Hommage: Le dernier jeu de mort de Mjid

Hommage: Le dernier jeu de mort de Mjid

Nous le croyions immortel, ou nous voulions bien le croire, mais l’éternel jeune bon vivant a fini par mourir.

Il avait tellement vécu, tellement bien vécu, s’était tellement bagarré et avait tellement vaincu que nous pensions que personne ni rien ne pouvait le vaincre. Mjid avait toujours le mot pour provoquer, le mot pour déranger, le mot pour alerter, le mot pour dénoncer, le mot pour agacer, le mot pour faire réagir, le mot pour faire trembler, le mot pour faire fuir et, surtout, le mot pour faire rire. Mais, cette fois-ci, c’est la mort qui a eu le dernier mot. Il nous faisait mourir de rire avec son humour caustique, ses jeux de mots et ses calembours magnifiques, mais c’est lui qui a fini par mourir pour de vrai. Oui, Mjid est mort.

C’est facile à dire mais c’est difficile à croire, difficile à admettre, difficile à accepter. Mjid était un homme unique, un homme exceptionnel, un homme incomparable. Des hommes audacieux et des femmes audacieuses, il y en a eu au Maroc, il y en a encore et il y en aura toujours, mais son audace à lui contient en plus un esprit délicieux, un verbe irrévérencieux, une intelligence insolente et, surtout, une dérision déroutante.

Moi qui prétendais avoir un peu de ce genre de talent, j’admets, publiquement, qu’il était mon maître et que je ne serai toujours que son petit disciple. Quand j’avais commis mon premier opus, «Satire sur tout ce qui bouge», c’est à lui que j’avais pensé pour présider la séance de signature. Malgré son agenda toujours très rempli, il avait accepté, ce qui m’avait empli d’un bonheur infini. Ma première rencontre avec lui avait eu lieu, il y a très longtemps, presque dans une autre vie. C’était lors d’un dîner entre gens du «grand monde».

C’était le repas le plus exquis et le spirituel de toute ma vie. C’était ce jour-là où j’avais compris que ce grand homme au grand cœur avait aussi un grand esprit. On le disait puissant, mais ce sont les puissants qu’il attaquait en premier. On le disait riche, mais c’est auprès des pauvres qu’on le voyait le plus souvent.

On le disait intouchable, mais il n’arrêtait pas de piquer tous les intouchables de ce pays. Je me considérais comme son ami, mais surtout comme son fan. Mais depuis le jour où il m’avait avoué qu’il me lisait chaque matin, je n’écrivais plus mes billets de la même manière. Je l’imaginais en train de me juger et je redoublais d’efforts pour mériter son intérêt. Maintenant qu’il n’est plus là pour me lire, j’ai bien peur de ne plus savoir quoi dire.

Je vais essayer de continuer d’écrire, mais j’ai bien peur de ne plus pouvoir rire.
Repose-toi l’ami, tu en as bien besoin.

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