surtout qu’au moment où les experts de 60 pays, dont 30 européens, mettaient la dernière main aux travaux des 10 et 11 juillet, M. Hollande était l’invité du président algérien qui l’avait accompagné, au "Palais du peuple", jusqu’au perron…

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