Horizon Sec

Le Maroc fait partie des pays arides et semi-arides. Cette réalité, souvent occultée, devient une évidence à l’évocation des chiffres. Un potentiel hydrique aléatoire, avec un volume moyen de précipitations de 150 milliards de m3 sur l’ensemble du territoire national. A peine 30 milliards de m3 entrant dans le cycle hydrologique, dont 10 milliards allant directement par infiltration dans les nappes, alors que 20 milliards contribuent aux écoulements superficiels. Un taux de remplissage des barrages en constante régression sur la moyenne des dernières années. Bref, une donne inquiétante, qui s’aggrave au fil de la succession des années de sécheresse.
Il se trouve que les choix de développement économiques du royaume ont très tôt été faits.
L’agriculture, s’est trouvée, à juste titre, au centre des options. Et une politique de développement des ressources hydriques a suivi. Résultat, le pays dispose aujourd’hui de 97 grands barrages, dont la capacité de stockage est passée de 2,3 milliards de m3 en 1967 à 15 milliards de m3 actuellement. Le Maroc dispose même du deuxième plus grand barrage d’Afrique ( après celui d’Assouan en Egypte ), le barrage Al Wahda, ce qui rend possible la mobilisation en une année pluviale de plus de 70 % du potentiel hydrique.
Cet effort qui a permis au Maroc de passer, sans grands encombres, les dernières années de sécheresse, suffit-il toujours ? Les projections ne permettent pas de l’affirmer. La croissance démographique, estimée à 2,7% par an, l’utilisation de plus en plus marquée de l’eau dans les milieux urbain et rural, le branchement de plus en plus important de nouveaux foyers au réseau de distribution de l’eau, se solderont par des besoins en eau à usage domestique de 3,66 milliards de m3 en l’an 2020. Sans compter les besoins d’irrigation des terres, projetés à 13,6 milliards de m3, au même horizon 2020. Bref, les besoins dépasseraient les ressources. La perspective a quoi inquiéter.
En parallèle, l’investissement colossal opéré pour la construction des barrages, depuis le début des années 60, se retrouve sous une menace de taille : l’envasement des barrages qui fait perdre chaque année au royaume 1% de sa capacité de stockage. A cela s’ajoute tout un surcoût d’entretien en traitement des détériorations des ouvrages de retenue, des canaux de distribution et aussi en traitement des eaux destinées à la consommation domestique.
Des voix se sont élevées tout le long des dernières années pour clamer que la politique des barrages, aussi active soit-elle, n’est pas suffisante. Elle ne saurait atteindre ses objectifs réels que si elle était soutenue par une politique toute aussi dynamique d’aménagement des bassins versants pour limiter les dégâts de l’érosion des sols. Par des investissements en matière d’assainissement et d’épuration des eaux usées pour réduire la pollution des eaux stockées dans les barrages, et de là le coût de leur traitement.
Par des programmes d’amélioration des réseaux et adductions pour éviter le gaspillage monstre existant dans certaines régions du royaume. Par un choix plus judicieux des cultures, délaissant celles qui consomment beaucoup d’eau en faveur de plantations plus sobres. Par une ouverture sur les nouvelles technique d’irrigation, en mettant en place les conditions d’émergence d’un encadrement technique auprès des agriculteurs. Par des mesures d’incitation des grands usagers à davantage de parcimonie, notamment à travers la mise en place de compteurs au niveau des réseaux gérés par les offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA ).
Encore un domaine où le cadre juridique parfaitement adapté dont dispose le Maroc, depuis 1995, risque de rester lettre morte, tant que le souci d’aménagement de la précieuse ressource hydrique n’est pas inscrit dans la rubrique «souci quotidien des décideurs».

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